Voici le « Monkeydactyl », un ptérosaure du Jurassique doté de pouces opposables

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| Chuang Zhao

Compte tenu de leur vie arboricole et de la nécessité d’accéder à la faculté de préhension, les primates et de très rares autres animaux ont développé des pouces opposables. Mais récemment, des chercheurs ont découvert qu’un animal avait précédé tous les autres dans l’acquisition d’un véritable pouce opposable : le ptérosaure Kunpengopterus antipollicatus, surnommé par les chercheurs Monkeydactyl. Ce dinosaure de moins d’un mètre aurait lui aussi eu besoin de grimper aux arbres pour se nourrir et se déplacer. Cette découverte constitue le rapport le plus ancien de l’existence de pouces opposables.

Une équipe internationale de chercheurs de Chine, du Brésil, du Royaume-Uni, du Danemark et du Japon, a décrit un nouveau ptérosaure du jurassique, Kunpengopterus antipollicatus, découvert dans la formation Tiaojishan du Liaoning, en Chine. C’est un ptérosaure darwinoptère de petite taille, d’une envergure estimée à 85 cm. Plus important encore, le spécimen a été conservé avec un pollex (un pouce) opposable sur les deux mains.

Le nom d’espèce « antipollicatus » signifie « pouce opposable » en grec ancien, à la lumière du pouce opposé de la nouvelle espèce. C’est la première découverte d’un ptérosaure avec un pouce opposable. Il représente également la première apparition d’un véritable pouce opposable dans l’histoire de la Terre. Les chercheurs ont publié leur découverte dans la revue Current Biology.

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Le fossile de Kunpengopterus antipollicatus révèle clairement l’anatomie d’un pouce opposable. © X. Zhou et al. 2021

Un véritable pollex opposable est principalement présent chez les mammifères (par exemple les primates) et certaines grenouilles arboricoles, mais extrêmement rare parmi les reptiles existants, à l’exception des caméléons. L’équipe de recherche a scanné le fossile de K. antipollicatus à l’aide de la tomodensitométrie (micro-CT), une technique utilisant les rayons X pour imager un objet. En étudiant sa morphologie et la musculature des membres antérieurs, ils suggèrent que K. antipollicatus aurait pu utiliser sa main pour saisir des éléments dans son environnement (des branches par exemple), ce qui est probablement une adaptation à la vie arboricole.

K. antipollicatus : une espèce arboricole

Afin de tester l’hypothèse arboricole, l’équipe a analysé K. antipollicatus et d’autres ptérosaures à l’aide d’un ensemble de caractères anatomiques liés à l’adaptation arboricole. Les résultats confirment K. antipollicatus comme espèce arboricole, mais pas les autres ptérosaures du même écosystème. Cela suggère une partition de niche parmi ces ptérosaures et fournit la première preuve quantitative qu’au moins certains ptérosaures darwinoptères étaient arboricoles.

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Le style de vie de K. antipollicatus était arboricole. Ses pouces opposables lui permettaient d’agripper des branches et attraper des proies. © Chuang Zhao

Fion Waisum Ma, chercheur à l’Université de Birmingham, explique : « les doigts du Monkeydactyl sont minuscules et partiellement enfoncés dans la dalle. Grâce à la micro-tomodensitométrie, nous avons pu voir à travers les roches, créer des modèles numériques et décrire comment le pouce opposable s’articule avec les autres os des doigts. C’est une découverte intéressante. Elle fournit la première preuve d’un vrai pouce opposable, et elle provient d’un ptérosaure — qui n’était pas connu pour avoir un pouce opposé ».

« La paléoforêt de Tiaojishan abrite de nombreux organismes, y compris trois genres de ptérosaures darwinoptères. Nos résultats montrent que K. antipollicatus a occupé une niche différente de celle de Darwinopterus et de Wukongopterus, ce qui a probablement minimisé la concurrence entre ces ptérosaures », indique Xuanyu Zhou, de l’Université chinoise des géosciences.

Sources : Current Biology

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