Fuites de gaz du Nord Stream : une catastrophe environnementale en perspective

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| Handout / AFP
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En raison du sabotage des conduites de gaz Nord Stream dans la mer Baltique, une énorme quantité de méthane a été rejetée dans l’atmosphère. La fuite est estimée égale à la taille des émissions de méthane d’une année entière pour une ville de la taille de Paris ou d’un pays comme le Danemark. Les fuites n’étant toujours pas colmatées, les conséquences de ce relargage de gaz à effet de serre dans l’atmosphère laissent entrevoir une catastrophe écologique sans précédent.

Le 26 septembre 2022, à la suite d’une série d’explosions, les gazoducs Nord Stream 1 et Nord Stream 2 ont commencé à fuir de manière intense. La paire de gazoducs a été construite dans le but de transporter du gaz naturel de la Russie vers l’Allemagne à travers la mer Baltique, et est majoritairement détenue par la société gazière publique russe Gazprom.

Les fuites se sont produites alors que le Baltic Pipe était ouvert pour que le gaz naturel arrive de la mer du Nord à travers le Danemark jusqu’en Pologne. Selon CNN, les dirigeants de plusieurs pays occidentaux ont déclaré que les fuites étaient probablement le résultat d’un sabotage, promettant une réponse ferme alors que les enquêtes se poursuivent.

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À l’heure actuelle, les scientifiques tentent désespérément d’estimer la quantité de gaz qui continue à s’échapper, sachant que les missions pour colmater ces gazoducs sont impossibles — quiconque s’approcherait serait brûlé, même un avion survolant la zone pourrait s’enflammer. Plus les heures passent, plus il semble que la catastrophe environnementale qui se profile soit sans précédent.

Un désastre écologique à l’heure de la crise climatique ?

Depuis les airs, il est facile de repérer la plus grosse des quatre fuites, la nappe d’eau bouillonnante étant large de 700 mètres. Selon Bloomberg, l’Allemagne a estimé qu’environ 300 000 tonnes métriques de méthane, l’un des gaz à effet de serre les plus puissants, sont entrées dans l’atmosphère à la suite des rejets. Cette quantité de gaz aurait le même impact sur le climat que les émissions annuelles de 1,4 million de véhicules.

Les émissions de méthane sont confirmées par les observations au sol ICOS de plusieurs stations en Suède, en Norvège et en Finlande. Il faut savoir que ICOS, ou « système intégré d’observation du carbone », fournit des données standardisées et ouvertes provenant de plus de 140 stations de mesure dans 14 pays européens.

Alex Vermeulen, directeur d’ICOS Carbon Portal, déclare dans un communiqué : « À un stade ultérieur, nous pourrons peut-être confirmer et quantifier le gaz qui s’est échappé, et plusieurs scientifiques d’ICOS discutent actuellement des différentes options pour cela. À l’heure actuelle, compte tenu notamment des conditions météorologiques complexes et du fait que le méthane bouillonne encore, ce n’est malheureusement pas possible pour le moment ».

Selon l’agence de presse RIA Novosti, citant l’opérateur du gazoduc, Nord Stream AG, et rapporté par Reuters, les fuites de gaz devraient se poursuivre jusqu’au dimanche 2 octobre.

Un sabotage politique aux conséquences climatiques inconnues

Comme CNN l’a rapporté, aucun des pipelines concernés n’était en service, mais on pense qu’ils contenaient du gaz sous pression. Dans les jours et les semaines à venir, les scientifiques continueront d’essayer d’estimer la quantité de méthane libérée à la suite des fuites. Les sismologues pourraient également être en mesure d’aider à déterminer comment les tuyaux ont été rompus.

D’ailleurs, les explosions à l’origine des fuites ont été enregistrées par des instituts sismologiques, avec une magnitude de 2,3 et 2,1 sur l’échelle de Richter. Cela correspond probablement « à une charge explosive de plusieurs centaines de kilos », ont écrit les missions danoise et suédoise de l’ONU dans une lettre, reprenant l’hypothèse du sabotage.

Ils ont ajouté : « L’impact possible sur la vie maritime dans la mer Baltique est préoccupant, et l’effet climatique serait probablement très important en raison des volumes importants de gaz à effet de serre qui sont rejetés dans l’air ».

En effet, le méthane est l’un des gaz à effet de serre les plus puissants. En 100 ans, il réchauffe l’atmosphère environ 30 fois plus que le dioxyde de carbone. La taille et le moment de la fuite mettent encore plus d’enjeux sur les actions climatiques, puisque nous sommes actuellement dans les années critiques pour ralentir le changement climatique.

Sans compter que le gaz présent dans les gazoducs n’est pas raffiné, il y a des traces de composés toxiques, comme le benzène, qui risquent de contaminer de manière importante les poissons destinés à la consommation humaine, et risquent également d’impacter négativement les écosystèmes de la zone.

Néanmoins, dans un article de la revue Nature, Zeke Hausfather, climatologue à Berkeley Earth, une organisation à but non lucratif d’analyse de données en Californie, explique que cela ne change pas fondamentalement l’ampleur des émissions mondiales dues à la fracturation hydraulique, l’extraction du charbon et l’extraction du pétrole.

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Estimer la quantité précise de méthane qui s’est échappée dans l’atmosphère est une tâche extrêmement difficile. De nombreux événements dits super-émetteurs — d’importants rejets continus de méthane — sont capturés par des images satellites au-dessus de pipelines terrestres ou de sites de production de combustibles fossiles. Mais capturer des données précises au-dessus de l’eau est beaucoup plus difficile, car l’eau absorbe la majeure partie de la lumière du soleil et masque tout signal du méthane dans un spectromètre.

Il existe un certain nombre d’autres incertitudes — la quantité de gaz dans les pipelines à ce moment-là, la température et la pression auxquelles il était maintenu et l’ampleur de la rupture dans les canalisations. Même lorsque le gaz s’échappe, une partie est susceptible de s’être dissipée dans l’eau, mais cela dépend aussi de la densité de la vie microbienne, ainsi que de la profondeur. Pour obtenir des lectures précises, un avion devrait probablement prendre des mesures depuis les airs.

Au fur et à mesure que les scientifiques estiment la fuite des gazoducs endommagés du Nord Stream, il apparait qu’elle rejettera plus de méthane dans l’atmosphère que tout événement connu auparavant. Les conséquences sur le climat ainsi que sur la biodiversité et la vie humaine, seront probablement sans précédent.

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