De possibles actes de sabotage à l’origine des fuites de gaz en mer Baltique

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La fuite de gaz à Nord Stream 2, vue depuis un F-16 danois, à Bornholm. | Danish Defence
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Les gazoducs Nord Stream 1 et 2 relient la Russie à l’Allemagne. De soudaines fuites de gaz, détectées lundi et mardi par les autorités suédoises et danoises, soulèvent des questions. Ces incidents particulièrement rares et quasi simultanés ne trouvent pour le moment aucune explication. L’hypothèse d’un sabotage n’est pas exclue.

En conséquence de la guerre en Ukraine, les deux pipelines sont hors service actuellement, mais sont toujours remplis de gaz sous pression. Au total, trois fuites ont été détectées : deux sur le gazoduc Nord Stream 1 et une sur Nord Stream 2, situées respectivement au nord-est et au sud-est de l’île danoise de Bornholm, en mer Baltique. Ces fuites étaient nettement visibles en surface, sous forme de bouillonnements de plusieurs centaines de mètres de diamètre (jusqu’à 1 km de diamètre pour la fuite la plus importante).

Le fait que ces fuites aient été détectées à quelques heures d’intervalle seulement laisse planer le doute quant à leur origine. « Les ruptures de gazoducs sont extrêmement rares, et nous voyons donc des raisons d’augmenter le niveau de vigilance à la suite des incidents que nous avons vus au cours des dernières 24 heures », souligne dans un communiqué le directeur de l’Agence danoise de l’énergie, Kristoffer Bötzauw. L’Agence souhaite désormais « assurer une surveillance approfondie des infrastructures critiques du Danemark » pour éviter tout problème d’approvisionnement futur.

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Une hypothèse soutenue par l’enregistrement de détonations

La Norvège est elle aussi en alerte et va renforcer la sécurité de ses installations : la Petroleum Safety Authority Norway a déclaré lundi dans un communiqué qu’elle avait récemment reçu un certain nombre d’avertissements de sociétés pétrolières et gazières concernant l’observation de drones et d’avions non identifiés à proximité d’installations offshore.

Les Premières ministres danoise et suédoise, Mette Frederiksen et Magdalena Andersson, ont toutes deux affirmé que ces fuites étaient probablement le fruit d’« actes délibérés » et non un simple accident. De même, Robert Habeck, vice-chancelier allemand et ministre fédéral de l’Économie et du Climat, a déclaré que les fuites étaient dues à des attaques ciblées contre l’infrastructure et que Berlin savait désormais avec certitude « qu’elles n’étaient pas causées par des événements naturels ou par l’usure des matériaux », rapporte Reuters.

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Carte des pipelines Nord Stream et emplacements des fuites signalées. © Reuters

Les soupçons sont partagés par bon nombre de pays européens. Mykhaïlo Podoliak, conseiller de la présidence ukrainienne, a qualifié l’incident « d’attaque russe visant à déstabiliser la situation économique en Europe et semer la panique avant l’hiver », sans apporter de preuve. « Nous voyons clairement qu’il s’agit d’un acte de sabotage, lié à la prochaine étape de l’escalade de la situation en Ukraine », a déclaré le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki. Le consortium Nord Stream, exploitant des gazoducs, a lui aussi reconnu le caractère exceptionnel de la situation. « Un incident durant lequel trois tuyaux présentent simultanément des difficultés le même jour n’est pas ordinaire », a déclaré un porte-parole.

L’hypothèse du sabotage est soutenue par le fait que deux puissantes explosions ont été enregistrées par des sismologues danois et suédois à proximité des fuites. « Les signaux ne ressemblent pas aux signaux des tremblements de terre. Ils ressemblent aux signaux généralement enregistrés par les explosions », a déclaré le Service géologique du Danemark et du Groenland. Les sismologues de l’Université d’Uppsala ont précisé que les explosions se sont produites dans l’eau et non sous le fond marin ; la deuxième explosion, plus importante, correspondait à plus de 100 kilos de dynamite.

Une première « émission massive d’énergie » d’une magnitude de 1,9 a été enregistrée dans la nuit de dimanche à lundi, à 2 h 03, au sud-est de l’île de Bornholm, puis une autre de magnitude 2,3, à 19 h 04, lundi soir, au nord-est de l’île, a expliqué à l’AFP Peter Schmidt, du Réseau national sismique suédois. « Nous l’interprétons comme provenant avec la plus grande probabilité d’une forme de détonation », a-t-il déclaré.

Un incident qui élimine toute possibilité de livraison de gaz russe

Selon le ministre danois de l’Énergie et du Climat, les fuites devraient durer au moins une semaine, jusqu’à ce que la totalité du méthane contenu dans les gazoducs se soit échappée. L’autorité maritime danoise a émis un avertissement de navigation et établi une zone d’interdiction : les navires pourraient en effet perdre leur flottabilité s’ils naviguent dans la zone, sans compter le risque d’inflammation du gaz en surface et dans l’air. La sécurité et la santé des habitants des îles voisines ne sont pas mises en jeu et l’impact environnemental devrait être limité.

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Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a qualifié l’incident de « nouvelle très préoccupante », ajoutant que cela affectait la sécurité énergétique du continent. Pour rappel, le gazoduc Nord Stream 2 était destiné à doubler la capacité d’importation de gaz russe en Allemagne ; sa mise en service a toutefois été suspendue, en représailles contre l’invasion de l’Ukraine par Moscou.

Parallèlement, le géant gazier russe, Gazprom, a progressivement réduit les volumes de gaz livrés par le premier gazoduc, avant de suspendre complètement le flux fin août — sous prétexte que les sanctions occidentales avaient retardé les réparations nécessaires au gazoduc. Même si les deux pipelines sont actuellement hors service, il n’était pas totalement exclu que l’Europe reçoive du gaz via Nord Stream 1 avant l’hiver. Les dégâts occasionnés sur le pipeline anéantissent désormais tout espoir, indépendamment de l’évolution de la guerre en Ukraine.

Les autorités européennes continuent à mener l’enquête sur cet incident. « Toute perturbation délibérée de l’infrastructure énergétique européenne active est inacceptable et entraînera la réponse la plus ferme possible », a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Source : Reuters

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