Un dinosaure « à dents de requin » identifié comme un autre superprédateur du crétacé

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Une illustration de l’énorme Ulughbegsaurus aux côtés du petit tyrannosaure Timurlengia. | Julius T. Csotonyi/University of Tsukuba

Des paléontologues rapportent la découverte d’un nouveau spécimen de carcharodontosaurien du crétacé supérieur, dans la formation de Bissekty de la République d’Ouzbékistan. Bien que les experts estiment que ces dinosaures étaient relativement répandus au début du crétacé supérieur en Asie, peu de fossiles de ce type ont été récupérés. C’est la première fois que les restes d’un prédateur de cette espèce sont signalés en Asie centrale.

Les carcharodontosaures (ou « dinosaures à dents de requin ») sont un genre éteint de dinosaures théropodes, de taille moyenne à grande, qui vivait dans le monde entier pendant le crétacé. Ils étaient probablement les principaux prédateurs d’Asie et d’Amérique au début du crétacé supérieur, avant l’ascension des tyrannosaures. Ce spécimen nouvellement mis au jour, baptisé Ulughbegsaurus uzbekistanensis — d’après Ulugh Beg, un astronome, mathématicien et sultan du XVe siècle de l’actuel Ouzbékistan — mesurait de 7,5 à 8 mètres de long, pour une masse supérieure à une tonne.

Ces caractéristiques ont été déduites d’un morceau de mâchoire de l’animal, retrouvé dans le désert de Kyzylkum, en Ouzbékistan, dans les années 1980 ; les chercheurs ne l’ont redécouvert qu’en 2019, dans la collection d’un musée ouzbek. Ce reste de mâchoire, qui remonte à environ 90 millions d’années, a orienté les scientifiques vers la piste des carcharodontosaures ; les dimensions de l’animal suggèrent qu’il s’agissait probablement de l’apex prédateur de l’écosystème de Byssekty, s’élevant même au-dessus des tyrannosaures de cette région de l’Asie.

De terrifiants prédateurs, remplacés par les tyrannosaures

Les tyrannosaures, tel le célèbre Tyrannosaurus Rex, ont dominé la chaîne alimentaire pendant toute la fin de l’ère des dinosaures, il y a environ 66 millions d’années. Mais il apparaît aujourd’hui qu’ils n’ont pas toujours occupé cette position dominante : la découverte récente d’une mâchoire fossilisée de dinosaure révèle qu’un autre groupe de dinosaures semait la terreur en tant que superprédateur, bien avant le règne du T rex. « Nous avons décrit ce nouveau genre et cette nouvelle espèce sur la base d’un seul fossile isolé, un maxillaire gauche, ou mâchoire supérieure », explique le professeur Kohei Tanaka de l’université de Tsukuba, premier auteur de l’étude.

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Maxillaire gauche d’Ulughbegsaurus. (a) Vue latérale, (b) médiale, (c) ventrale, (d) antérieure et (e) postérieure. (f) Reconstruction du crâne. © K. Tanaka et al.

En effet, pour les dinosaures théropodes, la taille du maxillaire peut être utilisée pour estimer la taille de l’animal, car elle est en corrélation avec la longueur du fémur, un indicateur bien établi de la taille du corps. C’est ainsi que l’équipe a estimé que l’Ulughbegsaurus uzbekistanensis avait une masse de plus de 1000 kg et mesurait environ 8 mètres de long (soit plus qu’un éléphant d’Afrique adulte). Ainsi, ce spécimen dépassait largement tout autre carnivore connu de cette région, y compris le Timurlengia, un tyrannosaure dont les dimensions étaient équivalentes à celles d’un cheval. C’est pourquoi il est fort probable qu’il ait été l’apex prédateur de son écosystème.

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Deux superprédateurs de la fin du crétacé : un carcharodontosaure (à gauche) et un tyrannosaure (à droite). © Darla Zelenitsky

Les carcharodontosaures et les tyrannosaures étaient deux groupes de dinosaures assez similaires. Les premiers ont atteint des tailles corporelles extrêmes (supérieures à 6 tonnes, selon les auteurs de l’étude). Considérés comme des superprédateurs jusqu’au crétacé moyen, les carcharodontosaures et d’autres théropodes de grande taille ont cependant disparu, après quoi les tyrannosaures ont pris le relais en tant que prédateurs supérieurs en Asie et en Amérique, au cours des 20 derniers millions d’années du crétacé. La disparition des carcharodontosaures serait donc liée à la montée en puissance des tyrannosaures ; mais cette passation de statut de superprédateur reste mal comprise, en raison de la rareté des fossiles pertinents.

Le dernier représentant d’une cohabitation entre deux espèces

La découverte d’Ulughbegsaurus uzbekistanensis apporte aujourd’hui des éléments de réponse : surtout, elle comble une lacune géographique dans le clade entre l’Europe et l’Asie de l’Est et montre que les carcharodontosaures étaient répandus dans toute l’Asie.

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Deux analyses évolutives distinctes ont permis de classer ce nouveau dinosaure comme le premier carcharodontosaure du crétacé supérieur découvert en Asie centrale ; il coexistait donc avec le Timurlengia de « seulement » quatre mètres de long et d’environ 170 kg et constitue ainsi la dernière occurrence connue de carcharodontosaure vivant aux côtés de tyrannosaures. « En tant qu’un des derniers carcharodontosauriens survivants en Laurasie, la coexistence de ce grand prédateur avec un tyrannosauroïde plus petit révèle des contraintes importantes sur la transition de la niche du prédateur suprême au crétacé supérieur », explique le professeur Yoshitsugu Kobayashi du Musée de l’Université d’Hokkaido et co-auteur de l’étude.

Peter Makovicky, professeur de paléontologie à l’Université du Minnesota, qui n’a pas participé à l’étude, confirme que U. uzbekistanensis était probablement au sommet de la chaîne alimentaire locale. « Je pense que cet os est si gros qu’il devait appartenir à un très gros dinosaure prédateur et très probablement le prédateur au sommet de son écosystème », a-t-il déclaré.

En particulier, U. uzbekistanensis possédait des bosses osseuses uniques au-dessus des dents, mais l’équipe a également observé des crêtes osseuses sur les côtés de sa mâchoire, similaires à celles du Thanatotheristes degrootorum, un tyrannosaure qui a vécu dans la région de l’actuel Canada, il y a environ 79,5 millions d’années. « On ne sait pas pourquoi les deux espèces ont ces crêtes, mais c’est peut-être un cas d’évolution convergente, lorsque des espèces qui ne sont pas étroitement liées évoluent pour avoir des caractéristiques similaires », a précisé Darla Zelenitsky, professeure agrégée de paléobiologie à l’Université de Calgary et co-auteure de l’étude.

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Source : Royal Society Open Science, K. Tanaka et al.

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