Des dizaines de sites préhistoriques, romains et médiévaux découverts par des archéologues bénévoles travaillant à domicile pendant le confinement

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Image d'illustration. Certains de ces vestiges pourraient dater de l'époque néolithique. | wikicommons

Des dizaines de sites romains, préhistoriques et médiévaux jamais vus auparavant ont été révélés par des archéologues bénévoles, travaillant a domicile durant le confinement imposé à cause de la pandémie.

La pandémie de coronavirus touche le monde entier, et les fouilles sur les sites archéologiques sont également suspendues de manière indéfinies. Cependant, une équipe de chercheurs travaillant à domicile, a tout de même découvert deux routes romaines, une trentaine d’enceintes de peuplement remblayées (préhistoriques ou romaines), une vingtaine de tumulus préhistoriques, ainsi que les restes de centaines de fermes médiévales. Les chercheurs qui dirigent ce projet pensent qu’ils feront davantage de découvertes dans les semaines à venir.

Cette équipe de chercheurs est dirigée par le Dr Chris Smart, de l’Université d’Exeter, et travaille dans le cadre du projet Understanding Landscapes, financé par le National Lottery Heritage Fund, qui vise à analyser des images dérivées de données LiDAR, ou de détection et de télémétrie de la lumière (une technique de mesure à distance fondée sur l’analyse des propriétés d’un faisceau de lumière renvoyé vers son émetteur). Cette technologie laser est utilisée lors d’enquêtes aériennes pour produire des cartes topographiques très détaillées. En effet, la végétation et les bâtiments modernes peuvent être supprimés de ces images, permettant aux archéologues d’observer de manière précise la forme de la surface du terrain, dans le but de découvrir les vestiges de terrassements archéologiques.

Les données utilisées par les chercheurs ont été obtenues à partir du projet Tellus South West et de l’Agence pour l’environnement, et sont systématiquement examinées et recoupées avec des enregistrements d’archéologie connus et des cartes historiques. « Le Tellus South West possède sans doute les données LiDAR les plus complètes à ce jour au Royaume-Uni et nous les utilisons dans le but de cartographier l’environnement historique. Le projet se concentre actuellement sur la vallée de Tamar, mais cela a été étendu pour inclure une large bande de terre entre Bodmin Moor et Dartmoor, Plymouth et Barnstaple – soit environ 4000 km² en tout », a déclaré le Dr Smart.

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Un site datant de l’Âge du fer, ou romain (flèches rouches), et un système de champ associé (flèches bleues), révélés par les données LiDAR, sont aujourd’hui cachés sous les bois. Crédits : Physorg

« Il s’agit de la première analyse systématique majeure des données LiDAR de la vallée de Tamar vers l’ouest et qui s’appuie sur les ateliers de formation que nous avons organisés plus tôt dans l’année. Habituellement, nous serions maintenant sur le terrain pour étudier les sites archéologiques avec des groupes de volontaires ou pour préparer les fouilles. Mais tout est en suspens maintenant. Je savais qu’il y aurait de l’enthousiasme au sein de notre groupe de bénévoles pour continuer à travailler pendant le confinement : on a même suggéré de renommer temporairement notre projet ‘Lockdown Landscapes’ (paysages de confinement), mais je ne pense pas qu’ils aient réalisé combien de nouvelles découvertes ils pourraient effectuer », continue le Dr Smart.

« Je suis très reconnaissant envers notre équipe pour ses efforts et je suis heureux que nous puissions continuer à mener des recherches dirigées par des bénévoles en ces temps troublants. Au rythme actuel, nous nous attendons à ce qu’ils découvrent des centaines de nouveaux sites archéologiques au cours des prochains mois », a-t-il ajouté.

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La technologie LiDAR est très puissante. Sur ces images, nous voyons l’évolution des données de terrain LiDAR, montrant Dos Torres, dans les collines karstiques et accidentées, entre les villes de Tikal et Uaxactun. À gauche : les visualisations de relief, qui peuvent masquer des détails subtils mais importants, tels que des monticules bas ou des terrasses. Au centre : des visualisations plus complexes permettent de faire apparaître certains détails. À droite : même avec des visualisations plus complexes, les archéologues doivent identifier et classer les entités manuellement pour une analyse ultérieure. Crédits : Luke Auld-Thomas/Marcello A. Canuto/PACUNAM/QGIS 3.2.2-Bonn

« La recherche de sites archéologiques jusque-là inconnus et le fait d’aider à identifier des lieux pour une éventuelle étude future a été non seulement gratifiant mais captivant. Bien que ce soit une courbe d’apprentissage assez abrupte pour moi, étant un novice relatif au sujet, j’en apprécie chaque minute. L’archéologie avec le confort chaud et sec de votre salon – que demander de plus ?  », a déclaré Fran Sperring, bénévole du projet.

Il faut savoir que le Dr Smart travaille en étroite collaboration avec son collègue de l’Université d’Exeter, le Dr João Fonte, spécialiste de la manipulation et de l’interprétation des données LiDAR. « La télédétection est un outil très puissant pour la prospection archéologique. Bien que je travaille normalement dans le nord-ouest de la péninsule ibérique, je suis vraiment heureux de collaborer à ce projet et de partager mon expertise au profit des magnifiques paysages du Devon et de Cornwall, et dans un travail impliquant une communauté de bénévoles intéressés par leur propre patrimoine culturel », a déclaré le Dr Fonte.

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Des chercheurs ont utilisé des scanners LiDAR pour visualiser les vestiges d’une ancienne forteresse utilisée par les Templiers. Crédits : National Geographic

L’équipe travaille également avec les équipes de Cornwall et du Devon Historic Environment Record pour trouver un moyen d’intégrer toutes ces nouvelles informations dans leurs bases de données et, éventuellement, de déployer le projet sur une plus grande partie de territoire à analyser.

Une fois que le pire de la pandémie sera passé, l’équipe de recherche à l’intention d’entreprendre des levés géophysiques dans un certain nombre de sites nouvellement identifiés, et ce dans le cadre du projet Understanding Landscapes. « Il est difficile pour nous de ne pas être en mesure de mener à bien les travaux que nous avions prévus cet été, y compris une excavation au fort romain de Calstock, mais j’espère que ce n’est que temporaire et que nous serons de retour à la campagne avec nos volontaires dès que cela sera possible », a expliqué le Dr Smart.

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Source : University of Exeter

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