Le Doggerland, « l’Atlantide » de la mer du Nord, livre ses anciens secrets

crâne néandertal doggerland
| YouTube/Rijksmuseum van Oudheden

Autrefois, au début de l’holocène, la Grande-Bretagne était reliée à l’Europe par une étendue de terre émergée, baptisée « Doggerland ». La zone correspond au sud de l’actuelle mer du Nord. D’après les nombreux indices découverts ces dernières années dans les fonds marins, des milliers d’humains occupaient ces territoires ; les fossiles et artefacts identifiés par les archéologues ont permis de reconstituer l’histoire complète de cette région, qui fait actuellement l’objet d’une exposition au Musée national des antiquités de Leiden, aux Pays-Bas.

L’exposition Doggerland: Lost World in the North Sea, comprend plus de 200 objets de l’époque (pointes de flèches, fossiles et ossements d’animaux, fragments de crânes humains, etc.). Ces dernières années, la construction de plages artificielles dans la région — visant à protéger le littoral de l’impact de la crise climatique — a permis de mettre au jour de nombreux trésors enfouis : les matériaux dragués contenaient de nombreuses traces de nos ancêtres.

À noter qu’une bonne partie de ces objets anciens ont été découverts par des « scientifiques citoyens », au fond de l’eau, dans des filets de pêche ou sur les plages de la mer du Nord, comme l’explique le Dr Sasja van der Vaart-Verschoof, conservatrice adjointe du département de préhistoire du musée : « Nous avons une merveilleuse communauté d’archéologues amateurs qui parcourent presque quotidiennement ces plages et recherchent les fossiles et les artefacts », explique-t-elle.

Des terres disparues suite à un changement climatique majeur

Le Doggerland, ainsi nommé par l’archéologue Bryony Coles dans les années 1990, tient son nom du « Dogger Bank » — un banc de sable situé dans une région peu profonde de la mer du Nord, à la hauteur du Yorkshire (le mot dogge signifie « bateau de pêche » en vieux néerlandais). Ce territoire de près de 300 000 km² reliait les îles britanniques à la Belgique, aux Pays-Bas et au sud de la Scandinavie.

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Le Doggerland reliait autrefois la Grande-Bretagne à l’Europe continentale, jusqu’à ce qu’il soit submergé par la montée des eaux il y a environ 8000 ans. © The Guardian

Ces terres apparaissaient à chaque grande glaciation, car la formation des glaciers provoquait une baisse du niveau de la mer ; lors de la dernière ère glaciaire, le niveau était près de 120 mètres inférieur à celui d’aujourd’hui. Des animaux (mammouths, rhinocéros laineux, cerfs géants), des néandertaliens et les premiers humains modernes vivaient dans ce paysage vaste et fertile. « Il fut un temps où Doggerland était sec et incroyablement riche, un endroit merveilleux pour les chasseurs-cueilleurs », a déclaré Van der Vaart-Verschoof.

Mais après la dernière période glaciaire — il y a environ 11 000 à 7000 ans —, les habitants du Doggerland ont dû faire face à un changement climatique majeur : le niveau de l’eau a augmenté et un énorme tsunami, provoqué par un glissement de terrain sous-marin au large des côtes norvégiennes, a définitivement englouti le territoire. Doggerland est désormais le plus grand site archéologique d’Europe.

Les vastes plaines herbeuses de cette région constituaient un terrain de pâturage idéal pour les grands troupeaux d’animaux de l’époque, tels que les rennes, qui étaient la proie des lions des cavernes, des tigres à dents de sabre, des hyènes des cavernes et des loups, entre autres. Les multiples artefacts collectés pendant la dernière décennie sont la preuve que les humains prospéraient dans cette région : haches et outils en silex, en os et en bois de cerf, ossements d’animaux décorés, perles d’ambre, pendentif en dent de sanglier, pointes de flèches taillées dans des os humains, voilà tout autant d’objets surprenants exposés aujourd’hui au Musée national des antiquités de Leiden.

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Premières preuves d’ingéniosité humaine

Autre objet fascinant : un outil en silex doté d’un manche en bois de bouleau, âgé de 50 000 ans. Découvert en 2016 par un infirmier, Willy van Wingerden, alors qu’il se promenait sur une plage, cet objet a permis de mieux comprendre les néandertaliens, considérés jusqu’alors comme brutaux et simplistes ; cet outil tranchant prouve en effet qu’ils étaient capables de réaliser des tâches précises et complexes, en plusieurs étapes. Un dessin de l’exposition suggère que cet objet aurait par exemple pu être utilisé comme rasoir.

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L’exposition comporte également des fragments de crâne d’un jeune homme de Néandertal, découverts en 2001 au large des côtes de la Zélande, à partir desquels les spécialistes ont reconstitué le crâne entier. Les analyses de l’os du front suggèrent qu’il était un gros mangeur de viande ; une petite cavité située derrière l’arcade sourcilière pourrait être la cicatrice d’une tumeur sous-cutanée bénigne. Cet individu est considéré comme le « premier Néandertalien des Pays-Bas », ayant vécu au Doggerland il y a 50 000 ans.

Cette exposition qui retrace la vie des hommes sur ces terres aujourd’hui disparues sont également un moyen de sensibiliser le public aux conséquences du dérèglement climatique. Comme le souligne Sasja van der Vaart-Verschoof, « l’histoire de Doggerland montre à quel point le changement climatique peut être destructeur ». Certes, contrairement à l’époque du Doggerland, le bouleversement climatique amorcé aujourd’hui est directement lié aux activités humaines, mais il pourrait être tout aussi dévastateur que le réchauffement qui a suivi la dernière glaciation.

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L’exposition est visible au Musée national des antiquités de Leiden jusqu’au 31 octobre. Une visite virtuelle est également disponible sur la chaîne YouTube du musée.

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