Parmi les différents scénarios apocalyptiques impliquant les nouvelles technologies, l’intelligence artificielle tient certainement le haut du podium. Cependant, les chercheurs se sont penchés sur d’autres issues possibles impliquant des technologies avancées. C’est le cas du scénario de la « gelée grise », dans lequel des nanorobots auto-répliquants hors de contrôle pourraient mettre en danger la planète en détruisant tout son écosystème.

L’idée de machines auto-répliquantes n’est pas nouvelle. Elle apparaît avec les travaux du mathématicien et informaticien John von Neumann dès le début du 20ème siècle. En effet, initialement, une machine de von Neumann est un type de machine autonome capable de se répliquer elle-même en utilisant les matériaux bruts de son milieu. Depuis, le concept a été utilisé tant en ingénierie que dans de nombreuses œuvres de science-fiction.

Bien que l’idée de gelée grise soit considérée comme fortement improbable par les scientifiques, plusieurs rapports publics ont été commandés par les gouvernements afin d’analyser le véritable potentiel de la menace. Ces rapports étant justifiés par le développement de nombreux projets impliquant des machines auto-répliquantes comme le RepRap Project de l’université de Bath ou encore les différents projets menés par le NASA Institute for Advanced Concepts.

Gelée grise : des nanorobots auto-répliquants menaçant l’écosystème planétaire

Dans son ouvrage « Les Moteurs de la Création », l’américain Kim Eric Drexler, l’un des pères de la nanorobotique et de la nanotechnologie moléculaire (MNT), paru en 1986, décrit le comportement de nanorobots auto-répliquants, notamment leur possibilité de croissance exponentielle si les matériaux disponibles dans l’environnement sont inépuisables.

« Imaginez un tel réplicateur flottant dans une bouteille de produits chimiques, faisant des copies de lui-même… le premier réplicateur assemble une copie en mille secondes, les deux réplicateurs en construisent ensuite deux de plus en mille secondes, les quatre en construisent quatre autres et les huit en construisent huit autres ».

« Au bout de dix heures, il n’y a pas trente-six nouveaux réplicateurs, mais plus de 68 milliards. En moins d’une journée, ils pèseraient une tonne ; dans moins de deux jours, ils pèseraient plus que la Terre ; dans les quatre heures suivantes, ils dépasseraient la masse du Soleil et de toutes les planètes combinées — si la bouteille de produits chimiques ne s’épuise pas avant ».

Cette vidéo présente un robot en nano-blocs, développé par l’université de Cornell, capable de s’auto-répliquer :

C’est dans le chapitre 11 de son livre que Drexler utilise pour la première fois le terme de gelée grise et la décrit de cette manière : « Les premiers réplicateurs à base d’assembleur pourraient battre les organismes modernes les plus avancés. Les plantes avec des feuilles ne sont pas plus efficaces que les cellules solaires actuelles, qui pourraient supplanter les vraies plantes, encombrant la biosphère d’un feuillage immangeable ».

« Des ‘bactéries’ robustes et omnivores pourraient supplanter les vraies bactéries : elles pourraient se répandre comme du pollen, se répliquer rapidement et réduire la biosphère en poussière en quelques jours. Les réplicateurs dangereux pourraient facilement être trop résistants, trop petits et s’étendre trop rapidement, du moins si nous n’effectuions aucune préparation. Nous avons déjà assez de problèmes pour contrôler les virus et les mouches ».

Technologies autonomes et risques de gelée grise

Selon Drexler, l’humanité n’a pas besoin de développer des machines auto-répliquantes ; de tels robots sont inutilement complexes à fabriquer et ne possèdent pas une efficacité suffisante pour justifier leur développement. Cela résoudrait donc le problème de la possibilité d’un tel scénario catastrophe.

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Dans un livre d’ingénierie publié en 1992, Drexler préconise plutôt d’utiliser de grandes usines automatisées qui assembleraient pièce par pièce d’autres machines. Toutefois, le chercheur concède que cela n’empêcherait pas une des usines de devenir incontrôlables — surtout dans le cas où elles intégreraient une intelligence artificielle — et donner lieu à un risque de gelée grise.

reprap machine repliquante

Dans cette expérience du projet RepRap, la machine de droite a été entièrement assemblée par la machine de gauche à l’identique. Même si certains prototypes de machines auto-répliquantes sont en cours de développement, les scientifiques sont encore loin des nanotechnologies moléculaires autonomes impliquées dans les scénarios de type gelée grise. Crédits : RepRap Project

Devant le risque potentiel d’écophagie (destruction de l’environnement) posé par la gelée grise, le Prince Charles a commandé un rapport d’enquête à la Royal Society britannique afin d’analyser l’énorme risque environnemental et social des nanotechnologies. Dans leurs conclusions remises le 29 juillet 2004, les scientifiques estiment que les machines auto-répliquantes ne représentent pas un problème actuel étant donné que la technologie nécessaire pour les créer ne devrait pas apparaître avant plusieurs centaines d’années.

Dans un rapport de 2006 publié par l’Institut International de Physique dans la revue Nanotechnology, les auteurs — dont Drexler fait partie — montrent que le risque de gelée grise est bien moins probable que ne le pensaient les scientifiques initialement. Toutefois, d’autres risques potentiels et plus plausibles sont pointés du doigt, notamment le nanoterrorisme et les nanotechnologies militaires. Les auteurs préconisent néanmoins d’intégrer aux nanomachines moléculaires des systèmes de contrôle permettant d’éviter tout scénario de type gelée grise.

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