Une guerre nucléaire entre deux pays suffirait à entraîner une famine mondiale

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Alors que le conflit entre la Russie et l’Ukraine a récemment perturbé l’approvisionnement alimentaire au niveau mondial (entraînant des ruptures de stock d’huile de tournesol, de pâtes ou de farine), une nouvelle étude avertit qu’une guerre nucléaire entre deux nations pourrait provoquer une famine à l’échelle mondiale. Un tel événement entraînerait en effet une chute notable et durable des températures de surface, menaçant les cultures sur l’ensemble du globe.

Si deux pays s’affrontaient au moyen d’armes nucléaires, les effets au niveau local seraient évidemment dramatiques : les explosions causeraient l’élimination directe des populations et provoqueraient des retombées radioactives dangereuses et persistantes. Mais une équipe internationale de chercheurs s’est intéressée aux conséquences d’un tel conflit à plus grande échelle : ils ont ainsi modélisé plusieurs scénarios de guerre nucléaire pour observer leurs effets sur le climat et sur les productions alimentaires.

Il ressort de leur étude que les quantités de suie générées par les armes nucléaires et répandues dans la stratosphère seraient telles qu’elles bloqueraient une partie du rayonnement solaire, entraînant une chute des températures (de 1 à 16 °C) pendant au moins une décennie, qui à son tour, provoquerait une baisse significative des rendements agricoles. « Un grand pourcentage de la population sera affamé. C’est vraiment mauvais », résume Lili Xia, climatologue à l’Université Rutgers de New Brunswick, dans le New Jersey, qui a dirigé les recherches. Plus de 5 milliards de personnes pourraient mourir de faim suite à une guerre nucléaire entre les États-Unis et la Russie, selon l’étude.

Une réduction drastique de la production mondiale de calories

L’effet serait comparable à ceux des grandes éruptions volcaniques, que notre planète a connues par le passé. L’éruption du Laki en 1783, en Islande, ou encore l’éruption du Tambora en 1815, en Indonésie, ont toutes deux provoqué une baisse globale des températures, de par les aérosols d’acide sulfurique éjectés dans la stratosphère, entraînant de graves famines. L’équipe rappelle que plus récemment, les grands incendies survenus au Canada en 2017 et en Australie en 2019 et 2020, ont généré eux aussi d’importantes quantités de suie, transportées dans le monde entier pendant plusieurs mois — ce qui confirme que le même phénomène se produirait dans le cas d’une guerre nucléaire.

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Les conséquences dépendront toutefois de plusieurs facteurs, tels que le nombre d’armes utilisées, la nature des cibles et les conditions atmosphériques. Pour cette étude, les chercheurs ont examiné six scénarios de guerre différents, durant une semaine et produisant plus ou moins de suie stratosphérique. Ils estiment qu’une guerre entre l’Inde et le Pakistan — qui disposent tous deux d’un arsenal nucléaire à haut rendement — pourrait produire une charge stratosphérique de 5 à 47 Tg (téragrammes, soit 1012 grammes) de suie. Une guerre entre les États-Unis, leurs alliés et la Russie — qui représentent plus de 90% de l’arsenal nucléaire mondial — pourrait quant à elle produire plus de 150 Tg de suie.

Ils ont chaque fois tenu compte du nombre total de calories alimentaires disponibles dans chaque nation après la guerre, une fois les aliments stockés consommés. Leur conclusion fait froid dans le dos : « Nous démontrons que des injections de suie supérieures à 5 Tg entraîneraient des pénuries alimentaires massives, et que la production de nourriture animale et aquatique serait incapable de compenser la réduction de la production végétale, dans presque tous les pays ».

composition alimentation humaine
a) Composition du régime alimentaire humain moyen au niveau mondial. Les pourcentages représentent la proportion de calories disponibles. b) Composition du régime protéique moyen de l’Homme dans le monde. Les pourcentages sont exprimés en % de la production de matière sèche. © L. Xia et al.

Les impacts locaux seraient évidemment les plus importants : les infrastructures seraient détruites, tandis que les sols et l’eau de la zone ciblée seraient immédiatement contaminés par les matières radioactives. Dans le cas du pire scénario (impliquant la production de 150 Tg de suie), la production moyenne mondiale de calories provenant des cultures diminuerait d’environ 90%, 3 à 4 ans après la guerre nucléaire — ce qui provoquerait une grave perturbation des marchés alimentaires. Et les chercheurs soulignent que ces pertes ne pourront être compensées ni par la pêche (qui ne contribue actuellement que très peu à l’approvisionnement moyen mondial en protéines) ni par l’élevage de bétail (qui nécessite lui-même une alimentation à base de cultures végétales).

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Moins de 25% de survivants dans la plupart des pays

« La lumière réduite, le refroidissement mondial et les restrictions commerciales probables après les guerres nucléaires seraient une catastrophe mondiale pour la sécurité alimentaire », résument les chercheurs. Même dans le scénario le moins catastrophique — soit une guerre entre l’Inde et le Pakistan impliquant une centaine d’armes nucléaires, produisant 5 Tg de suie au total — la production de calories à travers la planète pourrait chuter de 7% au cours des cinq premières années suivant le conflit ; plus de 250 millions de personnes pourraient mourir de faim à l’issue des deux premières années, selon les chercheurs. L’étude suppose que le commerce alimentaire international serait suspendu, chaque pays préférant subvenir en priorité aux besoins de sa population plutôt que d’exporter ses ressources.

apport alimentaire monde guerre nucléaire
Apport alimentaire (kcal par habitant et par jour) en année 2 après l’injection de 150 Tg de suie dans la stratosphère. À gauche, le cas où l’élevage du bétail se poursuit dans les conditions actuelles ; au milieu, le cas où l’élevage n’est que partiel, 50% de l’alimentation du bétail étant utilisée pour l’alimentation humaine ; à droite, le scénario qui n’implique aucun élevage, où 50% des aliments initialement dédiés au bétail sont redistribués aux humains. Toutes les cartes supposent qu’il n’y a pas de commerce international et que les calories totales sont réparties uniformément au sein de chaque nation. En vert, les régions où la consommation alimentaire peut soutenir l’activité physique du pays ; en jaune, les régions où l’apport calorique disponible ferait perdre du poids ; en rouge, les régions où l’apport calorique quotidien est inférieur aux besoins métaboliques, entraînant progressivement la mort des individus. © L. Xia et al.

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Les données révèlent des disparités régionales : les pays les plus impactés (ayant la plus forte réduction de calories) seront ceux situés sur les hautes latitudes de l’hémisphère nord — qui doivent déjà composer avec une saison relativement courte pour les cultures terrestres et pour lesquels un refroidissement rendrait l’agriculture quasi impossible. De même, les pays qui dépendent actuellement fortement des importations seraient gravement touchés. « Dans le cas de 150 Tg, la plupart des pays auraient moins de 25% de la population survivante à la fin de l’année 2 », constatent les chercheurs. Seule l’Australie, qui dépendrait principalement du blé, semble tirer son épingle du jeu, quel que soit le scénario.

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Les données montrent par ailleurs qu’une réduction des déchets alimentaires des ménages pourrait aider dans les cas d’une « petite » guerre nucléaire, mais qu’elle serait insuffisante dans les pires scénarios, ne parvenant pas à compenser la forte réduction de la production globale induite par le climat.

Un nombre réduit d’armes nucléaires aurait moins d’impact, mais les auteurs de l’étude soulignent qu’une fois la guerre commencée, « il peut être difficile de limiter l’escalade »… On compte à ce jour neuf États possédant des armes nucléaires : les États-Unis, la Russie, le Royaume-Uni, la France, la Chine, Israël, l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord. Le risque d’une guerre nucléaire est faible, selon les experts, mais cette étude montre qu’un tel événement affecterait l’ensemble de la planète — ce qui souligne l’importance de la coopération mondiale pour prévenir la guerre nucléaire.

Source : L. Xia et al., Nature Food

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