Identification de la potentielle origine neuronale de l’alcoolisme

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| Pixabay/Université de Warwick

La dépendance aux substances addictives est un problème de santé majeure. Comprendre les facteurs déclencheurs et les mécanismes neurologiques en jeu est donc crucial pour lutter contre l’abus de substances et proposer des thérapies de sevrage adaptées. L’une des formes de dépendance les plus courantes et dévastatrices est l’alcoolisme — 45’000 décès par année en découlent rien qu’en France. Récemment, des chercheurs britanniques et chinois ont localisé sa potentielle origine physique dans un réseau spécifique de neurones, qui régule notamment notre réaction au danger.

Le cortex orbitofrontal médian (mOFC), situé à l’avant du cerveau, se charge de détecter les situations désagréables ou d’urgence, puis envoie cette information à la substance grise périaqueducale dorsale (dPAG), située au centre du cerveau — en réalité, il s’agit d’un ensemble de neurones (formant une masse de substance grise, d’où son nom).

Cette dernière permet de décider si oui ou non, une situation doit être évitée. Selon les résultats de la nouvelle étude, elle serait également responsable, via un mécanisme complexe, de la consommation « impulsive et compulsive » d’alcool chez de nombreux individus. La recherche a été menée dans le cadre d’une collaboration internationale, co-dirigée par le Dr Tianye Jia de l’Université de Fudan, le professeur Jianfeng Feng de l’Université de Warwick et de l’Université de Fudan, et le professeur Trevor Robbins de l’Université de Cambridge et de l’Université de Fudan. Les détails ont été publiés dans la revue Science Advances.

Un déséquilibre bifactoriel

Selon les chercheurs, une personne est plus à risque de développer des troubles liés à la consommation d’alcool lorsque cette voie d’information est déséquilibrée de deux façons :

  • L’alcool inhibe la dPAG (la zone du cerveau qui traite les situations défavorables), de sorte que le cerveau ne peut pas répondre aux signaux négatifs ou à la nécessité d’échapper au danger, ce qui conduit un individu à ne ressentir que les avantages de la consommation d’alcool, et non ses effets secondaires néfastes. C’est une cause possible de la consommation compulsive d’alcool.
  • Une personne souffrant d’une dépendance à l’alcool aura aussi généralement une dPAG surexcitée, lui faisant sentir qu’elle se trouve dans une situation défavorable ou désagréable à laquelle elle souhaite échapper, et elle se tournera « d’urgence » vers l’alcool pour le faire. C’est la cause de la consommation impulsive d’alcool.

« J’ai été invité à commenter une étude antérieure sur les souris dans un but similaire : localiser les origines possibles de l’abus d’alcool. Il est passionnant de pouvoir reproduire ces modèles murins chez l’homme et, bien sûr, d’aller plus loin pour identifier un modèle à double voie qui lie l’abus d’alcool à une tendance à manifester un comportement impulsif », déclare le professeur Jianfeng Feng, du département d’informatique de l’université de Warwick.

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Vue en coupe du cortex orbitofrontal médian. La régulation descendante de la substance grise périaqueducale dorsale (dPAG, pour Dorsal Periaqueductal Gray) est liée à la consommation impulsive et compulsive d’alcool. © Université de Warwick

« Il est remarquable que ces systèmes neuronaux chez la souris, qui s’occupent de répondre aux menaces et aux ‘punitions’, se soient avérés pertinents pour notre compréhension des facteurs conduisant à l’abus d’alcool chez les adolescents », déclare le professeur Trevor Robbins, du département de psychologie de l’université de Cambridge. « Nous avons découvert que la même régulation neurale descendante pouvait mal fonctionner de deux manières complètement différentes, tout en conduisant à un comportement similaire d’abus d’alcool », précise le Dr Tianye Jia, de l’Institut des sciences et des technologies de l’Université Fudan.

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Avant d’envisager leur étude sur l’humain, l’équipe de recherche avait remarqué que les modèles précédents de rongeurs montraient que les zones cérébrales mPFC et dPAG pouvaient être à l’origine de précurseurs de la dépendance à l’alcool. Ils ont ensuite analysé les scanners cérébraux IRM de l’ensemble de données IMAGEN — un groupe de 2000 personnes du Royaume-Uni, d’Allemagne, de France et d’Irlande qui participent à des recherches scientifiques pour faire progresser les connaissances sur la façon dont les facteurs biologiques, psychologiques et environnementaux durant l’adolescence peuvent influencer le développement du cerveau et la santé mentale.

Les participants ont entrepris des examens IRM fonctionnels basés sur des tâches, et lorsqu’ils n’ont pas été récompensés dans les tâches (ce qui a produit des sentiments négatifs de punition), la régulation entre le mOFC et le dPAG a été plus fortement inhibée chez les participants qui avaient fait preuve d’abus d’alcool. De même, à l’état de repos, les participants qui ont montré une voie de régulation plus « surexcitée » entre le mOFC et le dPAG (conduisant à des sentiments de besoin urgent d’échapper à une situation) avaient également des niveaux accrus d’abus d’alcool.

L’alcoolisme est l’une des addictions les plus courantes et les plus dévastatrices. Selon un rapport de l’OMS publié en 2018, plus de 3 millions de décès par an sont liés à la consommation d’alcool dans le monde (45’000 en France), et la consommation nocive d’alcool contribue à 5,1% de la charge mondiale de morbidité. Comprendre les facteurs déclencheurs et les mécanismes neurologiques en jeu est donc crucial pour mieux aider ces personnes et proposer des thérapies de sevrage adaptées.

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Source : Science Advances

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