Un énorme panache de poussière provenant du désert du Sahara et qui a dérivé à travers l’océan Atlantique a atteint le sud-est des États-Unis. Ces panaches de poussière du Sahara soufflent régulièrement vers l’ouest à cette période de l’année, mais selon les mesures de cette année, l’événement serait le plus important depuis des décennies. D’ailleurs, un deuxième panache serait en train de se former actuellement.

Dans le sud-est des États-Unis, de la côte du golfe aux Carolines, et potentiellement au nord d’Indianapolis et de Cincinnati, les effets de la poussière seront probablement visibles dans les prochains jours. En effet, des milliards de grains de poussière refléteront la lumière du Soleil dans toutes les directions, créant un ciel blanc laiteux (à noter que cette brume poussiéreuse renvoie une petite quantité de rayonnement solaire dans l’espace, refroidissant légèrement la surface terrestre là où le panache est le plus épais).

Par ailleurs, la lumière rouge et la lumière orange ont tendance à « mieux » pénétrer la brume poussiéreuse, de ce fait, les levers et les couchers de soleil sont susceptibles d’être particulièrement magnifiques. Par contre, sur le plan négatif, il faut savoir que le panache se mêle aux averses et aux orages : cela nuira donc grandement à la qualité de l’air et pourrait déclencher des réactions allergiques, ainsi que des crises d’asthme. En effet, plus la poussière atteint une zone, plus les effets seront prononcés.

Cet énorme panache de poussière permet de constater comment la géographie physique de la Terre crée des modèles météorologiques et climatiques inattendus.

La rotation de la Terre et le réchauffement inégal créent des zones climatiques

Les systèmes climatiques et météorologiques de la Terre commencent par des mouvements dans l’atmosphère : des bandes d’air montant et descendant, ou se déplaçant horizontalement des zones à haute pression vers les zones à basse pression.

La rotation de la Terre et le fait que la planète soit plus chaude près de l’équateur qu’aux pôles, créent des modèles de circulation dans l’atmosphère. Aux latitudes plus élevées, vers les pôles, les vents soufflent plus fort et se déplacent d’ouest en est. Près de l’équateur, les vents soufflent moins fort et se déplacent d’est en ouest.

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Cette animation montre les aérosols dans le panache géant de poussière saharienne soufflant au large de la côte ouest de l’Afrique du 13 au 18 juin 2020. Cet indice d’aérosol a été créé à partir des données superposées de l’Ozone Mapping and Profiler Suite (OMPS) du satellite NASA-NOAA Suomi NPP, sur des images du Visible Infrared Imaging Radiometer Suite (VIIRS). Crédits: NASA/NOAA/Colin Seftor

Dans les tropiques profonds, l’air ascendant se dilate et se refroidit. La vapeur d’eau qu’elle contient se condense et tombe, produisant des forêts tropicales humides qui sont les écosystèmes les plus productifs de la planète en Amazonie, au Congo, dans certaines parties de l’Asie du Sud-Est, en Indonésie et aux Philippines.

Dans les régions subtropicales des deux hémisphères, l’air se comprime et se réchauffe, vaporisant chaque petit nuage pour produire les régions les plus arides du monde : soit les déserts de Gobi, d’Atacama, de Sonoran, du Namib et d’Australie. Et le plus grand désert est la ceinture d’une aridité brûlante qui s’étend à travers le Sahara et la péninsule arabique, et qui pénètre profondément en Asie centrale. C’est précisément là que se forment les panaches de poussière transatlantiques.

Vents puissants et poussières

Le Sahara est si chaud et sec que l’Afrique du Nord est plus chaude que l’équateur à cette période de l’année, bien qu’elle se trouve à des milliers de kilomètres plus au nord. Il s’agit par ailleurs du seul endroit de la planète où le gradient du chaud au froid recule, soit des régions subtropicales à l’équateur. En l’espace de quelque 1600 kilomètres, de la côte atlantique du Ghana à l’intérieur profond du Mali, le paysage passe de la jungle tropicale au sable brûlant.

L’évaporation maintient les forêts tropicales plus fraîches que les déserts au nord. Ce gradient thermique inversé affecte les alizés prédominants, les faisant onduler d’avant en arrière et de haut en bas, en vagues gigantesques, de juin à octobre.

La combinaison d’une immense étendue de terres torréfiées et d’un modèle thermique « inversé » permet à des vagues de vent fort de libérer le sable et la poussière de la surface chaude du Sahara, de les projeter en hauteur vers les thermiques flottants et de les transporter très loin, à l’ouest. Puis, au fur et à mesure que l’air acquiert une charge de poussière de plus en plus lourde, il devient encore plus érosif, sablant le paysage aride toujours plus en profondeur.

Les plus gros panaches de poussière sont éjectés vers l’ouest à travers l’Atlantique tropical. Une grande partie de cette poussière du désert est déposée dans l’océan, mais une partie atteint les Amériques.

Fertiliser les forêts tropicales humides et court-circuiter les ouragans

Au-dessus de l’océan, les vents de l’est engloutissent la vapeur d’eau de la surface chaude de la mer et peuvent se transformer en tempêtes tropicales. À savoir que la quasi-totalité des ouragans de l’Atlantique commence par des brises ondulantes sur le régime thermique inversé de l’Afrique de l’Ouest.

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Les grands panaches de poussière sahariens interfèrent avec la formation d’ouragans atlantiques d’au moins trois manières : tout d’abord, leur air très sec dilue l’humidité dont la condensation forme le carburant des tempêtes tropicales. Deuxièmement, les vents de niveau supérieur qui transportent ces panaches soufflent plus fort que les vents à la surface (cette variation de la vitesse du vent, connue sous le nom de cisaillement du vent, souffle les sommets des orages avant qu’ils ne puissent s’organiser en systèmes plus grands). Et, troisièmement, les panaches de poussière réfléchissent et diffusent la lumière du soleil tropicale, réduisant le pouvoir d’évaporation du rayonnement solaire tropical et les orages affamés de leur humidité.

Pour toutes ces raisons, les dépressions tropicales, les tempêtes et les ouragans sont moins probables lorsque de grands panaches de poussière sahariens sont actifs au-dessus de l’Atlantique. Cela est donc une bonne nouvelle pour les résidents côtiers des États-Unis, mais une mauvaise nouvelle pour les surfeurs, car les tempêtes tropicales sont les principaux générateurs de vagues en été.

Il faut savoir que les panaches de poussière offrent d’autres avantages : la poussière du désert est une source importante de nutriments pour les écosystèmes sous le vent, à la fois dans l’océan et sur la terre ferme. En effet, le fer soluble dans la poussière aide certaines espèces d’algues dans les eaux de surface à prospérer, et ces minuscules organismes forment la base de réseaux alimentaires qui abritent des milliers d’autres espèces.

La poussière contient également du phosphore, qui est un élément essentiel à la croissance des forêts tropicales d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud. Ces écosystèmes obtiennent du phosphore en dissolvant les roches locales à leurs racines, mais en ont besoin de plus, qu’ils reçoivent ainsi de la poussière provenant du désert.

Si vous vous trouvez dans une zone touchée par un panache de poussière, n’oubliez pas de lever les yeux, et d’observer. Vous pourrez très certainement apercevoir un ciel inhabituel, ou observer de magnifiques couchers de soleil.

Source : NASA

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