Des insectes parfaitement conservés datant du Trias retrouvés dans des excréments de dinosaure

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| Qvarnström et al./Joanna K.

Il y a 230 millions d’années, durant le Trias tardif, un dinosaure du genre des Silesaurus broutait un tas d’algues vertes près d’une étendue d’eau dans l’actuelle Pologne. Au cours de son repas, l’animal a également ingéré des insectes qu’il a ensuite éjectés sous forme d’excréments. Et récemment, une équipe de chercheurs a retrouvé les excréments du dinosaure renfermant les coléoptères fossilisés, parfaitement conservés.

Ces insectes sont les premiers à être décrits à partir d’excréments fossilisés, et ils ne ressemblent à rien de ce que nous avons découvert auparavant dans l’ambre. Non seulement ces insectes sont beaucoup plus anciens, mais leurs pattes et leurs antennes sont si intactes que les chercheurs ont pu reconstituer avec précision leur forme en trois dimensions. La nouvelle espèce a été nommée Triamyxa coprolithica.

« J’ai été vraiment étonné de voir à quel point les coléoptères étaient bien conservés, quand nous les avons modélisés à l’écran, c’était comme s’ils nous regardaient droit dans les yeux », explique le paléontologue Martin Qvarnström de l’Université d’Uppsala en Suède. Le Trias est considéré comme une période cruciale pour l’évolution des insectes, en particulier pour les coléoptères, qui sont l’ordre le plus diversifié d’organismes aujourd’hui.

Des coléoptères âgés de 230 millions d’années

Malheureusement, de nombreux fossiles de coléoptères de cette époque ne nous donnent qu’une empreinte de l’espèce, pas une vue en trois dimensions. Les dépôts d’ambre sont l’exception. Cependant, ils ne remontent généralement pas à plus de 140 millions d’années. Les coléoptères trouvés dans les excréments de dinosaures sont presque deux fois plus vieux.

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Vue complète d’un des insectes fossilisés. © Qvarnström et al. 2021

Après une analyse approfondie, les chercheurs ont placé la nouvelle espèce de coléoptère dans sa propre famille, les Triamyxidae. Compte tenu de certaines ressemblances, ils soupçonnent que les insectes sont une ramification éteinte d’un petit sous-ordre de coléoptères, connu sous le nom de Myxophaga, dont seulement quelques fossiles ont été retrouvés.

vue ventrale insecte fossilise
Vues ventrales du coléoptère. © Qvarnström et al. 2021

Aujourd’hui, les coléoptères myxophages modernes peuvent être trouvés en grand nombre sur des tapis d’algues vertes, généralement près de l’eau ; la découverte suggère que leurs anciens parents pourraient avoir été abondants dans des environnements aquatiques similaires. La déjection fossilisée, connue sous le nom de coprolithe, proviendrait d’un dinosaure de deux mètres de long, appelé Silesaurus opolensis, qui se nourrit principalement de plantes mais semble également avoir un penchant pour les insectes. Le nombre de coléoptères dans ses excréments le suggère certainement.

Silesaurus : son régime était certainement omnivore

Ces insectes étant petits et si nombreux, les chercheurs pensent qu’ils étaient probablement un accompagnement du repas principal. Si un dinosaure grignotait des algues vertes près du rivage, par exemple, tout coléoptère qu’il consommerait en cours de route serait un ajout croustillant et, s’il était digéré, un complément nutritif au repas.

Compte tenu de leur corps minuscule et robuste, les chercheurs pensent que les coléoptères auraient eu de meilleures chances de survivre à la digestion des dinosaures par rapport aux autres insectes. Tout ce qui avait un corps mou aurait été facilement décomposé. « Bien que Silesaurus semble avoir ingéré de nombreux individus de T. coprolithica, le coléoptère était probablement trop petit pour avoir été la seule proie ciblée », explique Qvarnström.

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Reconstitution montrant Silesaurus opolensis dans son environnement naturel. © Joanna K.

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« Au lieu de cela, Triamyxa a probablement partagé son habitat avec de plus gros coléoptères, qui sont représentés par des restes désarticulés dans les coprolithes, et d’autres proies, qui ne se sont jamais retrouvées dans les coprolithes sous une forme reconnaissable. Il semble donc probable que Silesaurus était omnivore, et qu’une partie de son alimentation était composée d’insectes ».

Coprolithes : un outil prometteur pour étudier l’évolution des insectes

La découverte a amené les auteurs à penser que les coprolithes pourraient constituer une excellente fenêtre sur l’évolution précoce des insectes. Les matières fécales fossilisées peuvent être plus difficiles à voir pour l’œil humain, mais en utilisant un micro-scanner, les chercheurs ont pu distinguer tous les petits détails sur T. coprolithica.

Il a fallu attendre le crétacé inférieur pour que la résine des arbres soit suffisamment abondante pour capturer les premiers insectes en action et les fossiliser. Pendant le Trias, il y avait beaucoup moins de résine d’arbre autour, ce qui signifie que nous n’avons pas de dépôts d’ambre pour révéler à quoi ressemblaient les insectes à cette époque.

Sources : Current Biology

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