James Lovelock, père des théories Gaïa, décède le jour de son 103e anniversaire

décès james lovelock
I Adrian Sherratt/The Guardian
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Hier était le jour du dépassement, et la science a perdu deux jours avant l’un de ses membres les plus éminents dans la lutte pour le climat. James Lovelock, le père des célèbres et controversées théories Gaïa, est décédé lors de son 103e anniversaire, le 26 juillet dernier. Pétillant et plein de vie, scientifique et inventeur indépendant, il serait décédé des suites et complications d’une mauvaise chute. Souvent considéré comme anticonformiste, il laissera derrière lui un inestimable héritage, lui qui a émis l’hypothèse longtemps avant ses pairs que la Terre fonctionne tel un gigantesque et complexe ensemble vivant autorégulé. Selon lui, la Terre entamerait actuellement sa fin de vie à cause des impacts du changement climatique. Aujourd’hui, alors que certaines de ses prédictions semblent se réaliser, prendrons-nous de meilleures décisions — si toutefois il n’est pas trop tard — dans la gestion de nos ressources et de notre planète ?

L’une des personnalités scientifiques les plus respectées du Royaume-Uni, James Lovelock, était un personnage solitaire dont les théories avant-gardistes rencontraient beaucoup d’oppositions. Travaillant seul dans son laboratoire, il a émis l’une de ses plus célèbres théories dans les années 70, selon laquelle la Terre serait un système vivant intercommuniquant, capable de s’autoréguler pour maintenir la vie qu’elle abrite. Sa biosphère fonctionnerait ainsi tel un organisme unique, capable de manipuler activement l’atmosphère de la Terre de sorte à subvenir à ses besoins. La Terre serait ainsi dotée de capacités supérieures aux éléments qui la constituent, selon ses hypothèses.

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Ces hypothèses, semblant cohérentes avec la stabilisation de l’atmosphère primitive et l’émergence de la vie sur Terre, a longtemps été controversée. Pourtant, les travaux de Lovelock auraient permis de comprendre l’ampleur de l’impact de l’homme sur la biosphère. Nous serions ainsi en train de la mener vers sa fin de vie, en entravant sa capacité naturelle à s’autoréguler.

En avance sur son temps

Également appelée hypothèse biogéochimique, la théorie Gaia a été initialement pré-avancée par d’autres scientifiques. Mais Lovelock, en collaboration avec la microbiologiste américaine Lynn Marqulis et Dian Hitchcock, un consultant du Pentagone, a été le premier à consolider la théorie en combinant plusieurs disciplines scientifiques, que personne n’aurait pensé à allier avant lui.

D’après Lovelock, les instituts et universités devraient être plus ouverts, car souvent, un chercheur affilié à une seule discipline ne voit pas assez large. Les chimistes ne connaissent par exemple pas suffisamment les mécanismes biologiques complexes, et les chirurgiens en savent souvent beaucoup moins que les médecins généralistes ou les pharmacologues concernant les pathologies courantes, alors qu’ils font techniquement les mêmes études durant la majorité de leur parcours académique.

Cette ouverture sur beaucoup de disciplines scientifiques a permis à Lovelock d’effectuer des mesures atmosphériques du sulfure de diméthyle (un composé volatil et hautement toxique pour l’environnement) à différents points du globe. Il en a conclu que la teneur (ainsi que celle de beaucoup d’autres gaz) était surtout régulée par les organismes marins, et publie par la suite le premier ouvrage consacré à la théorie Gaïa, en 1972.

Sa compréhension unique du système terrestre lui a permis de prédire, des décennies en avance, la croissance des risques climatiques engendrés par les combustibles fossiles, la saturation atmosphérique des produits chimiques appauvrissant la couche d’ozone et les dangers de la pollution industrielle et microplastique.

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Dans les années 60, son détecteur d’électrons ultrasensible a permis de décrire pour la première fois comment les produits chimiques toxiques s’infiltrent dans l’air, les sources d’eau potables et les terres agricoles. Il a été aussi le premier à découvrir la présence de fluorocarbures dans l’atmosphère, et que les produits dérivés du pétrole étaient hautement toxiques pour le cerveau des enfants et entravaient gravement la régulation climatique de la Terre.

Ces recherches ont conduit aux hypothèses Gaïa, selon lesquelles les catastrophes naturelles et les épidémies feraient également partie du système de régulation la Terre. Les épisodes de peste noire par exemple, selon ces hypothèses, auraient pu être provoquées par un système naturel de défense dont notre planète a recours pour équilibrer et stabiliser sa population, afin que les ressources puissent se régénérer et suffire à tout le monde.

D’après Lovelock, les épidémies agiraient comme des systèmes de puits (les remèdes) et de sources (les virus). Cela ferait partie de l’évolution telle que décrite par Darwin, et selon laquelle une espèce prolifère car elle dispose de nourriture en abondance. Nous serions comparés à de la nourriture pour les virus, et la croissance démographique de la planète serait directement liée à leur évolution.

Conscient très tôt des enjeux, Lovelock a passé sa vie à se battre pour la cause climatique. Sa théorie constitue aujourd’hui l’une des bases fondamentales de la science climatique, et lui a même valu d’être sollicité par la NASA concernant les recherches de la vie sur Mars.

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Malgré les avertissements sur des impacts qui paraissent évidents, la prise de conscience globale et les mesures environnementales paraissent encore trainer. Quelques jours avant son décès, Lovelock pensait qu’il n’y avait que peu d’espoir d’éviter certains des pires impacts du changement climatique. Cependant, sans lui, de nombreux mouvements pour l’environnement à travers le monde n’auraient débuté que beaucoup plus tard.

Ses décennies de recherches ont démontré et confirmé l’ampleur des impacts des activités anthropiques sur la capacité autorégulatrice de la Terre. À compter de hier, nous vivons à crédit, car les ressources renouvelables annuelles de la Terre ont déjà été consommées.

Les prédictions climatiques de Lovelock se confirment aussi par les canicules extrêmes que subit actuellement l’Europe, qui font souvent la une des journaux. La Sibérie, ce désert de glace infranchissable, subit aujourd’hui les pires vagues de chaleur qu’il ait connu. Partout dans le monde, inondations et météo extrême menacent toujours plus souvent. Des populations entières sont contraintes de se déplacer pour survivre, et des épidémies de plus en plus meurtrières voient le jour à un rythme alarmant.

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