Le Japon encourage les semaines de travail de 4 jours

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| Pixabay

Le gouvernement japonais a fait part de ses directives annuelles en matière de politique économique : gros changement en perspective, puisqu’il recommande aux entreprises de permettre à leurs employés de ne travailler que quatre jours par semaine (au lieu de cinq, comme le veut l’usage). Le but ? Proposer un juste équilibre entre vie privée et vie professionnelle et relancer l’économie.

Les Japonais sont réputés pour être des travailleurs consciencieux et acharnés et ce, dès leur plus jeune âge. En conséquence, à force d’enchaîner les heures supplémentaires et de faire l’impasse sur leurs jours de congé, les employés tombent malades, développent un burn-out et dans le pire des cas, se suicident ou meurent subitement d’un accident cardiovasculaire à cause du stress et du surmenage — un phénomène appelé karōshi au Japon.

Face à ce constat, le gouvernement envisage un changement radical des habitudes, en recommandant aux entreprises de proposer des week-ends de trois jours à leur personnel. La pandémie de COVID-19 n’est sans doute pas étrangère à cette décision. L’idée a d’ailleurs été soumise à discussion dès la fin janvier, portée par Kuniko Inoguchi, membre du parti libéral-démocrate au pouvoir.

« Une nécessité plutôt qu’une possibilité »

Une étude gouvernementale menée en 2016 a révélé qu’un travailleur japonais sur cinq était à risque de karoshi, et que près d’un quart des entreprises exigeaient que leur personnel fasse plus de 80 heures supplémentaires chaque mois, souvent non rémunérées. Résultat : plusieurs centaines de personnes décèdent chaque année d’attaques cardiaques, d’accidents vasculaires cérébraux ou d’autres problèmes de santé provoqués par le surmenage, tandis que le nombre de suicides augmente.

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Une loi instaurée en 2019 limite les heures supplémentaires à 100 heures par mois, et les entreprises enfreignant cette règle encourent une amende. Mais en pratique, cette loi comporte certaines lacunes qui ne permettent pas d’améliorer réellement la situation. Pour Teruo Sakurada, professeur de commerce à l’Université Hannan d’Osaka, il devient urgent d’améliorer les conditions de travail des salariés : « Je dirais que plutôt que d’être une possibilité dans les entreprises, cela devrait être une nécessité », déclare-t-il.

De ce changement culturel majeur découleraient en effet de nombreux bénéfices. En tant que porteur du projet, Kuniko Inoguchi a souligné que réduire le temps de travail à quatre jours par semaine permettrait non seulement de diminuer les risques de karoshi, mais aussi d’offrir aux employés l’occasion de passer du temps avec leurs familles et leurs proches, de poursuivre des études, de profiter d’autres opportunités professionnelles et surtout, de contribuer à l’économie nationale en consommant.

De même, avoir plus de temps libre en perspective incitera peut-être davantage de couples à avoir plus d’enfants dans un pays où la population est de plus en plus âgée. La population vieillissante commence d’ailleurs à entraîner une pénurie de main-d’œuvre dans le pays. Alors que le Japon compte actuellement 126,5 millions d’habitants, il pourrait n’en compter que 83 millions d’ici la fin de ce siècle si la tendance se poursuit.

Des traditions vieillissantes, mais fortement ancrées

Force est de constater que les mesures exceptionnelles mises en place pendant la pandémie (travail à distance, nouveaux outils de communication, horaires plus flexibles) ont été particulièrement bénéfiques. « Les entreprises font travailler leurs employés à domicile ou à distance, dans des bureaux satellites ou chez leurs clients, ce qui peut être beaucoup plus pratique et productif pour beaucoup », explique Martin Schulz, économiste en chef des politiques de la Global Market Intelligence Unit de Fujitsu Ltd. « Les employés ont montré qu’ils n’avaient pas besoin d’être physiquement au bureau cinq jours par semaine et jusque tard dans la nuit pour rester productifs », ajoute-t-il.

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Certaines entreprises ont ainsi abandonné leurs anciens outils et méthodes de travail — tels que le télécopieur ou encore le hanko, un sceau officiel qui doit être appliqué physiquement — au profit de technologies plus agiles. C’était donc le moment idéal pour tenter d’instaurer un changement dans des entreprises aux pratiques ancestrales.

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En basculant vers plus de télétravail, Fujitsu a réduit de 50% la surface des bureaux de son siège social à Tokyo. D’autres ont également opté pour un nouveau mode de fonctionnement : Microsoft Japan et le groupe Mizuho Financial ont tous deux mis en place des programmes offrant à leurs employés la possibilité de choisir un jour de repos dans la semaine. Fast Retailing, la société-mère de la chaîne de magasins de vêtements Uniqlo, a quant à elle instauré la semaine de quatre jours dès 2015. « Nous voulions conserver nos meilleurs talents. […] Nous savions que nous devions faire d’Uniqlo un environnement convivial pour les travailleurs », a déclaré Pei-chi Tung, porte-parole de l’entreprise.

Cette option s’est avérée très populaire, mais une grande majorité des salariés a préféré conserver la semaine traditionnelle de cinq jours — la réduction du temps de travail s’accompagne évidemment d’une baisse de salaire, qui n’est peut-être pas gérable pour tout le monde. Toutefois, tous reconnaissent qu’il est plutôt agréable de savoir que ce mode de travail est possible si un quelconque événement de la vie venait à changer la donne (naissance, proche malade, formation professionnelle, etc.).

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Finalement, les experts estiment que les plus difficiles à convaincre seront les cadres dirigeants plus âgés, qui demeurent ancrés sur des valeurs traditionnelles qui ont certes fait du Japon une grande puissance économique, mais qui s’avèrent aujourd’hui moins efficaces. En outre, les actifs optant pour la semaine de quatre jours seront immanquablement accusés de faire preuve de moins d’implication et de dévouement à leur travail et pourraient potentiellement subir la pression des opposants.

Source : Deutsche Welle

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