Des matières fécales anciennes révèlent de nouveaux indices sur l’évolution de la civilisation maya

Mayas matières fécales changement climatique
| Unsplash

Une récente étude, basée sur l’analyse d’anciennes matières fécales humaines, montre que la taille de la population maya d’Itzan — un site archéologique situé au nord du Guatemala — a considérablement varié au fil du temps en réponse au changement climatique. Plusieurs périodes de sécheresse, ou au contraire très humides, ont entraîné d’importants déclins de la population.

Il est important de comprendre pleinement la façon dont les humains ont altéré et modifié leur environnement au cours de leur histoire, en particulier en réponse au changement climatique. Et les stanols fécaux — soit des molécules organiques issues de matière fécale — constituent aujourd’hui une nouvelle et précieuse source d’informations pour reconstituer la dynamique passée des populations humaines.

Cette nouvelle étude, menée par des chercheurs de l’Université McGill, à Montréal, révèle non seulement que la population maya a décliné lors d’événements climatiques extrêmes, mais indique également que cette région a été colonisée bien plus tôt que ne le suggéraient les preuves archéologiques : les nouveaux indices fournis par les stanols fécaux montrent que les humains étaient présents à Itzan environ 650 ans avant la période estimée sur la base des archives archéologiques.

Une nouvelle approche qui révèle des informations inédites

L’étude repose sur l’analyse de stanols fécaux se trouvant dans des carottes sédimentaires prélevées au fond d’un lac de la région. Cette technique de recherche, relativement récente, a permis aux chercheurs de retracer les principaux changements survenus au sein de la population maya sur une période remontant à 3300 ans — des changements concernant le nombre d’individus, mais aussi leurs pratiques agricoles et l’utilisation des terres.

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schéma analyse stanols fécaux
Diagramme schématique montrant la production de coprostanol dans l’intestin des mammifères, son entrée dans l’environnement en tant que composant des matières fécales ou via la décomposition après la mort, puis son transport direct ultérieur vers les lacs ou son stockage dans les sols. © B. Keenan et al.

À la grande surprise des chercheurs, les niveaux de stanols suggèrent que les Mayas étaient présents dans la région d’Itzan 650 ans plus tôt que ne l’indiquaient les premières preuves archéologiques. Les mesures montrent également que les Mayas ont occupé la région après ce que les historiens nomment « le grand effondrement » — soit le supposé déclin de la civilisation maya des Basses-Terres, survenu entre l’an 800 et l’an 1000. Les spécialistes pensaient jusqu’alors que la sécheresse ou la guerre avait poussé la population à abandonner cette région, mais il semblerait qu’elle ait subsisté — bien qu’en plus petit nombre.

Traditionnellement, les chercheurs évaluent la taille des populations anciennes des Basses-Terres par des analyses poussées des sols ; ils cartographient et dénombrent les structures résidentielles, puis effectuent des fouilles pour établir les dates d’occupation. Ils comparent les tendances de la population au niveau du site et au niveau régional. Ensuite, ils utilisent des techniques (reposant par exemple sur l’analyse du pollen ou de l’érosion des sols lacustres) pour reconstituer les changements écologiques qui ont eu lieu en même temps.

Mais comme l’explique Benjamin Keenan, chercheur au Département des sciences de la Terre et des planètes de l’Université McGill et co-auteur de l’étude, la région des Basses-Terres n’est pas propice à la préservation des bâtiments et autres archives de la vie humaine passée, en raison de la forêt tropicale environnante. L’approche basée sur les stanols fécaux constitue ainsi un outil complémentaire pour examiner les changements qui pourraient ne pas être vus via les approches traditionnelles du fait du manque de preuves.

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Une population qui a su s’adapter aux changements

Grâce à ces analyses, l’équipe a même pu mettre en évidence un pic de population survenu dans la région au moment de l’attaque de l’Espagne envers le dernier bastion maya d’une région voisine, en 1697 ; ce pic correspondait vraisemblablement à l’arrivée de réfugiés de guerre, ce que les historiens n’avaient jamais documenté jusqu’alors.

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L’analyse des concentrations de coprostanol dans les sédiments a révélé quatre périodes de déclin de la population maya des Basses-Terres, dues aux sécheresses ou au contraire, à une période de forte humidité. © B. Keenan et al.

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Les stanols fécaux retrouvés dans les sédiments du lac d’Itzan confirment que la population maya de la région a largement diminué suite à trois périodes de sécheresse intense : entre 1350 et 950 av. J.-C., entre 90 et 280 apr. J.-C., puis entre l’an 730 et 900. Les chercheurs ont découvert par ailleurs que la population avait diminué pendant une période très humide comprise entre l’an 400 et 210 av. J.-C. Ces populations mayas ont donc clairement subi, à maintes reprises, les conséquences de ces deux extrêmes climatiques. « Il est important que la société en général sache qu’il existait des civilisations avant nous qui ont été affectées par le changement climatique et qui s’y sont adaptées », souligne Peter Douglas, professeur adjoint au Département des sciences de la Terre et des planètes et auteur principal de l’étude publiée dans Quaternary Science Reviews.

La recherche suggère également que le peuple maya s’est peut-être adapté aux problèmes environnementaux inhérents aux conditions climatiques extrêmes, telles que la dégradation et la perte de nutriments des sols, en utilisant les déjections humaines comme engrais pour les cultures. Cette hypothèse vient du fait qu’une quantité relativement faible de stanols fécaux a été retrouvée dans les sédiments du lac à un moment où les populations humaines étaient pourtant les plus élevées d’après les preuves archéologiques (les excréments étant utilisés comme engrais, ils n’auraient pas été déversés dans le lac).

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Il a déjà été démontré que les stanols fécaux étaient des indicateurs précis pour le suivi de la population d’une région donnée. Cette nouvelle étude confirme qu’ils ont un fort potentiel en tant qu’indicateurs de changements dans les populations humaines et animales dans les paysages mésoaméricains, tout en fournissant des informations sur le changement d’utilisation des terres. Par conséquent, les chercheurs estiment qu’il s’agit d’une méthode prometteuse pouvant être utilisée pour compléter les ensembles de données archéologiques sur le changement démographique.

Source : Quaternary Science Reviews, B. Keenan et al.

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