Un nouveau modèle prévoit un risque d’effondrement irréversible de la civilisation d’ici les prochaines décennies

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La déforestation et la consommation excessive des ressources combinées à l’augmentation de la population mondiale pourraient amener l’humanité à la catastrophe. Deux physiciens théoriciens spécialisés dans les systèmes complexes avancent que la déforestation mondiale due aux activités humaines est en passe de déclencher « l’effondrement irréversible » de la civilisation humaine au cours des deux à quatre prochaines décennies, le risque étant estimé à 90%. Si nous continuons à détruire et à dégrader les forêts du monde, la Terre ne pourra plus soutenir une importante population humaine, selon un article évalué par des pairs publié en mai dans la revue Nature Scientific Reports.

Si le taux de déforestation se poursuit, « toutes les forêts disparaîtraient environ dans 100 à 200 ans ». « De toute évidence, il n’est pas réaliste d’imaginer que la société humaine ne commencerait à être affectée par la déforestation que lorsque le dernier arbre serait abattu », écrivent les chercheurs.

Cette trajectoire ferait que l’effondrement de la civilisation humaine se produirait beaucoup plus tôt en raison des impacts croissants de la déforestation sur les systèmes de survie planétaires nécessaires à la survie humaine — y compris le stockage du carbone, la production d’oxygène, la conservation des sols, la régulation du cycle de l’eau, les systèmes alimentaires humains et les foyers d’innombrables espèces.

En l’absence de ces éléments critiques, « il est très peu probable d’imaginer la survie de nombreuses espèces, dont la nôtre, sur Terre sans forêts. La dégradation progressive de l’environnement due à la déforestation affecterait lourdement la société humaine et par conséquent, l’effondrement de cette société commencerait beaucoup plus tôt ».

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Déforestation et surconsommation des ressources : le risque du point de non-retour

Avant le développement des civilisations humaines, la Terre était couverte de 60 millions de kilomètres carrés de forêt. Alors que la déforestation s’est accélérée en raison de l’empreinte humaine sur la planète, l’article souligne qu’il reste maintenant moins de 40 millions de kilomètres carrés de forêt. « Les calculs montrent que, en maintenant le taux réel de croissance démographique et de consommation des ressources, en particulier la consommation forestière, il nous reste quelques décennies avant un effondrement irréversible de notre civilisation », conclut l’article.

En suivant le taux actuel de croissance démographique par rapport au taux de déforestation, les auteurs ont constaté que « statistiquement, la probabilité de survivre sans faire face à un effondrement catastrophique est très faible ». « En conclusion, notre modèle montre qu’un effondrement catastrophique de la population humaine, dû à la consommation de ressources, est le scénario le plus probable de l’évolution dynamique basée sur les paramètres actuels… Nous concluons d’un point de vue statistique que la probabilité que notre civilisation survive à elle-même est inférieure à 10% dans le scénario le plus optimiste ».

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Graphique montrant l’évolution de la population et de la déforestation mondiales de 1800 à 2010. Crédits : Williams, 2002/FAO 2010

Ce verdict semblerait indiquer qu’il existe une probabilité de plus de 90% d’un effondrement de la civilisation industrielle, basée spécifiquement sur l’évaluation de l’impact de la déforestation sur la « capacité de charge » de la planète — la capacité de la planète à soutenir la vie humaine. Le modèle développé par les auteurs décrit la croissance de la population humaine atteignant un niveau maximum impacté par l’affaiblissement des forêts. Après ce point, « un effondrement désastreux rapide de la population se produit, avant d’atteindre finalement un état stable de faible population, ou une extinction totale ».

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La technologie pour éviter l’effondrement écologique planétaire ?

Les auteurs offrent une touche techno-utopique intrigante à l’étude. Ils ont avancé l’idée de construire une sphère de Dyson, une hypothétique mégastructure autour de notre Soleil qui absorbe l’essentiel de son énergie solaire et la renvoie sur terre.  En bref, face à la perspective d’un effondrement, sans modifier nos niveaux insoutenables de croissance démographique et de consommation, la seule autre voie vers la survie serait un degré de développement technologique sans précédent, suggèrent les auteurs.

Il est utile de penser à la sphère Dyson dans le contexte de « l’échelle de Kardashev », une mesure proposée par l’astronome soviétique Nikolai Kardeshev en 1964 pour évaluer le niveau d’avancement technologique d’une civilisation en fonction de la quantité d’énergie qu’elle est capable d’exploiter. L’échelle de Kardashev suggère que si une civilisation peut atteindre les prouesses technologiques nécessaires pour exploiter pleinement l’énergie de sa propre étoile, cela lui permettrait de transcender les limites des ressources conventionnelles.

« La consommation des ressources naturelles, en particulier les forêts, est en concurrence avec notre niveau technologique », écrivent les auteurs. Étant des physiciens théoriciens, une grande partie de l’article aborde ces problèmes à un niveau théorique, et certaines parties sont spéculatives ; que devrait faire une société pour transcender les limites des ressources, et à quoi ressemblerait une telle société ?

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Une sphère de Dyson est une mégastructure d’astro-ingénierie construite autour d’une étoile et permettant de collecter toute son énergie. Elle devient accessible à une civilisation de Type II sur l’échelle de Kardashev. Crédits : Jay Wong
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« Un niveau technologique plus élevé conduit à une population croissante et à une consommation forestière plus élevée, mais aussi à une utilisation plus efficace des ressources. Avec un niveau technologique plus élevé, nous pouvons en principe développer des solutions techniques pour éviter/empêcher l’effondrement écologique de notre planète ou, comme dernière chance, pour reconstruire une civilisation ailleurs ».

Bien entendu, les auteurs reconnaissent que nos capacités d’ingénierie sont actuellement insuffisantes pour rendre possible une technologie aussi puissante. Ainsi, parallèlement à leur modèle d’interactions Homme-forêt, ils l’ont comparé à un modèle de croissance technologique pour déterminer si nous avons une chance de développer de telles capacités avant que la crise écologique ne déclenche l’effondrement de la civilisation. Malheureusement, pas vraiment. C’est dans ce contexte spécifique qu’ils concluent que nous avons moins de 10% de chances de le faire et ainsi d’éviter l’effondrement.

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L’implication plus large, spéculent les auteurs, est que cette situation pourrait expliquer pourquoi nous n’avons pas été en mesure de détecter des preuves d’une vie extraterrestre intelligente ailleurs dans l’univers : la dynamique modélisée ici suggère que les civilisations intelligentes ont tendance à s’éteindre en raison de la surconsommation de leurs ressources planétaires, bien avant de développer les capacités nécessaires à leur durabilité.

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Un scénario catastrophe à relativiser ?

Ce modèle d’interaction Homme-forêt est basé sur des paramètres évolutifs « déterministes » pour la croissance démographique et la déforestation basés sur les « conditions actuelles ». L’hypothèse est que ces taux et conditions continueront simplement d’évoluer à peu près au même niveau. Lorsque nous faisons ce genre d’exercice, le modèle n’est pas mis en place pour évaluer les probabilités ; il montre plutôt ce qui se passerait dans le pire des scénarios possibles.

Selon le rapport sur l’état des forêts dans le monde en 2020, publié par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) conjointement avec le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), le taux de déforestation mondiale a diminué au cours des dernières décennies.

Entre les années 1990 et la période 2010-2020, la perte nette de superficie forestière est passée de 7.8 millions d’hectares par an à 4.7 millions d’hectares par an. Une des raisons à cela est que malgré la déforestation en cours, de nouvelles forêts sont également en cours de création, à la fois naturellement et via une planification délibérée.

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Graphique montrant les taux de croissance des forêts et de déforestation de 1990 à 2020. Crédits : FAO 2020

Mais le taux de déforestation semble également avoir diminué en termes réels. Dans les années 90, le rapport de l’ONU indique que le taux de déforestation était d’environ 16 millions d’hectares par an. Entre 2015 et 2020, ce chiffre était tombé à environ 10 millions d’hectares par an. Pourtant, cela ne justifie pas l’inaction. En termes absolus, le rapport de l’ONU montre que la superficie forestière mondiale a encore diminué dans l’ensemble d’un montant colossal de 178 millions d’hectares entre 1990 et 2020, une superficie de la taille de la Libye.

Nous courons également un risque sérieux d’inverser ce modeste ralentissement. Les dernières données produites par le projet Global Forest Watch du World Resources Institute confirment que la perte de forêt primaire était 2.8% plus élevée en 2019 que l’année précédente, ce qui indique que nous sommes sur le point de voir une réaccélération du taux de perte de forêt.

De même, les taux de croissance démographique projetés seront probablement plus faibles que prévu. Une nouvelle série de prévisions publiées par The Lancet suggère que la croissance de la population mondiale pourrait commencer à diminuer après le milieu du siècle en raison de la baisse des taux de fécondité, contrairement aux principales projections antérieures.

Malheureusement, l’échelle de temps pour ces changements pourrait bien être trop lente pour modifier considérablement les implications du nouveau modèle. Comme le soulignent les auteurs de l’étude, « il est difficile d’imaginer, en l’absence d’efforts collectifs très forts, de grands changements de ces paramètres se produisant à une telle échelle de temps », malgré la possibilité de « fluctuations autour de ces tendances ».

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Sources : Nature Scientific Reports

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