La résistance des microorganismes face aux antibiotiques ne cesse d’augmenter, en particulier chez les bactéries à Gram négatif, qui sont les principales causes d’infections bactériennes mortelles. Cependant, un groupe de scientifiques a récemment mis au point un composé pouvant à l’avenir mettre fin à ce problème.

Les bactéries à Gram négatif (-) ont pour principale caractéristique de posséder une double membrane cellulaire, alors que les Gram positifs (+) n’en possèdent qu’une. La paroi externe (celle qui manque au Gram +), est particulièrement robuste et rend difficile le passage des antibiotiques, compliquant la lutte contre ces bactéries qui sont responsables de diarrhées mortelles, de méningites, ou encore de pneumonies.

Peu de médicaments commercialisés ont été capables d’y pénétrer efficacement (la plupart étant d’ailleurs juste des variations des plus anciennes), et la hausse de la résistance de ces bactéries commence à limiter sérieusement l’élaboration de nouveaux composés.

Cependant, une équipe dirigée par un pionnier en biotechnologie, Peter Smith, de la société Genentech à South San Francisco, a créé un composé capable de traverser cette membrane avec une efficacité jamais atteinte jusqu’à présent.

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L’équipe de recherche a étudié l’arylomycine, une classe d’antibiotique naturel. La plupart des variétés de cette molécule arrivent à pénétrer la membrane externe des Gram -, mais ont de la difficulté à se lier sur leur cible, la signal peptidase I, une protéine se trouvant entre la membrane interne et externe des Gram -.

Les chercheurs ont donc décidé d’optimiser l’efficacité de cette molécule en la modifiant chimiquement, ce qui a donné naissance à une nouvelle variante qu’ils ont nommé G0775. Selon eux, elle serait 500 fois plus efficace (que sa version naturelle) contre les plus dangereuses bactéries Gram -.

Ils ont testé la molécule sur plus de 49 souches de bactéries multirésistantes à Gram – obtenues de leurs patients, ainsi que sur la très fameuse Klebsiella pneumoniae, responsable de nombreuses infections urinaires et pulmonaires, et réputée pour sa grande résistance à une large gamme d’antibiotiques. Aucune d’entre elles n’a survécu à l’exposition au G0775.

Les scientifiques ont par la suite inoculé les bactéries sur des souris et ont constaté que G0775 a pu contrer avec succès leur infection par plus de six souches de quatre espèces différentes de bactéries à Gram -.

Smith déclare : « Nous sommes très excités. Nous avons effectué les changements nécessaires à la molécule pour qu’elle puisse cibler le vrai problème ».

L’antibiotique n’a également pas montré de toxicité potentielle dans les cellules des mammifères. Mais il faudra encore attendre plusieurs années de tests pour être certain qu’il n’y aurait pas de risques majeurs, l’histoire ayant déjà montré pour de nombreux médicaments des effets secondaires importants apparaissant bien après les premières administrations, ou une perte d’efficacité lors des tests sur les humains.

Paul Hergenrother, biologiste chimique de l’Université de l’Illinois spécialisé dans les composés capables de traverser la membrane externe des bactéries à Gram -, déclare : « Avec les antibiotiques, la tolérance des effets secondaires doit être très basse, ce n’est pas comme l’oncologie ». Mais il admet avoir été très impressionné par la faible dose de G0775 nécessaire in vitro et sur les souris. « C’est exactement ce que nous voulons voir à ce stade du développement ».

Genentech avait décidé d’investir dans le marché des antibiotiques il y a quelques années. Cette découverte pourrait lui permettre de faire rapidement partie des poids lourds des entreprises spécialisées dans ce domaine. Il n’y a plus qu’à espérer que leur travail sur cette molécule portera ces fruits pour eux, ainsi que pour toutes les personnes porteuses de ces bactéries et qui n’ont toujours pas trouvé de remèdes efficaces pour se soigner.

Source :  Nature

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