Jusqu’à il y a quelques années, il était largement accepté par la communauté scientifique que les neurones avec lesquels nous naissons, sont à peu près tous ceux que nous avons au cours de notre vie. Cependant, une poignée d’études nous a fait penser que nous avions tort à ce sujet et que la neurogenèse continuait à se produire tout au long de la vie d’adulte.

À présent, une étude publiée dans Nature a permis de découvrir que notre capacité à développer de nouveaux neurones, ralentissait de manière dramatique durant notre jeunesse. Que les choses soient claires : la neuroscience est un domaine compliqué. Découvrir de nouvelles cellules cérébrales n’est pas aussi simple que de déterrer un morceau de terre et de l’observer au microscope.

Au cours de ces dernières années, un certain nombre d’études sont parvenues à renverser le vieil adage selon lequel nos cerveaux cessent de produire de nouvelles cellules bien avant que nous n’atteignions l’âge adulte.

Pour contourner un bon nombre des défis pratiques et éthiques liés à l’étude des systèmes nerveux humains, un certain nombre de chercheurs ont fondé leurs conclusions sur les signes d’une nouvelle croissance, chez les rongeurs. Bien que ce genre de méthodes s’accompagne de la mise en garde habituelle : « les cerveaux de souris ne sont pas des cerveaux humains », il reste très intéressant de pouvoir contester le statu quo de la sorte.

Cette dernière étude, menée par des chercheurs de l’Université de Californie à San Francisco (USA), a identifié la maturité d’un type de cellule cérébrale prélevée chez 59 patients décédés et vivants, et l’a utilisée pour estimer quand nous arrêtons de développer de nouveaux neurones. Plus précisément, l’équipe s’est concentrée sur les cellules prélevées dans le gyrus denté, une zone de l’hippocampe qui, selon des recherches antérieures, pourrait produire jusqu’à 700 nouvelles cellules cérébrales chaque jour. Les échantillons ont été prélevés chez des individus allant d’un fœtus âgé de 14 semaines à un homme de 77 ans, fournissant à l’équipe un spectre de développement neurologique très vaste.

Ce qu’ils ont découvert, a montré une chronologie de développement qui a ralenti après la naissance et s’est arrêté à l’adolescence : les échantillons prélevés sur le fœtus âgé de 14 semaines contenaient des cellules précurseurs, des neurones proliférant et des tissus matures migrant vers le gyrus denté. Dès l’âge d’un an, il semble que la croissance des nouveaux nerfs dans cette région ralentisse, avec bien moins de cellules précurseurs. Au-delà de l’âge de 13 ans, il n’y a plus de neurones proliférant à voir dans l’hippocampe, ce qui contredit les recherches antérieures.

Il y a plusieurs éléments à retenir de cette étude : premièrement, nous pourrions bien avoir raison depuis le début, les cerveaux humains ne génèrent pas vraiment de nouveaux neurones à l’âge adulte. Et deuxièmement, en prenant en compte les études antérieures menées sur les souris, il semblerait que les cerveaux humains soient bien plus uniques que nous le pensions auparavant.

Cela laisse donc place à une question fascinante : pourquoi est-ce que certains animaux développent de nouvelles cellules du cerveau et pas nous ? Répondre à cette question pourrait ouvrir la voie à de nouveaux traitements pour les maladies cérébrales dégénératives, voire même nous permettre d’expliquer pourquoi est-ce qu’elles surviennent en premier lieu. Bien qu’il ne fasse aucun doute que cette recherche ne sera de loin pas la dernière dans le domaine et qu’elle ne sera surement pas celle qui aura le dernier mot quant à ce sujet, elle fait partie de toutes ces études qui nous permettent de comprendre, pas à pas, les mécanismes complexes de l’organe qui est très probablement le plus compliqué de tout le corps humain.

Sources : Nature, NCBI

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