La pandémie de COVID-19 pourrait avoir changé votre personnalité

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Une étude américaine suggère que la pandémie de COVID-19 a profondément marqué les esprits, notamment des jeunes adultes, au point de modifier la personnalité. Il semblerait que les mesures imposées pour lutter contre la propagation de la maladie, en particulier les mesures d’isolement, de même que les nombreux décès survenus au début de la pandémie, aient eu un impact psychique très lourd sur cette population.

Des recherches antérieures suggèrent que des événements stressants, subis à l’échelle individuelle — et en particulier les événements traumatiques potentiellement mortels rencontrés tôt dans la vie — peuvent être associés à un changement de personnalité. En revanche, les événements stressants collectifs, tels que les catastrophes naturelles (séismes, ouragans, etc.), semblent n’avoir aucun impact sur les traits de personnalité. Mais contrairement aux catastrophes naturelles, généralement limitées à une certaine zone géographique, la pandémie de COVID-19 a touché le monde entier et presque tous les aspects de la vie.

Une étude menée aux États-Unis ainsi qu’une autre menée sur un petit échantillon d’étudiants en Allemagne ont montré qu’au début de la pandémie, étonnamment, le niveau de névrosisme (soit la tendance à éprouver des émotions négatives et la vulnérabilité au stress) a diminué par rapport au niveau pré-pandémique. Pour les autres traits de personnalité, en revanche, les preuves manquent. Une équipe de l’Université d’État de Floride s’est penchée sur la question et a ré-examiné l’impact de la pandémie sur les cinq traits de personnalités de base, à savoir : le névrosisme, l’extraversion (la tendance à être bavard et extraverti), l’ouverture (la tendance à être créatif et non conventionnel), l’amabilité (la tendance à faire confiance et à être franc) et la conscience (la tendance à être organisé, discipliné et responsable).

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Les moins de 30 ans beaucoup plus impactés

Leur étude repose sur un échantillon beaucoup plus vaste et plus diversifié. Ils ont en effet utilisé les évaluations longitudinales de la personnalité de 7109 personnes inscrites à l’étude en ligne Understanding America, afin de comparer les données sur trois périodes distinctes : la période pré-pandémique (mai 2014-février 2020), la pandémie précoce (mars-décembre 2020) et la pandémie tardive (2021-2022).

Conformément aux études précédentes sur le changement du névrosisme observé au début de la pandémie, le niveau de névrosisme était plus faible en 2020 par rapport aux niveaux pré-pandémiques. Selon les chercheurs, cela pourrait être dû au fait que la COVID-19 était devenue une raison majeure d’être anxieux — éclipsant pendant un temps les difficultés personnelles de chacun qui alimentent en temps normal ce sentiment d’anxiété. Cette baisse, en revanche, n’était plus apparente dans la période suivante : le niveau de névrosisme était légèrement plus élevé qu’avant la pandémie et tendait à augmenter avec le temps.

Les autres traits de personnalité ont évolué différemment : en 2020, ils n’étaient guère différents qu’avant la pandémie. En revanche, les niveaux ont tous diminué en 2021-2022 par rapport à leur niveau pré-pandémique. « Les changements étaient d’environ un dixième d’écart-type, ce qui équivaut à environ une décennie de changement normatif de la personnalité », précisent les auteurs dans un communiqué.

L’équipe a ensuite entrepris d’analyser les données en divisant l’échantillon en trois groupes d’âge : moins de 30 ans, 30-64 ans et 65 ans et plus. La divergence selon l’âge était la plus importante pour le névrosisme, tandis que l’écart le plus important entre les groupes d’âge s’est produit pour la personnalité mesurée en 2021-2022.

Des conséquences néfastes et potentiellement durables

Les données montrent que les jeunes adultes ont connu une augmentation significative du névrosisme en 2021-2022 par rapport à la période pré-pandémique, alors qu’une diminution était observée dans les autres groupes d’âge. Jeunes adultes et adultes d’âge moyen ont montré une diminution des autres traits de personnalité, mais la tendance était chaque fois plus marquée pour les plus jeunes, en particulier pour les composantes amabilité et conscience.

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Effet de la pandémie sur le changement de personnalité dans différents groupes d’âge, en 2020 et en 2021-2022, pour le névrosisme (A), l’extraversion (B), l’ouverture (C), l’amabilité (D) et la conscience (E). Les astérisques indiquent des changements de personnalité significatifs par rapport aux niveaux pré-pandémiques. © A. Sutin et al.

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L’équipe note par ailleurs qu’il n’y a eu aucun changement significatif dans ces traits chez les personnes âgées en 2020 ou en 2021-2022 : l’extraversion, l’ouverture, l’amabilité et la conscience pendant la pandémie pour les participants de plus de 65 ans étaient relativement similaires aux niveaux pré-pandémiques.

En résumé, la pandémie a rendu les jeunes adultes d’humeur morose, plus enclins au stress, moins coopératifs, moins confiants et moins responsables. Ces résultats ne sont finalement pas si surprenants étant donné que les jeunes ont une personnalité généralement plus malléable, mais ces changements sont apparus à une période charnière de leur vie : « Bien que la pandémie ait été stressante pour tout le monde, elle a perturbé les tâches normatives des jeunes adultes », souligne la spécialiste. En d’autres termes, la pandémie est survenue au moment où cette population faisait l’apprentissage de la vie : le développement des relations sociales, les études, l’entrée dans le monde du travail, etc. Cette perturbation pourrait donc avoir un impact très important sur leur vie future.

« Nous ne savons pas encore si ces changements sont temporaires ou durables, mais s’ils persistent, ils pourraient avoir des implications à long terme », avertit Angelina Sutin, professeure au Département des sciences du comportement et de la médecine sociale de la FSU et auteure principale de l’étude. Les chercheurs continueront donc à surveiller cette cohorte, afin d’évaluer les résultats potentiels à plus long terme associés au changement de personnalité.

Source : A. Sutin et al., PLOS ONE

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