L’avènement des antibiotiques à la fin des années 1920 a considérablement modifié les stratégies thérapeutiques contre les infections bactériennes, permettant ainsi de guérir plus efficacement les malades et d’augmenter notablement l’espérance de vie globale. Cependant, les antibiotiques ont également conduit au développement de souches bactériennes résistantes, rendant les traitements de plus en plus inefficaces. Aujourd’hui cette situation est préoccupante, ainsi que le montre l’exemple inédit de ce patient anglais atteint d’une souche unique de gonorrhée super-résistante.

Découvert en 1879 par le bactériologue Albert Neisser, le gonocoque (Neisseria gonorrhoeae) est la bactérie responsable de la gonorrhée (ou blennorragie), une infection sexuellement transmissible (IST). Avec 78 millions de nouveaux cas chaque année, cette maladie est l’une des IST les plus répandues dans le monde. En outre, selon le Centre de Contrôle et de Prévention des Maladies (CDC), 30% de ces infections seraient résistantes à au moins un antibiotique.

La résistance bactérienne aux antibiotiques n’est pas un phénomène nouveau. L’année dernière, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) avait déjà donné le signal d’alarme concernant l’émergence fulgurante d’une résistance du gonocoque aux vieux antibiotiques bon marché. « Les bactéries à l’origine de la gonorrhée sont particulièrement intelligentes. À chaque fois que nous utilisons une nouvelle classe d’antibiotiques, elles évoluent pour lui résister » explique le docteur Teodora Wi, directeur médical à l’OMS.

gonocoque miroscope

Gonocoques (petites structures rondes en violet foncé) colorés et observés au microscope. Crédits : Microbiologyinpictures

Certains pays disposant de systèmes de surveillance plus performants rapportent même des cas de blennorragie insensibles à toutes les classes d’antibiotiques connues. « Ces cas pourraient n’être que la partie émergée de l’iceberg puisque les systèmes de diagnostic et de transmission de l’information concernant les infections non-traitables font défaut dans les pays peu développés, où la gonorrhée est très commune » précise Wi.

Cependant, selon le Public Health England (PHE), le cas de ce patient anglais porteur d’une souche super-résistante du gonocoque est le premier du genre. Plus tôt cette année, celui-ci a été admis dans une clinique où il lui a été administrée une combinaison classique d’antibiotiques réputés efficaces pour traiter la gonorrhée : azithromycine et ceftriaxone. Cependant, ces antibiotiques ayant échoué, l’homme est aujourd’hui traité avec un antibiotique plus agressif, l’ertapénem.

Selon les révélations du PHE, bien qu’ayant une partenaire dans le pays (testée négative), le patient a certainement été infecté durant l’un de ses voyages en Asie du sud-est. Les autorités publiques se sont donc activement lancées à la recherche de cette autre partenaire afin de contenir la propagation de cette souche super-résistante. « Nous enquêtons sur le cas d’une gonorrhée contractée à l’étranger et extrêmement résistante aux traitements habituels » explique le médecin Gwenda Hughes, directeur du département IST au PHE. « C’est la première fois qu’un cas de gonorrhée montre un tel haut niveau de résistance à la combinaison de ces deux antibiotiques et à d’autres également communément utilisés ».

D’après une analyse globale des experts du PHE, il s’agit du tout premier cas mondial d’infection résistante aux deux antibiotiques rapporté aux autorités. La résistance aux antibiotiques concernant la blennorragie est aujourd’hui extrêmement préoccupante. Selon le Programme de Surveillance Annuel de la Résistance du Gonocoque (GASP, OMS), les données recueillies entre 2009 et 2014 révèlent une forte résistance à la ciprofloxacine (97% des pays interrogés), à l’azythromycine (86%) et une résistance émergente aux derniers traitements à base de céphalosporines à spectre large (66%). C’est pourquoi l’OMS conseille désormais la combinaison de deux antibiotiques.

Le développement de nouveaux antibiotiques est lent (seulement 3 nouveaux antibiotiques sont actuellement en phases d’essais) car coûteux et peu motivant pour les laboratoires pharmaceutiques – la durée de traitement étant courte et la résistance bactérienne évoluant rapidement, notamment à cause de l’usage intensif des antibiotiques en agriculture. Ce fléau n’est pas sans conséquences : chaque année, les infections résistantes aux antibiotiques font plus de 700’000 victimes dans le monde.

« Pour contrôler l’épidémie de gonorrhée, nous avons cruellement besoin de nouveaux outils et systèmes de prévention, de traitement et de diagnostic, ainsi que plus de surveillance et de communication concernant les nouvelles infections, les stratégies thérapeutiques utilisées, l’émergence de résistances et les échecs des traitements » conclut le docteur Marc Sprenger, directeur de la section de Résistance aux Antibiotiques à l’OMS.

Source : PHE

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