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Jusqu’à il y a quelques années, nous pensions que les pieuvres étaient des créatures exclusivement solitaires, mais la “re-découverte” et surtout l’étude (il y a quelques années) d’une espèce qui vit en groupe remet en question nos connaissances et notre compréhension du comportement des ces incroyables céphalopodes.

À la fin des années 1960, Aradio Rodaniche plongeait au large des côtes nicaraguayennes lorsqu’il a fait une découverte qui a ému les biologistes spécialisés dans les céphalopodes. Non seulement la pieuvre qu’il a découvert était étonnamment belle, mais cette dernière vivait également dans une tanière avec d’autres individus de son espèce. Du jamais vu !

Les pieuvres sont sans aucun doute des créatures remarquables : elles peuvent résoudre des énigmes, utiliser des outils et même imiter d’autres espèces. Elles ont trois cœurs et plusieurs cerveaux, possèdent une intelligence qui peut rivaliser avec celle d’animaux comme les corbeaux (connus pour leur intelligence) et les singes, et leurs capacités de communication visuelle sont mystérieuses et séduisantes.

Cependant, jusqu’à cette découverte, nous considérions la pieuvre comme un animal solitaire.

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Crédits : Roy Caldwell/University of California/Berkeley

De ce fait, la découverte d’une espèce apparemment sociale était si invraisemblable que peu de gens y croyaient, et l’histoire de Rodaniche est peu à peu devenue une légende… Ce dernier a tout de même publié un bref compte rendu de l’espèce en 1991, mais presque personne n’avait vu l’animal ainsi que les autres individus. Aucune observation ultérieure ne pouvait donc confirmer le rapport. La pieuvre ainsi annoncée n’a jamais été officiellement décrite.

Des pieuvres au comportement social

Mais aujourd’hui, il existe d’autres éléments de preuves allant dans le sens de la découverte de Rodaniche. Une étude de 2008 a notamment confirmé ce que ce dernier soupçonnait à l’origine : l’animal, désigné uniquement comme la grande pieuvre rayée du Pacifique (LPSO, de l’anglais Larger Pacific striped octopus), semble être une espèce sociale, et quelques autres espèces de pieuvre ont à présent été découvertes, montrant également un comportement social.

Au-delà de la perspective excitante de la découverte de communautés de pieuvres sociales, ces percées indiquent qu’il est temps pour nous de reconsidérer ce que nous savons réellement de ces créatures fascinantes.

Le LPSO est un petit animal, avec un corps rayé d’environ 7 centimètres de long et des bras tachetés. Il vit à des profondeurs pouvant atteindre les 300 mètres, dans l’est de l’océan Pacifique (dans des régions aux sols sablonneux et boueux).

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Nous pensions jusqu’ici que les pieuvres étaient des créatures solitaires, jusqu’à ce que nous découvrions une espèce sociale. Crédits : Dave Maass

Autre particularité de l’espèce : contrairement à la plupart des autres pieuvres, les femelles LPSO ne meurent pas après avoir pondu leurs œufs. Ces pieuvres partagent également des tanières avec d’autres individus de leurs espèces, parfois jusqu’à 40.

« Les LPSO vivent environ deux ans et les femelles pondent des œufs sur une période d’un an », explique Roy Caldwell, de l’Université de Californie à Berkeley. « Je pense que la nature sociale apparente de cette espèce est liée à l’habitat dans lequel elle se trouve », ajoute-t-il.

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De plus, Caldwell et son équipe ont constaté que les sites de mise à bas persistaient plus longtemps que la durée de vie d’un individu. Cela semble être dû au fait que, sur le fond marin sablonneux et boueux typique où vivent les LPSO, les endroits réellement appropriés pour mettre à bas sont rares.

« Les LPSO détiennent un mystère important (…). Leur habitude de s’accoupler face à face (ou plus précisément, bec à bec) avec leurs bras emmêlés nous a fait repenser ce que nous considérons comme possible quant au comportement des pieuvres », explique Christine Huffard, de l’Institut de recherche de l’aquarium de Monterey Bay en Californie, l’une des scientifiques qui a travaillé avec Caldwell pour confirmer les observations originales de Rodaniche.

« Les mâles et les femelles de cette espèce interagissent de manière répétée et complexe, érodant davantage la généralisation selon laquelle tous les poulpes vivent des vies purement solitaires », ajoute-t-elle.

Chez la plupart des pieuvres, les relations sexuelles ont lieu lorsque les mâles transmettent aux femelles un paquet de sperme appelé spermatophore, ou l’insèrent directement en elles. Les femelles d’autres espèces de poulpes peuvent s’accoupler avec plusieurs mâles à la fois, mais en s’accouplant bec à bec, les mâles LPSO peuvent monopoliser l’accès à une femelle.

Selon les scientifiques, ce comportement semble aider les mâles à garantir qu’ils engendreront une couvée d’œufs subséquente. « La femelle ne peut pas ramper et se nourrir tout en traînant le mâle en train de s’accoupler », explique Huffard (comme cela se produit chez d’autres espèces). « Cela limite l’activité d’alimentation des femelles, mais également sa mobilité, et la maintient près de sa tanière et du mâle à proximité. Cela pourrait également limiter son exposition à d’autres mâles », continue-t-elle.

Qu’en est-il de l’intelligence des pieuvres ? Le fait de vivre en communauté rend-il les LPSO collectivement plus intelligents ?

Nous savons déjà que les poulpes traitent les informations de manière inhabituelle, avec leurs cerveaux répartis à travers leur corps : en effet, chaque bras possède son propre mini-cerveau, tout comme son propre système “visuel”. Cela permet aux pieuvres d’effectuer plusieurs tâches de manière simultanée, de sorte qu’un bras peut explorer ou manipuler un aliment pendant que la tête poursuit une autre activité.

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De ce fait, l’intelligence des pieuvres n’est pas similaire à la nôtre. Leur fonctionnement est bien différent. Par exemple, lorsque ces animaux effectuent une tâche complexe, il se peut qu’ils ne soupèsent pas le problème et ne conçoivent donc pas de stratégie : selon les scientifiques, les pieuvres peuvent simplement suivre une règle simple qui aboutit souvent à un résultat positif. « Nous ne savons pas si leurs comportements apparemment complexes sont même étayés par une intelligence complexe ou s’ils utilisent des raccourcis cognitifs pour régir de tels comportements », explique Alex Schnell de l’Université de Cambridge.

Dans tous les cas, ce que nous savons de manière certaine, c’est que les pieuvres (de toutes espèces) peuvent apprendre, ce qui souligne un « esprit organisateur », comme l’a décrit Jennifer Mather, de l’Université de Lethbridge en Alberta (Canada). Quant au fait de savoir pourquoi les pieuvres en général ne démontrent pas un comportement social complexe, Mather explique simplement que : « Chaque ‘mode de vie’ a ses actifs et ses passifs. La socialité a ses valeurs mais elle apporte de la compétition ».

En effet, même les pieuvres les plus sociales ne sont pas très douées pour interagir les unes avec les autres. Par exemple, les chercheurs ont découvert que les pieuvres ont tendance à ne pas bien reconnaître les membres du sexe opposé. Dans tous les cas, cette découverte plutôt récente du comportement social complexe chez les pieuvres LPSO démontre à quel point nous avons encore à apprendre sur l’intelligence et le comportement complexe de cet animal complexe et fascinant.

Source : Marine Biology

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