Du sang synthétique transfusé pour la première fois à des humains

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| Pixabay
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Les réserves des banques de sang sont parfois limitées. C’est encore plus vrai pour les groupes sanguins les plus rares. Pour s’affranchir de tout problème d’approvisionnement, et mettre fin à la rareté de certains groupes sanguins, une équipe de chercheurs britanniques a entrepris de cultiver des globules rouges en laboratoire. Dans le cadre d’un premier essai clinique mondial, ils viennent de transfuser pour la première fois des humains avec ce sang de synthèse.

Si les systèmes ABO et Rhésus sont sans aucun doute les systèmes de groupes sanguins les plus connus, il faut savoir qu’il existe au total environ une quarantaine de systèmes, regroupant près de 380 groupes différents. Certains d’entre eux sont extrêmement rares ; selon l’Établissement Français du Sang (EFS), 250 groupes sanguins rares sont identifiés dans notre pays. Entre 700 000 et un million de Français seraient concernés, mais seuls 10% le savent. À titre d’exemple, seule une personne sur un million parmi la population européenne est du groupe sanguin nommé « Bombay ».

Certains groupes sont si rares qu’il pourrait n’y avoir que dix donneurs potentiels dans un pays pour fournir des échantillons, a déclaré à la BBC Ashley Toye, professeure de biologie cellulaire à l’Université de Bristol. Actuellement, il n’y a que trois unités du groupe sanguin Bombay en stock dans tout le Royaume-Uni. Même si leur groupe n’est pas rare, certaines personnes nécessitent des transfusions sanguines régulières parce qu’elles souffrent d’une maladie sanguine, telle que la drépanocytose. La correspondance entre le sang du donneur et du receveur doit être parfaite, pour éviter un rejet. D’où l’intérêt de trouver le moyen de fabriquer du sang à volonté, et du groupe souhaité.

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Des cellules « fraîches », donc plus durables

C’est la première fois au monde que des globules rouges cultivés en laboratoire sont transfusés à une autre personne. Cet essai clinique, baptisé RESTORE, vise à évaluer la durée de vie des cellules cultivées en laboratoire — fabriquées à partir de cellules souches de donneurs — par rapport aux transfusions de globules rouges standards issus du même donneur. Une substance radioactive incluse dans les échantillons permet aux chercheurs de suivre le temps mis par l’organisme pour traiter ces nouvelles cellules.

Les globules rouges ont une durée de vie d’environ 120 jours. Les chercheurs pensent que les cellules fraîchement cultivées seront plus efficaces, car les transfusions de sang naturel contiennent des cellules d’âge différents.

Si les cellules sanguines synthétiques durent plus longtemps, cela pourrait potentiellement permettre aux patients d’espacer davantage les transfusions. Par la même occasion, cela permettrait de limiter les problèmes de surcharge en fer — une accumulation de fer dans l’organisme qui se produit suite à de trop nombreuses transfusions sanguines ; cette surcharge peut entraîner de graves problèmes de santé, tels qu’une cirrhose, un diabète ou un risque accru de cancer du foie.

Les donneurs ont été recrutés à partir de la base de donneurs de sang du National Health Service (NHS) Blood and Transplant. À terme, l’essai devrait impliquer dix participants en bonne santé ; deux d’entre eux ont déjà reçu une petite quantité de sang synthétique (5 à 10 mL, soit l’équivalent de quelques cuillères à café). Deux dons seront effectués, à quatre mois d’intervalle : l’un de sang naturel, l’autre de sang synthétique. Aucun effet indésirable n’a été signalé à ce jour pour les premiers participants.

Produire du sang rare à grande échelle

Les cellules souches sanguines sont des cellules immatures, qui se transformeront en n’importe quelles cellules sanguines (globules rouges, globules blancs ou plaquettes). Les chercheurs ont utilisé des billes magnétiques pour détecter spécifiquement les cellules souches capables de devenir des globules rouges. Une fois extraites, elles ont été développées en plus grand nombre en laboratoire. Un demi-million de cellules souches initiales peuvent être transformées de cette manière en 50 milliards de globules rouges ; le processus dure environ trois semaines.

L’ensemble des globules rouges produits ne sont pas utilisés : seuls sont conservés ceux qui sont au stade de développement idéal pour la transfusion ; cela représente environ 15 milliards de cellules. « Nous voulons produire autant de sang que possible à l’avenir, donc la vision dans ma tête est une salle pleine de machines qui en produisent continuellement à partir d’un don de sang normal », a déclaré la professeure Toye.

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Pour atteindre cet objectif, plusieurs difficultés restent toutefois à contourner, à commencer par le coût de cette approche. Un don de sang standard coûte environ 145 £ (166 EUR) au NHS ; si l’équipe n’a pas donné plus de détails sur ce point, il est clair que la culture de sang synthétique sera bien plus onéreuse. Les chercheurs restent néanmoins optimistes : « Si l’essai réussit et que la recherche fonctionne, elle pourrait être appliquée à grande échelle dans les années à venir, ce qui signifie que les coûts diminueraient », a déclaré un porte-parole du NHS Blood and Transplant à CNBC.

Cette recherche pourrait marquer un tournant dans le traitement des patients dotés de groupes sanguins rares ou des personnes ayant des besoins transfusionnels complexes. « Cette recherche offre un réel espoir aux patients drépanocytaires difficiles à transfuser qui ont développé des anticorps contre la plupart des groupes sanguins de donneurs », souligne John James OBE, directeur général de la Sickle Cell Society — une organisation caritative britannique qui soutient et représente les personnes atteintes de drépanocytose.

Le NHS rappelle cependant que, quelle que soit l’issue de cet essai clinique, le besoin de dons de sang standard demeurera — tant pour subvenir aux besoins de personnes de groupes sanguins courants que pour fournir les cellules souches sanguines qui seront essentielles à la production de sang synthétique. Fin juin, en France, l’EFS lançait un bulletin d’urgence pour alerter du fait que les réserves de sang étaient historiquement basses. Rappelons que quelque 10 000 dons sont nécessaires chaque jour pour soigner les patients pour lesquels les transfusions sanguines sont la seule alternative.

Source : University of Bristol

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