Une startup reprogramme génétiquement des cellules pour traiter la calvitie

cellules souches cheveux souris
| Business Wire/dNovo
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Nous naissons avec un certain capital de follicules pileux. Une fois mort, un follicule pileux ne se régénère pas. La génétique pourrait néanmoins défier une nouvelle fois la nature : la start-up dNovo affirme être capable de reprogrammer génétiquement des cellules ordinaires pour produire de nouveaux follicules. Cette approche pourrait aboutir à un traitement pour les personnes souffrant de perte massive de cheveux, un trouble qui peut avoir un impact psychologique conséquent.

Environ la moitié des hommes souffrent de calvitie, certains dès l’âge de vingt ans. Les femmes aussi perdent leurs cheveux, mais il s’agit souvent d’un éclaircissement plus global et donc moins visible (mais qui peut néanmoins porter atteinte à l’image de soi). Outre le processus de vieillissement, la prise de médicaments, une infection, un trouble systémique, une maladie auto-immune ou un traumatisme peuvent également entraîner une alopécie soudaine. Ainsi, plusieurs chercheurs tentent aujourd’hui de restaurer la pousse des cheveux via le génie génétique.

Créée en 2018, la société dNovo, située au cœur de la Silicon Valley, a particulièrement bien avancé dans ce domaine : elle affirme pouvoir reprogrammer n’importe quelles cellules (cutanées ou sanguines par exemple) en nouvelles cellules souches capillaires. « Les solutions actuelles ne font que ralentir ou masquer la chute des cheveux, mais ne traitent pas le problème sous-jacent de perte de cellules souches », explique la société sur son site officiel. Le fondateur de la société, Ernesto Lujan, un biologiste formé à l’Université de Stanford, est persuadé que sa technologie peut résoudre le problème.

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Transformer des cellules ordinaires en cellules capillaires

Les deux principales causes de la perte de cellules souches capillaires sont la calvitie masculine induite par la dihydrotestostérone et la miniaturisation des cheveux associée à l’âge. Dans ces deux cas, les cellules souches des cheveux meurent ou sont transformées en cellules qui ne produisent plus de cheveux. Créer de nouvelles cellules souches capillaires pour les remplacer est donc apparu comme une évidence — de surcroît alors que les recherches visant à ralentir les effets du vieillissement via la reprogrammation cellulaire vont bon train. « Nous concevons maintenant les cellules comme un état […] et nous pouvons pousser les cellules d’un état à un autre », explique Lujan pour MIT Technology Review.

L’approche consiste à collecter des cellules ordinaires sur les patients, telles que les cellules de la peau, puis de les convertir en cellules produisant des cheveux. Il est particulièrement délicat de produire des types de cellules spécifiques, mais il est encore plus délicat de réintroduire ces cellules cultivées en laboratoire dans l’organisme d’une personne. Les cellules créées par dNovo seraient toutefois capables d’échapper à toute réponse du système immunitaire qui les rejetterait.

Fin 2020, l’équipe a en outre prouvé que ses cellules souches reprogrammées pouvaient bel et bien produire des cheveux : pour ce faire, ils ont transplanté ces cellules dans le corps de souris déficientes en poils. « Les poils ont commencé à pousser trois semaines après le traitement initial, et au deuxième mois, de nouveaux poils avaient clairement poussé à l’endroit traité », relate l’équipe.

« La technologie de reprogrammation directe ne repose pas sur la génération de cellules pluripotentes, mais convertit directement un type de cellule en un autre (par exemple, dans notre cas, des cellules de peau en cellules souches de cheveux). Cela rend notre système rapide et évolutif », a déclaré Lujan à Business Wire. L’an dernier, la start-up a franchi une nouvelle étape, via la mise au point d’un système de reprogrammation permettant de générer des cellules de papille dermique — un élément essentiel de la racine du cheveu, qui assure sa croissance.

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Si ces premiers résultats sont très encourageants, des années de recherches supplémentaires seront nécessaires pour que la technologie soit proposée à l’Homme. « Nous espérons éventuellement démontrer l’efficacité dans des essais sur l’Homme et rendre notre produit disponible dans le commerce, mais pour le moment, nous en sommes aux premières étapes de l’ensemble du processus », a confié le fondateur de dNovo à Fortune.

Des organoïdes recouverts de follicules pileux

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À noter que d’autres sociétés s’intéressent au sujet. L’an dernier, Stemson Therapeutics a notamment levé 15 millions de dollars pour financer ses recherches visant à traiter la perte des cheveux. Elle aussi ambitionne de restaurer la croissance des cheveux humains grâce à une nouvelle technologie de régénération cellulaire utilisant les propres cellules du patient pour produire de nouveaux follicules pileux. Toutes ces entreprises exploitent les travaux du japonais Shinya Yamanaka, qui en 2006, a découvert un moyen de transformer n’importe quelle cellule du corps humain en cellule souche pluripotente, en réactivant l’expression des gènes associés à la différenciation — une découverte récompensée par le prix Nobel de médecine en 2012.

Le laboratoire de Karl Koehler, professeur à l’Université de Harvard, fabrique des tiges capillaires d’une manière totalement différente, rapporte le MIT Technology Review : son approche consiste à faire pousser des organoïdes de la peau. Ceux-ci se développent pendant environ 150 jours, jusqu’à ce qu’ils mesurent environ deux millimètres de diamètre ; les follicules pileux sont alors clairement visibles à sa surface. Le scientifique précise toutefois que, pour une raison inconnue, les poils poussent vers l’intérieur…

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À ce jour, les personnes souffrant de calvitie peuvent se tourner vers les implants capillaires — une intervention particulièrement onéreuse — ou vers des traitements à base de minoxidil (un médicament vasodilatateur et antihypertenseur, dont l’un des effets secondaires est l’augmentation de la pilosité) ou encore vers le finastéride — qui a récemment fait l’objet d’une alerte de l’ANSM du fait qu’il induisait des risques de troubles psychiatriques et de la fonction sexuelle. Un traitement alternatif serait donc le bienvenu.

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