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Grady, un macaque rhésus pour le moins unique en son genre, est aujourd’hui sous surveillance minutieuse au Centre de recherche sur les primates de l’Oregon, à Beaverton. Si elle bénéficie de ce privilège, c’est parce qu’elle a été créée à partir de sperme provenant de tissus prélevés sur les testicules de son père, quand il était jeune, puis greffés sur son corps à l’âge adulte. Si cette première tentative est un succès, la technique pourrait un jour être utilisée pour rétablir la fertilité chez les hommes ayant reçu des traitements anticancéreux nocifs.

La naissance de Grady marque un succès crucial dans l’effort de longue date visant à offrir la possibilité d’une paternité aux individus traités pour un cancer avant qu’ils soient en âge de produire du sperme pouvant être congelé et stocké pour une utilisation future. Les biologistes de la reproduction qui ont mis au point cette méthode, surveillent maintenant de près le macaque (Macaca mulatta), âgé de presque un an, pour voir si son développement se déroule normalement.

Des chercheurs ont déjà utilisé cette technique pour produire des bébés chez des souris et des porcs, explique l’auteur principal de l’étude et biologiste de la reproduction Kyle Orwig, de la faculté de médecine de l’Université de Pittsburgh en Pennsylvanie. Selon lui, Si Grady grandit sans problème, alors la méthode pourrait être prête à être testée chez l’humain.

L’équipe d’Orwig a prélevé des tissus dans les testicules de cinq singes, dont le père de Grady, alors qu’ils étaient trop jeunes pour produire du sperme. Ils ont alors congelé les échantillons de tissu jusqu’à ce que les singes aient atteint la puberté, puis les ont décongelés et cousus sous la peau du dos et du scrotum des animaux.

Moins d’un an plus tard, les plaques de tissu produisaient de la testostérone, et tous les tissus récupérés des deux sites de greffe produisaient du sperme. L’équipe d’Orwig a ensuite prélevé le sperme du père de Grady et a utilisé la fécondation in vitro pour produire un embryon.

D’autres équipes de recherche s’emploient à appliquer des méthodes similaires aux animaux d’élevage, en transplantant des cellules souches productrices de spermatozoïdes provenant de bétail « élite », chez des individus moins élites. L’espoir est qu’un nombre suffisant de spermatozoïdes provenant des pères “élites” puissent être produits dans l’éjaculat des mâles de “moindre valeur”. Cela pourrait accélérer les efforts de reproduction en générant de nombreux mâles capables de produire une progéniture de qualité.

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En 2012, l’équipe d’Orwig avait signalé avoir obtenu un succès précoce en utilisant une technique similaire de greffe de cellules souches chez le singe. Mais les chercheurs ne produisaient pas de bébés avec le sperme à ce moment-là, car ils ne pouvaient pas déterminer si des bébés singes créés avec cette méthode seraient issus de spermatozoïdes obtenus à partir des cellules transplantées, ou à partir des cellules des singes mâles qui auraient retrouvé certaines de leurs fonctions après avoir été endommagées.

Néanmoins, le succès a été suffisant pour convaincre Orwig qu’un traitement humain ne serait peut-être plus qu’à une décennie ou deux d’aboutir. Il s’est donc lancé dans un effort pour recueillir le tissu testiculaire chez des mâles subissant des traitements médicaux réduisant la fertilité.

L’équipe d’Orwig, ainsi que des collaborateurs d’autres centres médicaux, ont recueilli ces tissus auprès de plus de 200 mâles. Ce tissu pourrait être utilisé pour l’une ou l’autre des approches d’Orwig — les greffes de cellules souches ou de tissu décrites dans le dernier rapport — s’il peut les adapter afin qu’elles soient efficaces sur l’Homme.

Une avancée majeure

Pour le biologiste de la reproduction Stefan Schlatt de l’Université de Münster (Allemagne), le succès des greffes d’Orwig devrait suffire à ouvrir la voie à des essais cliniques. « Je pense qu’avec cet article, des comités d’éthique dans le monde entier vont accorder des études cliniques », a-t-il déclaré.

Mais Ellen Goossens, une biologiste de la reproduction à la Vrije Universiteit Brussel, met en garde que les greffes de tissus de personnes atteintes de cancer pourraient être porteuses de cellules malignes capables d’ensemencer des tumeurs bénignes. Les chercheurs devront trouver des moyens de s’assurer que les greffes sont exemptes de cancer, dit-elle.

Néanmoins, toujours selon Goossens, le succès de l’essai chez les singes est important pour le champ de recherche. Les efforts antérieurs avaient permis de générer du sperme lorsque des tissus étaient greffés sur des rongeurs, mais la production de sperme est différente entre les rongeurs et les primates tels que les singes et les humains. « C’est un très grand pas en avant, que cela puisse être réalisé chez les primates », conclut-elle.

Source : Nature

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