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Le Brésil va mal. En plus des flammes qui ravagent comme jamais la forêt amazonienne, il y a également une crise budgétaire majeure au sein de la principale agence de financement des sciences au Brésil, qui pourrait perturber la vie de dizaines de milliers d’étudiants et de scientifiques. En septembre, le Conseil national pour le développement scientifique et technologique (CNPq) à Brasilia pourrait être à court de fonds pour les subventions et les bourses qu’il offre actuellement à plus de 80’000 brésiliens.

Le 15 août, l’agence a annoncé que le soutien financier accordé à ses bénéficiaires était suspendu : une mesure que beaucoup craignaient depuis que le gouvernement a décidé de réduire de 21% le budget des bourses du CNPq, passant de 998 millions de réaux (soit l’équivalent de 222 millions d’Euros) en 2018 à 785 millions de réaux (174 millions d’Euros) cette année. « Nous prenons les mesures nécessaires pour minimiser les conséquences de cette restriction », indique le communiqué.

Jusqu’à présent, toutefois, le CNPq n’a pas précisé combien de personnes seraient touchées le mois prochain ni quelle serait la durée de la suspension des paiements. Ces problèmes budgétaires du CNPq ne sont que les derniers en date d’une longue série de coupes dans le budget scientifique fédéral du Brésil. « Mais il n’y a jamais eu de crise de ce genre », a déclaré José Alexandre Diniz-Filho, écologiste à l’Université fédérale de Goiás à Goiânia.

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Des étudiants, ici dans la capitale brésilienne, protestent contre la décision du gouvernement de couper les fonds consacrés à l’éducation et à la science plus tôt cette année. Crédits : Evaristo Sa/AFP/Getty

L’administration du CNPq avait prévenu que le budget de cette année ne serait pas suffisant. En effet, pour mener à bien l’année 2019, l’agence avait demandé 330 millions de réaux supplémentaires, ce que le Congrès a approuvé en juin. Mais malheureusement, le ministère de l’économie n’a pas encore autorisé l’allocation de ces fonds. Apparemment, le ministère n’aurait pas encore pris de décision quant à la demande du CNPq et n’aurait pas de limite (de temps) pour le faire.

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Bien entendu, ce problème a grandement alarmé la communauté scientifique brésilienne. À la fin du mois de juillet, sept des anciens présidents du CNPq ont fait circuler un manifeste appelant le gouvernement à « tout mettre en œuvre pour inverser cette sombre situation ». Une pétition en ligne visant à allouer plus de fonds au CNPq, soutenue par des dizaines d’organisations de recherche brésiliennes, a déjà collecté environ 870’000 signatures à l’heure de la rédaction de cet article.

À noter que les boursiers du CNPq ne sont pas autorisés à percevoir d’autres types de revenus, ce qui signifie que « de nombreux étudiants risquent d’être privés de tout moyen de subsistance », a déclaré Diniz-Filho. « C’est déprimant. Nous avons tous ces problèmes de santé mentale de plus en plus fréquents. Les étudiants sont un peu perdus », ajoute-t-il.

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La crise du CNPq pourrait également avoir un impact plus large sur la communauté scientifique : « Cela concerne quiconque étant impliqué dans la science au Brésil, quel que soit le revenu, qu’il provienne du CNPq ou non », déclare Lilianne Nakazono, Ph.D. en astronomie à l’Université de São Paulo, qui collabore à un grand projet international visant à étudier le ciel austral à l’aide d’un télescope robotique au Chili.

« Si nous ne pouvons pas avoir d’étudiants et de post-doctorants travaillant avec nous, il est difficile de faire avancer le projet », a expliqué Nakazono, elle-même financée par la Fondation de recherche de São Paulo.

Luisa Diele-Viegas, écologiste et postdoctorante à l’Université fédérale de Bahia à Salvador, affirme que le fait de perdre sa bourse du CNPq l’empêcherait de poursuivre ses recherches sur l’influence du changement climatique et de la perte de biodiversité sur le bonheur humain : « Je dois payer mes factures », dit-elle. Mais cette dernière a déjà décidé que, pour le moment, son avenir ne serait pas au Brésil.

En effet, Diele-Viegas a déjà accepté un poste postdoctoral à l’Université du Maryland, à College Park (États-Unis), dès janvier 2020. « J’aime mon pays. C’est là que je lance des feux d’artifices, où j’ai construit toute ma vie. Mais je ne peux pas imaginer de moyen de continuer à faire de bonnes recherches scientifiques pour le Brésil, au Brésil. Je ne peux tout simplement pas », a-t-elle ajouté.

Source : Nature

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