Détection d’anomalies cérébrales post-COVID, dont certaines restent incomprises

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| Pixabay/Trust My Science

Parmi les nombreux symptômes sévères ou inquiétants de la COVID-19, les effets neurologiques ressentis par de nombreux patients comptent probablement parmi les plus mystérieux. Une perte soudaine de l’odorat et du goût a été l’un des premiers symptômes inhabituels signalés par les patients atteints de COVID-19, mais des AVC, des crises cardiaques et des encéphalites ont également été régulièrement décrits. Récemment, des chercheurs étudiant les anomalies EEG détectées chez des patients, s’interrogent sur les séquelles cérébrales que le virus pourrait laisser.

Certains patients diagnostiqués avec la COVID-19 souffrent également de confusion, de délire, d’étourdissements et de difficultés de concentration, selon les rapports et les études de cas. Depuis plusieurs mois, les médecins tentent sans relâche de comprendre cette maladie et ses nombreuses manifestations qui semblent affecter le cerveau d’une manière que nous ne pouvons pas encore expliquer complètement.

Pour synthétiser certaines des données (qui arrivent très rapidement), deux neurologues ont passé en revue les recherches explorant la manière dont la COVID-19 perturbe les schémas de fonctionnement normal du cerveau, qui peuvent être mesurés par un EEG. Un EEG (abréviation pour électroencéphalogramme) enregistre l’activité électrique dans différentes zones du cerveau, généralement en utilisant des électrodes placées sur le cuir chevelu du sujet testé. L’étude a été publiée dans la revue Seizure : European Journal of Epilepsy.

Une forme d’encéphalopathie post-COVID

Dans leur étude, les chercheurs ont rassemblé des données sur près de 620 patients positifs à la COVID-19 provenant de 84 études distinctes, publiées dans des revues à comité de lecture et des serveurs de préimpression, où les données de forme d’onde de l’EEG étaient disponibles pour être analysées.

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L’examen des résultats de l’EEG pourrait indiquer une forme d’encéphalopathie liée à la COVID chez ces patients — avec des signes de déficience ou de perturbation des fonctions cérébrales. Environ deux tiers des patients des études étaient de sexe masculin, et l’âge médian était de 61 ans. Certaines personnes souffraient également d’une affection préexistante comme la démence, qui pouvait donc avoir un impact sur la lecture EEG et dont les chercheurs ont tenu compte lors de l’évaluation des résultats de leurs tests.

Délire, confusion et perte de connaissance

Parmi les 420 patients pour lesquels les motifs de la demande d’EEG ont été enregistrés, la raison la plus fréquente était un état mental altéré : près des deux tiers des patients étudiés avaient souffert de délire, de confusion ou de perte de connaissance. Environ 30% des patients avaient eu une crise d’épilepsie, ce qui avait incité leur médecin à demander un EEG, tandis qu’une poignée de patients montraient des problèmes d’élocution. D’autres ont connu un arrêt cardiaque soudain, qui aurait pu interrompre le flux sanguin vers le cerveau.

Les scanners EEG des patients ont montré tout un éventail d’anomalies dans l’activité cérébrale, y compris certains schémas rythmiques et des pics d’activité de type épileptique. L’anomalie la plus courante observée était un ralentissement diffus, c’est-à-dire un ralentissement global des ondes cérébrales, qui indique un dysfonctionnement général de l’activité cérébrale.

Dans le cas de la COVID-19, ce dysfonctionnement pourrait être le résultat d’une inflammation généralisée, car le corps augmente sa réponse immunitaire, ou éventuellement d’une réduction du flux sanguin vers le cerveau, si le cœur et les poumons sont affaiblis.

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Quant aux effets localisés, un tiers de toutes les anomalies détectées l’ont été dans le lobe frontal, la partie du cerveau qui gère les tâches de pensée exécutive, telles que le raisonnement logique et la prise de décision. Le lobe frontal nous aide également à réguler nos émotions, à contrôler notre comportement et est impliqué dans l’apprentissage et l’attention.

Les anomalies EEG en tant que biomarqueur potentiel de la COVID-19

« Ces résultats nous indiquent que nous devons essayer l’EEG sur un plus grand nombre de patients, ainsi que d’autres types d’imagerie cérébrale, comme l’IRM ou la tomodensitométrie, qui nous permettront d’examiner le lobe frontal de plus près », a déclaré le neurologue et co-auteur de l’étude Zulfi Haneef, du Baylor College of Medicine de Houston.

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Avec le temps, un EEG pourrait aider à confirmer un diagnostic COVID-19 ou à déceler d’éventuelles complications. Cela pourrait aider les médecins à surveiller les complications à long terme de la COVID-19 et à détecter tout effet durable sur les fonctions cérébrales d’un patient. Malheureusement, dans l’état actuel des choses, les résultats ne donnent aucune indication sur la rareté ou la fréquence de ces troubles des ondes cérébrales dans la population en général, puisque seuls les patients COVID-19 ayant subi un test EEG ont été inclus dans l’analyse.

Mais cela ne fait que renforcer les preuves que le nouveau coronavirus peut avoir un impact sérieux sur notre santé neurologique. « D’autres recherches sont nécessaires, mais ces résultats nous montrent que ce sont des domaines sur lesquels nous devons nous concentrer à l’avenir », a déclaré Haneef. « Les anomalies EEG affectant le lobe frontal semblent être courantes dans l’encéphalopathie COVID-19, et ont été proposées comme un biomarqueur potentiel si elles sont enregistrées de manière cohérente », ont écrit les auteurs dans le document.

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Alors que la pandémie se poursuit, nous en sommes venus à comprendre à quel point la COVID-19 peut être tenace. Les patients souffrant de ce que l’on appelle désormais le « long COVID » décrivent des symptômes persistants, dont souvent une fatigue qui dure des mois. « Beaucoup de gens pensent qu’ils vont contracter la maladie, se rétablir et que tout va revenir à la normale », a déclaré Haneef dans un communiqué. « Mais ces résultats nous indiquent qu’il pourrait y avoir des problèmes à long terme, ce que nous avons suspecté, et nous trouvons maintenant plus de preuves pour le confirmer ».

Source : Seizure : European Journal of Epilepsy

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  1. Le virus pénètre probablement d’abord par la lame criblée de l’ethmoïde, ce qui pourrait expliquer les troubles de l’odorat.

    Mais cela voudrait surtout signifier, qu’à l’instar du méningocoque, il passe très vite la barrière encéphalo-méningée et vient faire des petits foyers inflammatoires dans différents endroits du cerveau, et ce dès la phase précoce.

    Il ne faut pas, je pense, s’en tenir aux EEG mais, très, très rapidement, peut-être même systématiquement, réaliser une IRM cérébrale à la recherche de ces localisations afin de prévenir les effets cliniques qui pourraient en découler : je pense par exemple aux troubles respiratoires avec cette hypoxie non suivie de réflexe défensif, de troubles du rythme cardiaques par atteinte bulbaires, pourquoi pas des troubles de coagulations, etc etc.

    Le cerveau, et le système nerveux et général, commande tout finalement, y compris les fonctions végétatives.

    Ensuite trouver un produit antiviral mais surtout et avant tout des antibiotiques qui passent la barrière encéphalo-méningée histoire d’éviter une méningo-encéphalite infectieuse.

    Cela pourrait donc bien aussi expliquer les effets précoces des immuno-modulateurs ou des corticoîdes en association avec les antibiotiques.

    Cette piste neurologique est extrêmement intéressante et n’a pas encore, semble t il, fait l’objet d’une étude systématique.

    La fibrose pulmonaire est, certes catastrophique, mais la fibrose cérébrale aussi, et plus insidieuse.

    Ce qui est curieux, et pour terminer avec ce trop long monologue ( et je me souviens encore de mes vieilles questions d’internat qui les disséquaient tout particulièrement…), c’est que toutes les grandes maladies infectieuses qui furent très étudiées dans les années 60-70, étaient toutes celles qui comportaient des signes neurologiques : diphtérie, tétanos, typhoide, un peu plus tard polyomyélite, et finalement aussi tuberculose et syphilis bien auparavant.

    Peut-être va t on se rendre compte maintenant que cette infection à coronavirus, particulière par ses signes et retentissante par son impact, pourrait bien avoir une place particulière dans ce panthéon des maladies infectieuses célèbres.

    Si ce n’est déjà fait…

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