Certaines personnes sont de véritables aimants à moustiques, et une nouvelle étude révèle pourquoi

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| Pixabay
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Vous faites partie des gens considérés comme de véritables « aimants » à moustiques ? Pendant longtemps, cette spécificité — certes, peu enviable — était mal comprise. Des chercheurs du Laboratoire de neurogénétique et de comportement de l’Université Rockefeller ont enfin identifié ce qui rend une personne irrésistible pour ces insectes : la présence de certains acides gras sur la peau. Cette découverte pourrait permettre de développer des produits répulsifs plus efficaces.

Les moustiques sont irrémédiablement attirés par le CO2 que l’on expire, notre chaleur et notre odeur corporelle. Mais certaines personnes sont, malheureusement pour elles, encore plus ciblées que d’autres. Selon certaines croyances populaires, le groupe sanguin, la glycémie ou encore certains aliments consommés pourraient plus ou moins attirer ces nuisibles. Cependant, les preuves scientifiques manquent pour étayer l’une ou l’autre de ces hypothèses. Des chercheurs ont entrepris d’explorer l’une des théories les plus plausibles pouvant expliquer l’attirance plus ou moins grande des moustiques pour un corps humain : les variations d’odeurs liées au microbiote cutané.

Dans un premier temps, ils ont testé l’effet de différentes odeurs de peau humaine sur des moustiques, afin d’identifier quelles personnes étaient les plus attirantes et les moins attirantes pour ces insectes. Une analyse chimique des odeurs corporelles a révélé que les personnes les plus attractives produisent beaucoup plus d’acides carboxyliques dans leurs émanations cutanées. « Il existe une association très, très forte entre le fait d’avoir de grandes quantités de ces acides gras sur la peau et le fait d’être un aimant à moustiques », explique Leslie Vosshall, qui a dirigé l’étude. Il apparaît que même les moustiques présentant des déficits olfactifs parviennent à distinguer ces cibles de choix parmi les autres.

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Un pouvoir attractif dû aux acides carboxyliques

Les chercheurs ont demandé à 64 volontaires de porter des manchons en nylon sur leurs avant-bras pendant six heures par jour, plusieurs jours de suite, afin de collecter des échantillons d’odeur de peau humaine. Au cours des trois années d’étude qui ont suivi, l’équipe a testé l’attractivité des manchons en nylon, les uns contre les autres, via tous les appariements possibles. Pour ce faire, elle a utilisé un olfactomètre à deux choix : une chambre en plexiglas divisée en deux tubes, chacun se terminant par une boîte contenant un manchon.

Des moustiques de l’espèce Aedes aegypti — les principaux vecteurs de la dengue, de l’infection à virus Zika, du chikungunya et de la fièvre jaune — ont été placés dans la chambre principale, puis les chercheurs ont observé le comportement des insectes. Au total, ils ont effectué plus de 2330 tests de comportement. Les échantillons des essais étaient dépersonnalisés, de sorte que les expérimentateurs ne savaient pas quel participant avait porté quel nylon.

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(A) Schéma du test olfactométrique à deux choix. Pourcentage d’attractivité des avant-bras humains (B) ou d’un morceau de nylon (C-D) porté par l’un des sujets par rapport à un morceau de nylon témoin. © M. E. De Obaldia et al.

L’un des participants, ici « sujet 33 », s’est particulièrement démarqué des autres : il s’est avéré quatre fois plus attirant pour les moustiques que le deuxième participant le plus attirant, et 100 fois plus attirant que le moins attirant (identifié sous le nom de « sujet 19 »). C’est bien simple : dans tout essai impliquant un manchon porté par le sujet 33, les moustiques s’agglutinaient autour de lui. Les chercheurs ont ensuite trié les participants du plus attractif au moins attractif, puis ont analysé leurs profils olfactifs pour déterminer ce qui pourrait expliquer cette grande différence.

C’est ainsi qu’ils ont identifié une cinquantaine de composés moléculaires présents en plus grand nombre dans le sébum des participants présentant un fort pouvoir d’attraction. Ils ont découvert en particulier que les « aimants à moustiques » produisaient des acides carboxyliques à des niveaux beaucoup plus élevés que les autres.

Une propriété qui perdure tout au long de la vie

Ces acides sont naturellement présents dans le sébum ; ils contribuent à protéger et à hydrater la peau et la quantité d’acides produits varie d’une personne à l’autre. Or, la peau maintient un niveau constant d’acides carboxyliques au fil du temps, de sorte que l’odeur corporelle reste constante elle aussi. Effectivement, le sujet 33 est resté le plus attractif, même après plusieurs mois.

« Certains sujets ont participé à l’étude pendant plusieurs années, et nous avons constaté que s’ils étaient un aimant à moustiques, ils le restaient. Beaucoup de choses auraient pu changer chez le sujet ou dans ses comportements pendant cette période, mais c’était une propriété très stable de la personne », souligne Maria Elena De Obaldia, co-auteure de l’étude. En d’autres termes, quels que soient les changements réalisés — au niveau de l’alimentation ou de produits de soin de la peau — un aimant à moustiques reste un aimant à moustiques toute sa vie.

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À savoir que les moustiques détectent les odeurs humaines avec deux ensembles de récepteurs olfactifs : les récepteurs Orco et IR. Suite à leur découverte, les chercheurs ont donc créé des moustiques mutants, dénués de l’un ou des deux récepteurs, pour évaluer leur capacité à repérer les odeurs humaines. Les moustiques sans récepteurs Orco ont continué à être fortement attirés par les humains et demeuraient capables de faire la distinction entre les individus très attractifs et moins attractifs. Les moustiques sans récepteurs IR ont perdu leur attirance pour les humains à un degré variable, mais ont tout de même conservé la capacité de distinguer les individus.

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Malgré l’élimination des récepteurs olfactifs (par modification génétique), les moustiques parviennent toujours à repérer les individus les plus attractifs. © M. E. De Obaldia et al.

Ces résultats ont déçu l’équipe, qui espérait trouver le moyen de discriminer les sujets les plus attractifs des autres pour mettre au point un répulsif plus efficace. Ils sont toutefois cohérents avec une autre étude menée auparavant par Vosshall et ses collègues, qui avait mis en évidence la remarquable robustesse du système olfactif des moustiques ; leurs neurones co-expriment plusieurs récepteurs chimiosensoriels, ce qui confère au système une redondance quasiment imparable.

Selon Vosshall, une piste potentielle consiste à manipuler les microbiomes de la peau, en enduisant par exemple la peau d’une personne très attractive avec les bactéries cutanées d’une personne peu attractive, de manière à modifier son profil olfactif. L’équipe n’a toutefois pas encore mis cette expérience en pratique.

Source : M. E. De Obaldia et al., Cell

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