Les antidépresseurs n’améliorent pas la qualité de vie sur le long terme, selon une étude

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La dépression est le trouble mental le plus courant dans le monde ; elle peut toucher n’importe qui et à tout âge. Selon l’Organisation mondiale de la santé, près de 280 millions de personnes sont concernées, en majorité des femmes. La dépression peut entraîner plusieurs symptômes, affichant ainsi diverses formes cliniques qui compliquent le diagnostic. Les origines de cette maladie sont encore floues : elle peut survenir après un traumatisme (décès, séparation, etc.), mais elle peut également être liée à un dysfonctionnement neurobiologique. Les médicaments antidépresseurs affichent généralement de bons résultats. Pour autant, améliorent-ils réellement et durablement la qualité de vie des patients ? Selon une nouvelle étude portant sur des millions d’adultes dépressifs, la réponse est non.

La dépression est à différencier d’une simple « déprime » passagère, dont tout le monde peut faire l’expérience face aux problèmes du quotidien. La dépression est un trouble récurrent, plus intense et durable, qui peut conduire au suicide dans les cas les plus graves. Le patient est d’humeur triste, ne ressent plus aucun intérêt, ni le moindre plaisir pour des activités qu’il appréciait auparavant — un comportement qui se répète quasiment chaque jour, pendant au moins deux semaines. À cela peuvent s’ajouter un sentiment de désespoir, une perte d’estime de soi ou encore des troubles du sommeil. Le patient n’a plus qu’un regard pessimiste sur le monde et sur lui-même.

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Bien que l’origine neurobiologique de la maladie ne soit toujours pas bien comprise, il existe plusieurs traitements pour soigner la dépression, quelle que soit sa gravité. Les patients bénéficient généralement de traitements psychologiques, tels qu’une thérapie cognitivo-comportementale, et/ou de médicaments antidépresseurs (ciblant les neurones à sérotonine et/ou noradrénaline et/ou dopamine, des hormones qui contribuent à notre bonne humeur). Malgré de nombreuses études démontrant l’efficacité de ces médicaments, leur effet sur le bien-être général des patients et leur qualité de vie reste controversé. Des chercheurs de la King Saud University, à Riyad, ont donc entrepris d’évaluer plus en profondeur l’effet des antidépresseurs.

Aucune amélioration significative rapportée par les patients

Dans le cadre de cette évaluation, les chercheurs ont réalisé une analyse comparative de cohorte, à partir des données de l’enquête Medical Expenditures Panel Survey, recueillies entre 2005 et 2016 aux États-Unis. En moyenne, 17,5 millions d’adultes ont reçu un diagnostic de trouble dépressif chaque année au cours de la période ; la plupart étaient des femmes (67,9%), dont une plus grande proportion recevait des antidépresseurs (60,6% contre 51,5% des hommes).

La qualité de vie liée à la santé (notée QVLS) a été mesurée à l’aide du questionnaire SF-12 — une version abrégée du Medical Outcomes Study Short-Form General Health Survey. Les réponses des patients ayant été soignés à l’aide de médicaments antidépresseurs ont été comparées à celles des patients n’ayant pas bénéficié de ces traitements ; concrètement, il était question d’évaluer les changements observés après un suivi de deux ans, tant en termes de santé physique que mentale.

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Les 12 items du SF-12 permettent en effet d’évaluer la QVLS à partir de ces deux composantes. La composante physique se focalise sur le fonctionnement physique de l’organisme, les limitations dues à des problèmes de santé physique, les douleurs corporelles, la santé générale et la vitalité (énergie/fatigue). La composante mentale concerne le fonctionnement social, les limitations dues à des problèmes émotionnels et la santé mentale (détresse psychologique et bien-être psychologique). Les patients ont renseigné le SF-12 au début de la première année, puis à la fin de la seconde année du suivi.

Environ 58% de l’ensemble de la cohorte a été traité avec des antidépresseurs. Bien que leur utilisation ait été associée à une certaine amélioration du bien-être mental, l’analyse n’a finalement révélé aucune différence significative entre les deux cohortes.

Réévaluer l’efficacité des approches psychologiques

Les résultats ont montré par ailleurs qu’aux États-Unis, le trouble dépressif concerne davantage les femmes que les hommes (67,9% contre 32,1%, respectivement) — ce qui est tout à fait cohérent avec un rapport publié en 2019 par l’Organisation mondiale de la santé qui arrivait déjà à la même conclusion. Cette prévalence au sein de la population féminine reste mal comprise ; certains pensent qu’elle pourrait être due à un simple préjugé sexiste (les médecins auraient tendance à diagnostiquer la dépression « plus facilement » chez les femmes) ou au fait que les hommes sont moins enclins à faire part de leurs problèmes mentaux.

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À noter qu’il n’est pas question ici de condamner définitivement l’usage des antidépresseurs, qui sur le court terme, restent une aide précieuse pour les patients. Comme d’autres études observationnelles rétrospectives utilisant des bases de données secondaires, cette étude présentait certaines limites. « L’utilisation de données rétrospectives exclut la possibilité d’établir une relation causale ; ainsi, nous ne pouvons pas exclure que l’utilisation, ou la non-utilisation, d’antidépresseurs puisse affecter les mesures de la QVLS », soulignent les chercheurs dans PLOS One.

En outre, l’étude n’a pas permis d’analyser séparément les sous-types ou les différents degrés de gravité de la dépression. Mais sur la base de leurs résultats, les chercheurs suggèrent de pousser plus avant l’étude de l’efficacité des traitements et d’orienter les études futures sur les interventions non pharmacologiques : « Quels que soient les symptômes associés à la dépression et l’ampleur de leur impact sur la qualité de vie de ces patients et les effets secondaires des médicaments antidépresseurs, il convient de réévaluer l’efficacité et le placement de la psychothérapie chez ces patients », notent-ils.

Ces interventions non pharmacologiques, telles que la thérapie comportementale, la psychothérapie, ou les séances de soutien social, pourraient contribuer davantage à l’amélioration globale de la qualité de vie des patients, qui est finalement l’objectif ultime des soins et sans laquelle le risque de rechute est important.

Source : O. Almohammed et al., PLOS One

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