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Dans les bois de la Pologne occidentale se trouve une base nucléaire soviétique démantelée, qui comprend deux bunkers souterrains dans lesquels des munitions nucléaires étaient autrefois conservées… Après que le complexe militaire a été abandonné, ces étranges grottes artificielles sont devenues des endroits de repos pour les chauves-souris hivernantes.

Au début des années 2010, des volontaires ont commencé à visiter ces bunkers pour surveiller la population de chauves-souris en hiver, et ont découvert un type différent d’habitant… : une énorme masse de fourmis des bois (Formica polyctena) piégées sur le sol du bunker, survivant sans reine ni aucun de leurs conforts habituels. Alors comment est-ce que ces créatures ont pu y survivre sans lumière et sans nourriture… ?

Lors de sa découverte en 2013, cette « colonie » de fourmis souterraine comptait déjà environ un million de travailleurs vivants et plusieurs millions de morts… À savoir qu’ils ne se reproduisaient pas : au lieu de cela, la population s’était reconstituée par accident.

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La colonie de fourmis du bunker, avec un véritable « cimetière » contre le mur du fond. Crédits : Wojciech Stephan/Czechowski et al./Journal of Hymenoptera Research

Dans le plafond du bunker se trouvait un conduit de ventilation rouillé, reliant le local sombre à la forêt située au-dessus. Une colonie de fourmis géantes avait construit un monticule sur le sol, juste au-dessus du conduit d’aération du bunker, et à mesure que le métal rouillait, une partie de leurs rangs a commencé à tomber dans la caverne en béton située en dessous…

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Le tuyau de ventilation se trouvant au plafond du bunker. Crédits : Rutkowski et al./Journal of Hymenoptera Research

L’étude des limites des conditions de vie des fourmis suscite un vif intérêt chez certains entomologistes. Ainsi, pendant plusieurs années, des chercheurs se sont rendus à plusieurs reprises dans le bunker et ont observé avec fascination le fait que cette population isolée continuait de croître et de survivre malgré un manque évident de lumière, de chaleur et de nourriture.

À présent, les scientifiques savent enfin comment ces insectes piégés ont réussi à survivre : la consommation de masse de leurs propres compagnons de nid emprisonnés… Le cannibalisme était suspecté par les chercheurs : il faut savoir que ces fourmis des bois sont, après tout, la seule source principale de nourriture disponible dans cet endroit restreint, mis à part des souris ou des chauve-souris mortes occasionnellement. De plus, on sait que cette espèce particulière consomme ses propres morts tombés au combat lors de « guerres de fourmis » territoriales, et lorsque la nourriture est rare.

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Pour confirmer cette intuition, une équipe de chercheurs a rassemblé les cadavres de plusieurs fourmis, dispersés dans le bunker. En examinant de près 150 travailleurs morts, l’équipe a constaté que la grande majorité des corps (environ 93%) avaient des trous (car rongés) et des marques de morsure.

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Les scientifiques confirment que ce sont des signes évidents de consommation de masse, avec pratiquement aucun autre organisme dans le bunker capable de laisser ces marques.

« La survie et la croissance de la ‘colonie’ du bunker au fil des ans, sans produire sa propre progéniture, ont été possibles grâce à un approvisionnement continu de nouveaux travailleurs issus du nid supérieur et à une accumulation de cadavres », ont conclu les chercheurs. « Les cadavres ont constitué une source de nourriture inépuisable, qui a permis la survie des fourmis piégées dans des conditions par ailleurs extrêmement défavorables », ont-ils ajouté.

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La colonie construite au-dessus du tuyau de ventilation. Crédits : Czechowski et al./Journal of Hymenoptera Research

Selon les résultats des chercheurs, il semblerait que les fourmis des bois puissent faire face à une adversité remarquable pour survivre. Mais, heureusement pour cette colonie, les individus la peuplant ne sont plus obligés de se débrouiller seuls : en 2016, les chercheurs ont installé une rampe en bois (que l’on peut voir sur l’image ci-dessous) dans le bunker, reliant le tuyau de ventilation au sol. Au bout de quatre mois, presque toutes les fourmis piégées avaient déserté le sol du bunker.

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Voici l’aide apportée aux fourmis piégées dans le bunker (soit un simple bout de bois, leur permettant de sortir du bunker de la mort…). Crédits : Rutkowski et al./Journal of Hymenoptera Research

En effet, à présent, les fourmis qui auront la malchance de tomber dans le bunker sombre, ne seront plus forcées à avoir recours au cannibalisme pour survivre. Elles pourront simplement en sortir et vaquer tranquillement à leurs occupations en surface, à l’air libre, avec leurs compagnes.

Source : Journal of Hymenoptera Research

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