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Hold-up : un documentaire sur la pandémie aux accents complotistes ?

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| Hold-Up Prod

Rendu disponible ce mercredi 11 novembre, le documentaire « Hold-up » a un objectif simple et clairement annoncé : expliquer, par l’intermédiaire de plusieurs intervenants soigneusement sélectionnés par la production, que la pandémie a été un phénomène monté de toute pièce par les autorités gouvernementales afin d’imposer des mesures de contrôle et d’asservissement de la population sous couvert d’urgence sanitaire. Imbibé d’un fort discours complotiste, le film distille pendant presque 3h de nombreux propos infondés, alternant entre données non vérifiées et contre-vérités flagrantes.

Depuis deux jours, le documentaire agite Internet et les réseaux sociaux. Fortement décrié par la communauté scientifique pour son manque de rigueur, le biais dans le choix des intervenants (beaucoup étant connus pour susciter eux-mêmes la controverse) et l’absence globale de sources venant appuyer les nombreuses idées avancées par la voix off, le film réunit tous les éléments de la théorie du complot. Nous avons choisi de revenir sur cinq grandes affirmations du documentaire.

Le confinement est une mesure complètement inutile

Cette affirmation est rappelée tout au long du documentaire. Les intervenants comme la voix off s’astreignent à mettre en exergue l’inefficacité du confinement en matière de mesure sanitaire au plan local comme au plan national. Pour preuve, les réalisateurs montrent une courbe de mortalité tirée des données de l’Insee pour prouver que le pic de mortalité a eu lieu durant le confinement, censé justement éviter ce genre de tendance.

En effet, après le premier confinement instauré le 17 mars, le pic de mortalité a été atteint entre le 6 et le 7 avril. Cependant, cela ne prouve absolument pas l’inefficacité du confinement, mais correspond bien à la dynamique de la COVID-19. En effet, statistiquement, la mortalité dans les cas les plus sévères intervient entre 20 et 26 jours après le début de l’infection. Le pic d’infection ayant été atteint aux alentours du 17 mars, il est normal que le pic de mortalité ait été atteint durant le confinement.

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SARS-CoV-2 : un virus créé par l’Institut Pasteur

L’hypothèse de la nature artificielle du coronavirus SARS-CoV-2 n’est pas nouvelle. D’ailleurs, un article récent du CNRS interrogeant le chef de service en virologie Etienne Décroly rappelle que tant que l’hôte intermédiaire n’a pas été formellement identifié, ni que l’arbre phylogénétique du virus ne peut pas être précisément reconstruit, cette hypothèse, bien que peu probable, n’est toutefois pas totalement à exclure.

Cependant, le documentaire pousse plus loin dans le complotisme en accusant directement l’Institut Pasteur d’avoir délibérément créé le virus. À l’appui de cette affirmation, les auteurs citent des brevets publiés en 2002 sur la modification génétique de coronavirus en vue du développement d’un vaccin. Comme le rappelle Olivier Schwartz, virologue à l’Institut Pasteur, ces documents sont publics et consultables par tous. Notant que des milliers de brevets concernant les coronavirus sont déposés chaque année. D’ailleurs, derrière cette accusation se trouve Jean-Bernard Fourtillan, médecin controversé et antivaccin reconnu.

Selon l’OMS, le port du masque est inutile pour le grand public

Par la voix de son intervenante Astrid Stuckelberger (dont le CV est relativement vague), le documentaire affirme que l’OMS ne préconiserait pas le port du masque pour la population générale, mais seulement pour les soignants et le personnel à risque. Ainsi, la France aurait délibérément pris une mesure liberticide sans respecter les propos de l’OMS.

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Mise à jour du 20 octobre 2020 de l’OMS sur le port du masque. Crédits : OMS

Une affirmation totalement erronée comme on peut le voir sur le site de l’OMS dédié aux mesures de port et d’utilisation des masques, dont la dernière mise à jour date du 20 octobre. Rappelons en outre que dès le début de la pandémie, l’OMS préconisait déjà le port du masque aux autorités sanitaires comme mesure de lutte globale à utiliser contre la transmission.

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Pas de confinement et moins de décès en Suède

L’un des principaux arguments du film se base sur la comparaison entre les pays : beaucoup de pays ont fait mieux que la France, notamment la Suède qui est prise comme un brillant exemple. Ainsi, selon le documentaire, non seulement la Suède n’a pas eu besoin d’avoir recours au confinement, mais en plus a connu moins de décès que la France.

En termes purement quantitatifs, le documentaire ne prend bien entendu pas la peine d’effectuer un calcul simple afin d’équilibrer sa base de comparaison. Selon les données de l’Insee, la France a connu un pic de décès le 9 avril avec 974 morts, contre 99 morts le 16 avril pour la Suède. Cependant, les populations ne sont pas les mêmes : ~67 millions pour la France contre 10.2 millions pour la Suède. On obtient ainsi un pic à 14 morts pour 1 million d’habitants en France et un pic à 9 morts en Suède. Soit un nombre de décès ~1.5 fois plus important pour la France. Bien loin des 13 fois affirmées par le documentaire.

Des tests pour le SARS-CoV-2 déjà disponibles en 2015

Faisant suite aux propos prêtant la création du virus à l’Institut Pasteur, le documentaire affirme que des tests PCR existaient déjà en 2015. À l’appui de cette affirmation, l’intervenant montre un tableau récapitulatif issu du site de la Banque Mondiale, montrant des produits vendus sous l’appellation « tests Covid-19 » dont la traçabilité remonte jusqu’en 2015. Cependant, là aussi, le film n’apporte pas plus d’explications et se contente de montrer une image sortie de son contexte.

L’une des fonctions de la Banque Mondiale est de fournir aux pays des statistiques détaillées sur les stocks, les échanges, les ventes, les commandes et les livraisons de produits dont la demande excède l’offre lors d’une crise. Ainsi, afin de faciliter l’organisation de ces statistiques, la Banque Mondiale est allée un peu vite en besogne et a regroupé les codes de TOUS les équipements de tests et de dépistage sous l’appellation « test Covid-19 », y compris ceux vendus depuis 2015.

En effet, la BM utilise un système de classement harmonisé regroupant chaque famille de produits sous un code d’identification à six chiffres. Lors de la mise à jour effectuée durant la pandémie, tous les tests médicaux confondus (même famille de produits) ont été regroupés sous le code d’identification destiné à la COVID-19. Une erreur rapidement rectifiée par l’organisation, qui a reclassé les produits non destinés à la COVID dans une catégorie « tests médicaux ».

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