Un PDG de la Silicon Valley licencié pour avoir pris du LSD au travail

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| Shutterstock/AFR

Justin Zhu, dirigeant de la plateforme de marketing Iterable, a pris une microdose de diéthyllysergamide — un psychotrope plus connu sous le nom de LSD — juste avant d’entamer une réunion de travail. La substance lui permettait, selon ses dires, d’améliorer sa concentration.

Pour la start-up, dont le chiffre d’affaires s’élève à plus de 2 milliards de dollars, c’est la consternation. Le cofondateur de la société, Andrew Boni, a déclaré aux employés que Zhu avait été licencié pour avoir violé les politiques, les valeurs et le manuel des employés de l’entreprise ; il n’a pas donné plus de détails sur ce qui a conduit à son éviction. Il a également précisé que le comportement déviant de son collaborateur avait « miné la confiance du conseil d’administration dans la capacité de Justin à diriger l’entreprise à l’avenir ». Boni reprend de ce fait le poste de directeur général.

Le LSD est illégal aux États-Unis depuis 1967 ; la Convention sur les substances psychotropes établie par l’ONU en 1971 l’a banni de la quasi-totalité des pays. Mais il s’avère qu’au cours des dernières années, la prise de microdoses de LSD ou d’autres drogues psychédéliques, telles que les champignons hallucinogènes, est devenue une pratique de plus en plus courante parmi les entrepreneurs. Ceux qui l’expérimentent affirment que la drogue peut stimuler le cerveau et augmenter la productivité ou la créativité.

« Une vision plus positive de la vie »

Le LSD (de l’allemand lyserge saüre diäthylamid, soit diéthylamide de l’acide lysergique en français) est une substance synthétisée à partir d’un champignon, Claviceps purpurea, un parasite qui affecte le seigle. C’est un puissant psychotrope, qui provoque des hallucinations et une stimulation extrême du cerveau. Il agit sur les connexions neuronales et perturbe la régulation de plusieurs neurotransmetteurs.

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Dès 2010, James Fadiman, psychologue et défenseur de longue date des drogues psychédéliques, commence à promouvoir l’usage de très petites doses de drogues psychédéliques comme le LSD pour bénéficier d’effets complètement différents. Une microdose de 10 à 15 microgrammes, soit environ un dixième d’une dose standard, tous les trois jours, permettrait de profiter au mieux de l’effet stimulant de la drogue.

Ainsi, depuis quelques années, dans la Silicon Valley, de plus en plus de travailleurs prennent régulièrement de très petites doses de LSD, qu’ils se procurent sur le marché noir. Mais l’objectif n’est pas ici de s’offrir une parenthèse psychédélique loin de la réalité, bien au contraire. Augmentation de la concentration, meilleure humeur, vision plus positive de la vie, voilà ce que leur apporte la prise d’infimes quantités de cette substance. « J’étais concentré, plus créatif, plus joyeux aussi. Et plus volubile. Dans le contexte du travail, j’ai souvent tendance à être réservé. Là, j’avais plus l’envie et le courage de partager mes opinions », témoignait un consommateur régulier dans un média canadien en 2017.

Bien qu’il soit classé comme stupéfiant et malgré les risques qu’il occasionne pour la santé, le LSD fait aujourd’hui l’objet de plusieurs études. Quelques chercheurs s’intéressent notamment à son usage en tant que traitement de certaines pathologies mentales, telles que l’addiction ou le trouble de stress post-traumatique. Mais la science derrière la tendance au microdosage du LSD pour améliorer l’humeur et les performances est en réalité loin d’être concluante.

Des effets qui manquent de preuves scientifiques

Certaines études ont révélé que le microdosage de LSD peut effectivement améliorer l’humeur et la sociabilité. Gabriella Gobbi, professeure associée au département de psychiatrie de l’Université McGill, a étudié l’effet des microdoses de LSD sur les souris. Ses résultats ont suggéré qu’elles aidaient à améliorer leur humeur. La chercheuse souligne toutefois que la pratique n’est pas sans risques pour les humains. « Nos recherches suggèrent qu’il existe bien une fenêtre thérapeutique dans l’action du LSD, mais qu’elle est très réduite. La différence entre un bon dosage et un mauvais dosage est très faible — à peine quelques microgrammes. Les gens susceptibles de développer des maladies mentales, notamment, courent des risques importants », prévient-elle.

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Car si le LSD n’entraîne aucune dépendance, il peut engendrer un état dépressif dans les heures qui suivent la prise, et provoquer des psychoses, une paranoïa et surtout des flash back — des hallucinations visuelles pouvant survenir plusieurs mois après la prise.

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Par ailleurs, dans une étude de 2019, des médecins ont administré à près de 50 patients âgés atteints de la maladie d’Alzheimer de faibles doses de LSD pour voir si cela avait un impact sur leur cognition ou leur équilibre. Ils ont constaté que le traitement pouvait être utilisé pour prévenir ou traiter l’inflammation du cerveau, ralentissant ainsi la détérioration neuronale. Mais une étude publiée au mois de mars dans la revue eLife, menée sur près de 200 participants, a révélé que de faibles doses de psychédéliques donnaient en réalité les mêmes résultats (meilleure humeur, plus d’énergie et de créativité) qu’un placebo, ce qui suggère que les avantages éventuels pourraient être autant psychosomatiques que pharmacologiques.

De même, un article publié l’année dernière dans Frontiers in Synaptic Neuroscience a examiné les différents résultats obtenus par l’usage de psychédéliques comme traitement de la démence. Si les auteurs affirment que la psilocybine (champignons hallucinogènes) et le LSD pourraient avoir un rôle thérapeutique en raison de leur potentiel à stimuler la neurogenèse et à réduire la neuroinflammation, ils soulignent également que les « études scientifiques robustes sur les effets cognitifs du microdosage chez l’homme ont jusqu’à présent été limitées à des changements aigus dans de très petites études chez des individus cognitivement normaux ». En d’autres termes, les données scientifiques manquent.

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Les psychédéliques peuvent aussi avoir d’autres utilisations. L’année dernière, une équipe de chercheurs néerlandais a également constaté que des microdoses de LSD pouvaient être utilisées comme une alternative aux opioïdes comme la morphine. Le LSD pourrait donc avoir un effet thérapeutique intéressant, dans certaines conditions, sous encadrement médical et à certaines doses. Cependant, le statut illégal de cet hallucinogène ralentit et limite la recherche scientifique. Et en attendant de plus amples données sur les effets à court et long terme du microdosage, mieux vaut s’abstenir. « Il faut résister à la tentation de s’automédicamenter avec ces puissantes substances. L’idée est de comprendre leurs mécanismes d’action, afin de produire des médicaments qui n’ont pas les dangers du LSD et des autres drogues », conclut Gabriella Gobbi.

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