Tandis que le pergélisol fond, il libère d’anciens virus et du carbone

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La fonte du pergélisol, soupçonnée par la Russie d’être derrière un déversement de carburant sans précédent qui a pollué de vastes étendues de rivières arctiques, est une véritable bombe à retardement, menaçant la santé et l’environnement, et qui risque d’accélérer drastiquement le réchauffement climatique planétaire.

Le 29 mai 2020, plus de 21’000 tonnes de carburant diesel se sont déversées d’un réservoir qui s’est effondré. Ce dernier appartenait à Norilsk Nickel, une société russe spécialisée dans l’exploitation et la transformation du nickel et du palladium (3/4 de la production mondiale), par le biais d’un intermédiaire. Norilsk Nickel (NN) est l’un des plus grands centres industriels du pays et se situe au-dessus du cercle arctique. À présent, Norilsk ainsi que des responsables russes, ont déclaré qu’ils soupçonnaient que c’est la fonte du pergélisol qui a provoqué l’effondrement du réservoir.

Qu’est-ce que le pergélisol ?

Le pergélisol désigne la partie d’un cryosol gelée en permanence, au moins pendant deux ans, et qui est de ce fait imperméable. Ce sol gelé se trouve principalement dans l’hémisphère Nord, où il couvre environ un quart des terres exposées et a généralement des milliers d’années. Il couvre un cinquième de la surface terrestre dont 90% du Groenland, 80% de l’Alaska, et 50% du Canada et de la Russie (plus particulièrement dans sa partie sibérienne). Sa profondeur, quant à elle, peut varier de quelques mètres à des centaines de mètres.

Environ 1,7 milliard de tonnes de carbone sont enfermées dans le pergélisol sous forme de matière organique gelée, soit des restes de plantes en décomposition et d’animaux morts depuis longtemps piégés dans les sédiments, et recouverts plus tard par des calottes glaciaires.

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Il faut également savoir que les sols du pergélisol contiennent environ deux fois plus de carbone (principalement sous forme de méthane et de CO2) que l’atmosphère terrestre.

Une accélération du réchauffement climatique

Lorsque le pergélisol dégèle, cette matière se réchauffe et se décompose, libérant le carbone qu’elle contient sous forme de dioxyde de carbone (CO2) et de méthane, des gaz qui provoquent l’effet de serre. Ainsi, la libération de ces gaz à effet de serre accélère le réchauffement climatique de la planète (qui engendre encore plus de fonte du pergélisol, qui libère encore plus de gaz et qui provoque donc encore plus de réchauffement planétaire). Un véritable cercle vicieux.

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À Norilsk, en Russie, une fuite massive de diesel a largement pollué une zone de l’Arctique. Crédits : Andrei Marmyshev/Getty Images

Selon un rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC, en anglais Intergovernmental Panel on Climate Change, IPCC) datant de septembre 2019, une grande partie du pergélisol pourrait fondre d’ici 2100 si la pollution par le carbone se poursuit sans relâche, libérant ainsi une véritable bombe de gaz à effet de serre.

Vers une libération de masse de maladies congelées ?

Mais le dégel du pergélisol menace également de libérer des bactéries et des virus pathogènes longtemps piégés dans la glace. Il y a déjà eu des cas de ce genre : en 2016, un enfant est décédé dans l’extrême nord de la Sibérie, en Russie, au cours d’une épidémie d’anthrax qui, selon les scientifiques, semblait provenir de cadavres de rennes infectés et enterrés 70 ans auparavant, mais découverts à nouveau par la fonte du pergélisol. À noter que l’anthrax (Bacillus anthracis), ou bacille du charbon, est une bactérie courante dans le monde sauvage mais causant une grave infection chez l’Homme : la maladie du charbon.

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Les scientifiques ont également averti que d’autres agents pathogènes dormants ensevelis dans un sol gelé pourraient être libérés par le réchauffement climatique, comme le virus de la variole. En 2014, des scientifiques ont ravivé un virus géant mais inoffensif, surnommé Pithovirus sibericum, qui était enfermé dans le pergélisol sibérien depuis plus de 30’000 ans.

Bien qu’un dégel du pergélisol pourrait être une aubaine pour les industries pétrolières et minières, donnant accès à des réserves auparavant difficiles à atteindre dans l’Arctique, en perturbant trop profondément le sous-sol ils pourraient « réveiller » des virus, avertissent les scientifiques.

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Par ailleurs, la fonte du pergélisol présente également une menace sérieuse et coûteuse pour les infrastructures, risquant de provoquer des glissements de terrain et des dommages aux bâtiments, aux routes et aux oléoducs.

Source : National Geographic

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