Une nouvelle étude révèle pourquoi les champignons hallucinogènes seraient plus efficaces contre la dépression

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Depuis quelques années, la psilocybine, cet alcaloïde hallucinogène que contiennent les champignons hallucinogènes (ou « champignons magiques »), suscite un intérêt croissant dans les recherches thérapeutiques contre que la dépression. Combiné à une thérapie psychologique, l’alcoïde semble au moins aussi efficace que les antidépresseurs conventionnels, selon de précédents essais. Cependant, les mécanismes thérapeutiques qui régissent cet effet antidépresseur ne sont pas encore clairs. Une nouvelle étude de l’Imperial College de Londres a peut-être enfin décrypté comment la psilocybine agit sur les neurones des personnes souffrant de dépression. Contrairement aux antidépresseurs classiques, ce psychédélique améliorerait notamment la connectivité dans des régions cérébrales qui engendrent la dépression en devenant rigides et « isolées » du reste du cerveau.

Les psilocybes, un groupe de champignons contenant de la psilocybine et de la psilocine, sont connus pour leurs effets hallucinogènes. Ils sont utilisés depuis des milliers d’années par les peuples autochtones pour cette propriété psychédélique, ainsi que pour leurs vertus curatives. Les effets sont notamment assez similaires à ceux du LSD, qui provoque également une altération de l’état de conscience.

Si la consommation de ces champignons est interdite dans la plupart des pays du monde, les scientifiques explorent de plus en plus les possibilités d’application à la thérapie psychiatrique. Chez un individu en bonne santé, les effets mentaux connus des psilocybes sont l’altération du sens de la réalité, la confusion, les changements d’humeur, etc. Mais chez les personnes dépressives, les effets peuvent potentiellement s’inverser et la psilocybine peut stimuler positivement les zones du cerveau responsables de l’humeur.

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De nombreux essais cliniques ont été effectués pour tester l’alcaloïde, mais cette nouvelle étude, décrite dans Nature Medicine, est la première à découvrir comment la molécule agit précisément dans le cerveau. Peut-être plus efficace que l’escitalopram (un antidépresseur classique), la psilocybine pourrait permettre d’éviter les effets secondaires de cette classe de médicaments, dont notamment : la prise de poids, la baisse de la libido, l’insomnie chronique, etc. De plus, les antidépresseurs conventionnels sont connus pour induire souvent une tolérance (quand la réponse au médicament diminue, car l’organisme s’y adapte) chez les patients, d’où le besoin de thérapies alternatives et potentiellement plus efficaces.

Amélioration de la connectivité

Chez les personnes dépressives, l’on constate un taux élevé de transporteurs de la sérotonine (un neurotransmetteur impliqué dans la régulation de l’humeur). Ces transporteurs éloignent notamment la sérotonine des cellules nerveuses, ce qui conduit à la baisse du taux de cette molécule (constatée chez les malades). Les antidépresseurs agissent ainsi en bloquant sélectivement ces transporteurs.

Toutefois, le blocage de ces transporteurs ne résout pas les problèmes de rigidité et d’enclavement des régions du cerveau sollicitées dans la régulation de l’humeur. D’après les résultats des chercheurs anglais, la psilocybine « déverrouille » ces zones, jusqu’à plusieurs semaines après son administration. Les scientifiques ont notamment constaté une augmentation de la communication entre les régions cérébrales les plus isolées chez les patients dépressifs.

Pour tester leur théorie, les chercheurs ont analysé les données scintigraphiques de 60 personnes souffrant de dépression. Plus précisément par le biais d’un essai ouvert sur la dépression résistante aux traitements classiques et un autre essai contrôlé sur la dépression généralisée — comparant la psilocybine à l’escitalopram. En parallèle, la totalité des participants a également reçu un accompagnement psychologique. Des scintigraphies ont été réalisées avant et un jour à trois semaines après la prise du traitement à base de psilocybine.

Les résultats des deux séries de tests ont alors révélé que le groupe ayant reçu une thérapie assistée à la psilocybine a montré une nette amélioration de la connectivité cérébrale. Cet effet était lié à la diminution de la dépression (diminution autodéclarée) allant d’une journée à trois semaines après le traitement. Cette amélioration de la connectivité n’a apparemment pas été observée chez le groupe traité avec de l’escitalopram. « L’effet observé avec la psilocybine, lié à l’amélioration de l’état des patients, est cohérent dans deux études, et n’a pas été observé avec un antidépresseur conventionnel », confirme dans un communiqué Robin Carhart-Harris, auteur principal de l’étude et ancien directeur du centre de recherches en psychédéliques à l’Imperial College.

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Bien que les effets varient chez chaque patient, le lien entre l’amélioration des symptômes et la hausse de connectivité dans les régions auparavant « isolées », a été démontré dans les deux tests. De plus, cette corrélation a été plus importante chez les sujets ayant autosignalé l’amélioration de leur humeur. Par ailleurs, des changements dans l’activité cérébrale, détectés un jour après le traitement, laissent prédire un prolongement d’efficacité jusqu’à six mois, d’après les experts.

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Il est important de noter qu’après un traitement antidépresseur, beaucoup de patients peuvent rechuter. Les auteurs de la nouvelle étude tiennent alors à souligner que la durée des changements de l’activité cérébrale n’est pas encore claire. D’après eux, il reste possible que le cerveau reproduise les mêmes schémas d’isolement régional observés dans la dépression.

Par ailleurs, les champignons hallucinogènes peuvent entraîner une addiction, et la psilocybine doit être prescrite avec beaucoup de précautions. L’automédication ne doit surtout pas être envisagée. Les essais de l’Imperial College ont d’ailleurs été appuyés par des suivis psychologiques, pendant et après l’administration des médicaments. De plus, la variabilité des réponses à la substance prouve que davantage de recherches doivent être effectuées avant d’aboutir à un traitement viable.

Mais l’on peut tout de même se permettre d’être optimistes, car les chercheurs ont « découvert un mécanisme fondamental par lequel la thérapie psychédélique fonctionne non seulement pour la dépression, mais aussi pour d’autres maladies mentales, telles que l’anorexie ou la toxicomanie », conclut Carhart-Harris.

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Source : Nature Medicine

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