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Qu’est-ce qu’un surdoué, concrètement ?

Laurie Henry 19 juin 2022
qu est ce qu un surdoue concretement couv Surdoué académique ou surdoué créatif ? | Shutterstock

Dans l’imaginaire collectif, un surdoué possède un QI supérieur à la norme et un don particulier pour comprendre aisément les concepts abstraits de mathématiques, de physique, etc. Il surpasserait nombre d’entre nous en calcul mental ou en mémorisation, toujours selon les croyances. Mais est-ce que tous les surdoués détiennent des dons similaires, les mêmes facilités ? Haut potentiel est-il synonyme de surdoué ? Chaque « surdouance » possède ses propres caractéristiques, une façon de concevoir le monde environnant. Comprendre les différences entre chaque intelligence et situation atypique permet d’éviter quelques embûches sur un parcours de vie, tant dans le domaine scolaire et social que professionnel (pour les adultes surdoués).

La définition la plus simple d’une personne surdouée serait celle d’un QI supérieur à 130. Ce n’est que la partie « visible » de cette forme d’intelligence. Être surdoué recouvre un large éventail de caractéristiques intrinsèques à chaque individu. D’ailleurs, de plus en plus de chercheurs tendent à remettre en question cette approche en soulignant qu’elle revient à baser la définition de la douance sur une conséquence et non une cause.

Comme le QI est semblable à une note, en apparence simple, tout le monde s’imagine, à tort, comprendre ce qu’elle recouvre. La demande constante des tests de QI chez toute personne en difficulté face au reste de la société, fait craindre à un « commerce de l’intelligence », occultant, pour de nombreux cas, des troubles plus profonds ou de réelles difficultés relationnelles. C’est pourquoi comprendre ce que revêt vraiment les termes de surdoué, de haut potentiel, d’enfant précoce, de « zèbres » est essentiel à l’accompagnement des personnes afin d’améliorer leur qualité de vie.

L’intelligence, une définition plurielle

Dans un premier temps, il est utile de comprendre ce qu’est l’intelligence. La définition de l’intelligence varie selon de nombreux facteurs, tels que les croyances, la culture, etc. Elle regrouperait les capacités d’apprendre, de comprendre et de s’adapter aux différentes situations vécues, en utilisant un raisonnement juste et approprié. L’intelligence permettrait donc d’agir en respectant l’objectif souhaité, de penser rationnellement et d’avoir des interactions avec le milieu dans lequel on évolue. Le concept d’intelligence est cependant extrêmement complexe et fait l’objet de débats. Le terme est défini différemment selon le domaine dans lequel on le traite.

Parmi les formes d’intelligence, on peut distinguer l’intelligence fluide, introduit par Alan Baddeley en 1986, qui se manifeste notamment dans le raisonnement inductif faisant appel à une base de connaissances minimales (analogies géométriques par exemple). L’intelligence fluide est associée à la capacité de la mémoire de travail (ou capacité attentionnelle), qui permet le traitement simultané de plusieurs informations dans un temps relativement bref. Ensuite vient l’intelligence cristallisée qui se manifeste notamment dans la connaissance et l’usage de la langue ; elle est associée au degré de structuration de la mémoire déclarative (sémantique et épisodique). On reconnait également l’intelligence spatiale, se manifestant dans la perception des formes et de leurs transformations. Enfin, une dernière forme d’intelligence est basée sur la rapidité de récupération de l’information stockée en mémoire à long terme, qui se manifeste par la fluidité verbale, idéationnelle et associative. Elle est une composante essentielle de la créativité.

Linda Gottfredson, psychologue et sociologue américaine, professeure émérite de psychologie de l’éducation à l’université du Delaware, propose, en 1997, de définir l’intelligence comme une aptitude cognitive très générale qui implique, entre autres, la capacité de raisonner, de planifier, de résoudre des problèmes, de penser de manière abstraite, de comprendre des idées complexes, d’apprendre de façon rapide et efficace, dont notamment par le biais des expériences vécues. Il ne s’agit donc pas simplement d’un apprentissage dans le cadre de lectures, d’un simple savoir-faire académique, ou d’une habileté à réussir facilement des examens. Au contraire, cela reflète une capacité plus large et plus profonde à comprendre rapidement notre environnement.

La douance, caractéristique des surdoués

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On parle plus volontiers de douance pour décrire les individus qui sont exceptionnels dans des domaines particuliers de l’intelligence, on peut également rencontrer le terme de « surdouance ». Tout comme l’intelligence, on définit ce terme selon différents critères. Certains auteurs allèguent que le haut potentiel intellectuel est inné, donc présent génétiquement, d’autres qu’il représente le résultat d’entraînement ou du développement d’habiletés. Il est probable qu’un certain potentiel intellectuel soit inné, mais qu’il puisse être modifié en s’exerçant ou en utilisant les capacités spécifiques de l’enfant.

Selon Joseph Renzulli, psychologue, chercheur et pionnier dans le domaine de l’éducation des enfants doués aux États-Unis, il existerait deux types d’enfants doués : le premier type comprendrait ceux qui ont un haut potentiel académique — les enfants qui sont plus typiquement reconnus comme doués (douance scolaire) — ; le deuxième type comprendrait les enfants ayant un haut potentiel créatif (douance créative-productive). Pour caractériser la douance, il propose trois composantes d’habiletés, qui sont en interaction : la composante de l’aptitude intellectuelle élevée (intelligence) — raisonnement, pensée abstraite, mémoire et différents champs spécifiques (musical, corporel, etc.) — ; la composante de la créativité — réalisation de productions originales, création de solutions novatrices pour résoudre des problèmes et s’adapter aux défis de la vie quotidienne — ; et la composante de l’implication — intérêt, enthousiasme, motivation, confiance en soi et besoin d’accomplissement.

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La douance selon Renzulli. © Laurie Henry pour Trust My Science

Selon Sternberg, la douance doit regrouper cinq critères : l’excellence dans un domaine par rapport aux autres personnes qui forment un groupe de référence ; la rareté du niveau atteint par rapport aux pairs ; le potentiel pour produire quelque chose qui soit utile à l’aide de cette habileté ou du regroupement d’habiletés ; la possibilité de démontrer son-ses habileté(s) avec une évaluation standardisée et la valeur relative de(s) l’habileté(s) pour la société dans laquelle la personne douée évolue.

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La douance selon Sternberg. © Laurie Henry pour Trust My Science

Par conséquent, que l’on parle d’intelligence ou de douance, définir ce qu’est un surdoué doit inclure plusieurs caractéristiques et ne se résume pas à un score lors d’un test de QI.

Finalement, la douance est un processus développemental qui n’est possible que chez certaines personnes, puisqu’elle s’inscrit notamment dans la biologie et l’histoire de développement de la personne douée. Mais on ne peut, en aucun cas, la réduire à ces deux éléments. Le fait d’avoir un développement précoce ou certaines aptitudes naturelles ne garantit pas l’émergence d’une douance ou d’un talent.

Une intelligence asynchrone, l’une des clés de détermination des surdoués

Les surdoués se développent souvent de manière asynchrone, c’est-à-dire que leur degré d’intelligence est inégal en fonction de l’aptitude mesurée. En d’autres termes, certaines habiletés (intellectuelles, créatives) sont surdéveloppées, tandis que d’autres habiletés de base sont en retard. Il y a un manque de coordination entre les processus cognitifs et affectifs. Par exemple, un surdoué peut avoir la capacité de raisonnement logique d’un adulte mais la sensibilité émotionnelle d’un enfant. C’est pourquoi ces personnes ont souvent du mal avec les interactions sociales et la régulation émotionnelle.

En outre, la douance est souvent inégalement répartie entre les différentes sphères intellectuelles. Ainsi, une personne surdouée peut se distinguer grâce à d’exceptionnelles capacités mathématiques, mais se révéler très inférieure à la moyenne pour ses capacités orthographiques ou verbales, en cas de dyslexie par exemple.

Pour décrire avec précision les caractéristiques du développement atypique, Linda Kreger Silverman, psychologue agréée, fondatrice et directrice de l’Institute for the Study of Advanced Development, a proposé en 1997 la définition suivante de la douance​ : « La douance est un développement asynchrone dans lequel des capacités cognitives avancées et une intensité accrue se combinent pour créer des expériences intérieures et une prise de conscience qui sont qualitativement différentes de la norme. Cette asynchronie augmente avec une capacité intellectuelle plus élevée. Le caractère unique des surdoués les rend particulièrement vulnérables et nécessite des modifications dans la parentalité, l’enseignement et le conseil afin qu’ils se développent de manière optimale ».

La plupart des chercheurs ont désormais tendance à reconsidérer la définition de la douance en y pondérant le poids des tests de QI par l’ajout d’autres caractéristiques plus subjectives, telles que la créativité, l’hypersensibilité etc.

L’enfant précoce

Un enfant intellectuellement précoce est un enfant dont l’efficience intellectuelle est très supérieure à celle des enfants de sa classe d’âge. Deux tests sont possibles pour l’évaluer. Le WPPSI-IV est utilisé chez des enfants de 2 ans et demi à 7 ans et 7 mois. Le WISC-V est utilisé chez des enfants de 6 ans à 16 ans et 11 mois. Le quotient intellectuel habituellement retenu pour qu’un enfant soit intellectuellement précoce est 130.

Tous les enfants doués sont uniques. Toutefois, les enfants à haut potentiel ont une caractéristique commune : des capacités cognitives induisant l’apparition spontanée de certains comportements dès la petite enfance. Beaucoup de spécialistes dressent des listes de ces comportements atypiques, mais cocher une ou deux cases ne suffit pas à diagnostiquer un enfant précoce. Parmi ces attitudes on trouve : une curiosité naturelle, une volonté de comprendre comment fonctionnent les choses ; une soif d’apprendre combinée à une capacité de le faire par eux-mêmes ; de la créativité ainsi qu’une certaine originalité dans leur façon de résoudre des problèmes ; un langage précoce et plus élaboré que celui des enfants de leur âge ; une excellente mémoire ; des connaissances (très) étendues dans certains domaines en comparaison avec les autres enfants de leur âge ; une aptitude à reconnaître et à relever un problème ou un manque de logique ; une forte sensibilité et une intensité émotionnelle qui s’accompagne souvent d’un sentiment d’être incompris ; un sens aiguisé de la justice et un sens moral précoce.

L’adulte surdoué

La surdouance chez l’adulte correspond à une efficience intellectuelle particulière, très supérieure à celle des adultes de la même classe d’âge. Celle-ci est mise en évidence par un test de niveau intellectuel, la WAIS-IV. Ce test est utilisé pour des adultes, de 16 ans à 79 ans et 11 mois.

Même si l’on estime qu’un QI dépassant 130 est synonyme de surdouance, il est difficile de s’en contenter. Effectivement, un enfant précoce non détecté avec un désintérêt pour l’école peut avoir un QI amoindri à l’âge adulte. Il est donc indispensable, pour les diagnostiquer, d’y adjoindre une évaluation de la personnalité et d’autres formes d’intelligence (bilan psychologique complet). Les adultes surdoués partagent avec les enfants précoces de nombreuses caractéristiques du fonctionnement cognitif et psychologique : une grande créativité, une réactivité particulière, notamment émotionnelle, sensorielle (hyperesthésie), intellectuelle et/ou au niveau de l’imaginaire, une empathie très développée, un certain perfectionnisme, une anxiété créée par le décalage avec les autres et le manque d’estime de soi (syndrome de l’imposteur).

HPE et HPI, les « zèbres » de l’intelligence

Un dernier point doit être éclairci lorsque l’on parle de douance. Comme mentionné précédemment, il existe plusieurs types de douance en fonction du domaine où la personne excelle. On définit alors le Haut Potentiel Intellectuel et le Haut potentiel Emotionnel, tous deux nommés « zèbres ». Ce terme se réfère à deux fonctionnements neuro-atypiques qui se distinguent des autres par une intelligence exceptionnelle. C’est Jeanne Siaud-Facchin qui a introduit le terme de « zèbres », car ces animaux sont difficilement apprivoisables, ils se fondent dans le décor tout en se distinguant par des caractéristiques propres à chacun d’eux (leurs rayures).

Les personnes HPE partagent un certain nombre de caractéristiques avec les HPI, parmi lesquels on retrouve l’hypersensibilité émotionnelle, la forte sensibilité sensorielle, une activité de réflexion importante et le vécu de décalage avec les autres. Les HPE se distinguent des HPI par une implication moins marquée au niveau de la sphère intellectuelle mais une forte connexion à leurs émotions et à celles des autres.

Cette facilité avec les émotions s’exprime de plusieurs manières, notamment la conscience émotionnelle de soi, qui renvoie à un bon contact et une bonne gestion des émotions propres, ainsi que la responsabilité et l’autonomie émotionnelles, qui leur permettent de prendre soin d’eux dans le respect de la sensibilité des autres. La pensée en arborescence, qu’ils partagent avec les HPI, associée à leurs aptitudes émotionnelles très développées, leur permet une grande créativité.

Cette pensée en arborescence se retrouve chez beaucoup de personnes surdouées, il s’agit d’une pensée foisonnante. C’est une conséquence de la multitude des connexions neuronales dans le cerveau. La pensée se déploie parfois dans plusieurs directions, parfois en même temps, chaque idée se divisant en sous idées, par association d’idées ou analogies. C’est une pensée en réseaux : chaque idée crée un ensemble d’autres idées, qui en créent de nouvelles à leur tour, etc.

HP ou syndrome d’Asperger, ou les deux ?

Dernier point soulevé dans cet article, la confusion d’assimilation du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme, avec le Haut Potentiel. En effet, ils ont un certain nombre de points communs, ce qui fait qu’il n’est pas rare d’être à la fois une personne à Haut Potentiel et Asperger. Sans compter que les personnes à haut potentiel ont une prévalence élevée du trouble du spectre de l’autisme, autour de 40%.

Dans le cas où Asperger et HP se cumulent, le diagnostic est toujours plus compliqué car les caractéristiques du HP peuvent venir masquer ou compenser certaines difficultés liées à Asperger. Souvent, la surdouance est détectée en premier. Mais une fois le diagnostic posé, il reste des zones d’ombres en matière de comportement. La surdouance ne semble expliquer que partiellement ce que la personne ressent, la façon dont elle vit ses relations avec autres, sa difficulté à trouver sa place parmi les autres. La détection du Syndrome d’Asperger se fait alors dans un second temps.

Les principales manifestations sont notamment une intelligence forte, atypique, avec des intérêts pointus et spécifiques, une hyper-maturité de l’enfant proche de celle de l’adulte, une hyper-sensorialité et hyper sensibilité, des difficultés dans l’expression des émotions et l’acquisition du langage précoce, en particulier pour le syndrome d’Asperger.

La limite est certainement dans l’intensité de la manifestation de ces signes qui, lorsqu’ils engendrent de réelles difficultés d’adaptations et d’interactions en temps réel, pourraient faire pencher la balance du côté du trouble du spectre autistique.

Et quand l’entrepreneur excentrique Elon Musk, invité en mai 2021 dans l’émission « Saturday Night Live », révèle être atteint du syndrome d’Asperger, c’est tout le mythe de l’autiste génial et surdoué qui prend forme ! Il a d’ailleurs expliqué durant l’émission : « Écoute, je sais bien que je dis ou je poste des choses étranges, mais c’est justement la façon dont travaille mon cerveau. À toutes les personnes que j’ai pu offenser je dis : j’ai réinventé la voiture électrique et j’enverrau des gens sur la planète Mars à bord d’une fusée. ‘Vous pensez vraiment que je suis un gars détendu et normal ?’ ».

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