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Des chercheurs ont suivi les traces d’un renard polaire qui a marché de la Norvège jusqu’au Canada en moins de 3 mois. Selon eux, ces déplacements occasionnels sur de très longues distances effectués par cette espèce, pourraient ne plus être possibles dans les années à venir à cause du changement climatique.

Il était déjà connu par le passé que les renards polaires originaires des régions de l’Arctique ont une endurance exceptionnelle, et qu’ils effectuent régulièrement de longs voyages. Cela favorise le flux de gènes, c’est-à-dire le mélange de l’ADN entre différentes populations de la même espèce pouvant montrer des variations génétiques apparues au fil des générations (en raison de leurs habitats éloignés et isolés les uns des autres). La mer gelée et les banquises permettent des connexions entre les différentes régions de l’Arctique et des continents de l’hémisphère Nord.

Depuis le début du 19ème siècle, les explorateurs se demandent comment et en combien de temps les renards polaires peuvent effectuer des trajets de plusieurs milliers de kilomètres. Mais il a toujours été difficile pour eux de pouvoir en traquer un qui décide de lui-même de migrer sur de longues distances, la faible quantité de données sur le sujet le prouve.

L’année dernière, un groupe de scientifiques de Spitzberg, une île norvégienne, s’est lancé ce défi en plaçant des traqueurs sur une cinquantaine de renards polaires. Cependant, un seul d’entre eux s’aventurera en dehors de la Norvège pour se déplacer le long du Groenland et finir sur l’île d’Ellesmere au Canada, ce qui représente un total de plus de 4350 kilomètres.

renard polaire voyageur

Le petit renard polaire voyageur qui a été traqué. Crédits : Elise Stromseng/Norwegian Polar Institute

Mais ce qui attira particulièrement l’attention du groupe fut la durée de sa migration, qu’il réalisa en moins de 3 mois (76 jours). En effet, des chercheurs avaient documenté il y a quelques années un autre renard, qui lui avait voyagé sur une distance similaire mais en environ 6 mois. Le renard suivi par le groupe parcourait en moyenne 50 kilomètres par jour, et jusqu’à 160 certaines fois. Au départ, les scientifiques avaient de la peine à le croire.

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« Quand cela a commencé, nous avons pensé : est-ce vraiment possible ? » déclare Arnaud Tarroux, l’un des chercheurs du groupe. « Y avait-t-il une erreur dans les données ? »

Ils ont suggéré que la source de motivation de ce long voyage du renard polaire était la recherche de nourriture. Cependant, durant le mois de février, le traqueur avait cessé de fonctionner et sa trace fut perdue, jusqu’à ce qu’ils le retrouvent sur l’île canadienne.

Les chercheurs se sont alors demandés ce qui avait bien pu arriver au traqueur. Avait-il été retiré par quelqu’un ? Avait-il fini sur un bateau ? Ces questions impliqueraient que l’animal ait reçu “de l’aide”, facilitant son voyage. Mais en analysant les données qu’ils avaient obtenues, ils étaient certains que le trajet avait été effectué sans aide extérieure.

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Cette étude a permis au groupe de Tarroux d’émettre une théorie sur une question posée en 1885 par un récipiendaire du prix Nobel de la Paix, Fridtjof Nansen. Il s’était demandé pourquoi il avait repéré un renard durant une expédition au pôle Nord. Selon eux, les espèces trouvées au grand Nord font partie d’un modèle plus général de gènes qui ont été échangés entre plusieurs groupes distants, pouvant même être séparés au niveau continental.

Bien que ces longs trajets soient rarement effectués par les renards polaires, ils contribuent énormément aux mixages génétiques intraspécifiques, ce qui a pour effet que la plupart des renards polaires du grand Nord gardent la même apparence.

Cependant, ces flux de gènes pourraient significativement diminuer dans un avenir proche, à cause de la fonte des glaces due au réchauffement climatique, compliquant ainsi leur voyage à travers les pays nordiques, et favorisant l’isolation des différents groupes de renards polaires − ce qui est le cas en ce moment en Islande, comme l’indique le groupe.

« Ce type de voyage pour l’espèce ne sera plus possible à l’avenir si la banquise disparaît », déclare Tarroux.

Source : Polar Research

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