Un restaurant de Singapour sert de la viande artificielle pour la première fois au monde

vente poulet artificiel Singapour
| Eat Just/AFP

Plusieurs entreprises dans le monde se sont lancées dans la synthèse de viande artificielle. Même KFC prévoit de créer un « restaurant du futur » servant des nuggets de poulet bio-imprimés. Mais c’est finalement la viande de synthèse créée par la startup américaine Eat Just qui décroche la primeur de la commercialisation : au début du mois, son produit a été approuvé pour être proposé aux consommateurs de Singapour. Depuis le 19 décembre, de la viande cultivée en laboratoire se trouve ainsi sur la carte du 1880, un restaurant chic de la ville.

Cette viande de synthèse a été développée à partir de cellules de poulet. Le communiqué de presse précise que le produit a d’abord été servi à « un groupe de jeunes gens inspirants et engagés dans la construction d’une meilleure planète ». Interrogé par la presse, l’un des adolescents a souligné que ce type d’alimentation sauvera la vie de beaucoup d’animaux et s’inscrit complètement dans un objectif de développement durable.

Effectivement, pour Eat Just, le développement de cette viande de substitution pourrait contribuer à réduire largement l’empreinte carbone liée à la consommation de viande dans le monde. Pour Marc Nicholson, le fondateur du 1880, proposer cette viande artificielle au menu constitue « une étape révolutionnaire dans la lutte contre le changement climatique et l’approvisionnement de la population mondiale sans nuire à la planète ».

Garantir un approvisionnement alimentaire sûr

Aujourd’hui, la consommation de viande, ou plus précisément, l’élevage d’animaux dédiés à la consommation nuit largement à l’environnement. Pour commencer, les bovins produisent un puissant gaz à effet de serre (du méthane) ; ensuite, l’abattage des forêts pour créer des pâturages détruit des barrières naturelles contre le changement climatique — et l’habitat de nombreux animaux par la même occasion. Mêmes conséquences pour la culture des céréales dédiées à l’alimentation de ces animaux, dont on augmente au maximum le rendement à grand renfort de pesticides.

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Ainsi, ces dernières années, la demande en substituts de viande durables a considérablement augmenté en raison de la pression croissante des consommateurs sur la préservation de l’environnement et le bien-être des animaux. Josh Tetrick, directeur général de Eat Just, avait pour objectif de répondre à cette demande croissante, via un produit sain et respectueux de l’environnement : « Nous nous rapprochons d’un monde où la majorité de la viande que nous consommons ne nécessitera pas d’abattre une seule forêt, de déplacer l’habitat d’un seul animal ou d’utiliser une seule goutte d’antibiotiques ». Et Singapour est ainsi devenu le premier État à autoriser la vente de viande produite sans abattre d’animaux.

En rayon se trouvent déjà de nombreux produits protéinés à base de plantes. Mais cette viande artificielle n’a rien à voir avec les « viandes » végétales largement commercialisées aujourd’hui, fabriquées exclusivement à partir de soja, de blé ou encore de petits pois. Les bouchées de poulet fabriquées par Eat Just sont cultivées à partir de cellules de poulet dans des bioréacteurs, où elles sont combinées à d’autres ingrédients d’origine végétale. Trois « recettes » sont proposées au menu, chacune étant influencée par l’un des trois pays principaux producteurs de poulet, à savoir la Chine, le Brésil et les États-Unis.

Selon le dirigeant de Eat Just, la consommation de viande devrait augmenter de plus de 70% d’ici 2050. Impossible de répondre à cette demande sans impacter lourdement l’environnement. Les alternatives cultivées en laboratoire ont donc un rôle à jouer pour garantir un approvisionnement alimentaire sûr pour l’avenir. « Des entreprises comme la nôtre peuvent aider à répondre à la demande croissante de protéines animales alors que nous serons près de 9,7 milliards d’êtres humains d’ici 2050 », souligne Tetrick.

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Singapour veut retrouver son indépendance alimentaire

Après plus de vingt cycles de production dans des bioréacteurs de 1200 litres, les contrôles de sécurité et de qualité menés par la Singapore Food Agency ont montré que cette alternative au poulet répondait aux normes alimentaires en vigueur.

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Le prix ? À l’heure actuelle, la viande cultivée en laboratoire est évidemment plus chère que la véritable viande, mais un porte-parole de Eat Just a déclaré que la société avait fait « des progrès considérables » dans la réduction des coûts. En outre, la startup espère augmenter rapidement sa production de manière à rendre la viande artificielle moins chère que la vraie viande de poulet : « Nous allons commencer avec un seul restaurant, puis passer à cinq, dix, quinze et enfin à la vente au détail », a déclaré Tetrick.

Singapour est aujourd’hui une cité-État de haute technologie. Elle est devenue une plaque tournante pour le développement d’aliments durables ; plusieurs startups y produisent des denrées alimentaires artificielles, allant de « fruits de mer » cultivés en laboratoire aux boulettes à base de fruits tropicaux en guise de porc. William Chen, directeur du programme Food Science and Technology de l’Université de technologie de Nanyang, souligne que la sécurité alimentaire est une préoccupation clé pour Singapour, et pour cause : « Singapour n’a pratiquement pas d’agriculture, nous importons plus de 90% de notre nourriture d’outre-mer ». Par conséquent, le pays est très dépendant du marché alimentaire mondial, et des éventuelles interdictions d’exportation et perturbations des transports ; la pandémie a d’ailleurs été l’occasion de mettre cette faille en exergue. Ainsi, trouver des moyens d’améliorer la disponibilité de la nourriture au niveau local est une option particulièrement séduisante pour la cité.

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Cette viande artificielle a-t-elle une chance de conquérir rapidement d’autres pays ? Rien n’est moins sûr. Le coût de production est pour le moment un frein à son développement. Et dans l’Hexagone, ce substitut de viande n’est a priori pas près d’arriver dans nos assiettes, dixit le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie : « Je le dis clairement : la viande vient du vivant, pas des laboratoires. Comptez sur moi pour qu’en France, la viande reste naturelle et jamais artificielle ! », a-t-il déclaré sur Twitter suite à l’annonce de Singapour.

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