Le Royaume-Uni teste la semaine de 4 jours de travail, dans la plus grande étude à ce jour sur le sujet

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| Chris Brown/Wikimedia
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Le travail à distance est devenu un succès retentissant pour les entreprises et les employés pendant la pandémie de COVID-19, à tel point qu’il a changé notre vision du travail et ouvert de nouvelles perspectives sur les meilleures façons d’équilibrer vie professionnelle et vie privée. C’est pourquoi un groupe de réflexion a lancé le « 4 Day Week Global » afin de tester les changements suivants : un jour de moins de travail, avec un volume de production et un salaire inchangé. Après l’Islande et l’Espagne, depuis le 1er juin, le programme est testé à grande échelle au Royaume-Uni dans 70 entreprises de toutes tailles et de tous secteurs, regroupant 3300 employés au total. Cette expérimentation se poursuivra jusqu’en novembre. L’enjeu, à l’issue de cette période, sera de mesurer l’impact de ce changement d’organisation sur la productivité des entreprises.

Il y a cent ans, la semaine de travail passait de six à cinq jours. La réduction à 4 jours représente une diminution de la semaine de travail de 40 heures standard à 32 heures pour le même salaire, les mêmes avantages, et une production similaire. Cela pourrait devenir la nouvelle norme si les programmes pilotes, pour réaliser une semaine de travail de quatre jours, continuent de prendre de l’ampleur.

L’initiative britannique, dirigée par l’organisation à but non lucratif « 4 Day Week Global » aux côtés d’autres organisations, est menée en collaboration avec des chercheurs de l’Université de Cambridge, de l’Université d’Oxford et du Boston College, qui étudieront notamment l’impact de la semaine de quatre jours sur les travailleurs, l’entreprise de manière globale et l’environnement.

Des essais historiques, premiers jalons du projet

4 Day Week Global a été créée par Andrew Barnes et Charlotte Lockhart afin de fournir une plate-forme fonctionnelle d’échanges et de ressources pour la mise en place de projets pilotes de semaines de travail de 4 jours. Cette idée est née en réaction au succès du programme lancé à Perpetual Guardian en 2018, en Nouvelle-Zélande.

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Cet essai historique, supervisé par l’Université d’Auckland, a révélé que les niveaux d’engagement ont augmenté de 30 à 40%, les mesures d’équilibre travail-vie de 44%, l’autonomisation de 26%, le leadership de 28%, la stimulation du travail de 27% et l’engagement organisationnel de 29%.

Un autre essai, entre 2015 et 2019, intégrant 2500 travailleurs en Islande, soit plus de 1% de la main-d’œuvre, a été salué comme un « succès écrasant », dans le monde entier. L’analyse des résultats a révélé qu’une réduction des heures de travail maintenait ou augmentait la productivité dans tous les secteurs de l’économie. Les résultats ont également indiqué une amélioration du bien-être et de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée des travailleurs.

Notons enfin que l’essai d’une semaine de quatre jours de Microsoft au Japon en 2019 a entraîné une augmentation de 39% de la productivité. C’est pourquoi le Japon envisage avec beaucoup d’intérêt de mettre en place cette organisation de travail.

Le modèle 100:80:100, à grande échelle

Ainsi, 70 entreprises britanniques et plus de 3300 travailleurs ont commencé à tester, le 1er juin, la semaine de quatre jours sans perte de salaire, dans le cadre du plus grand projet pilote jamais organisé dans le monde jusqu’à présent, pour une durée de 6 mois.

Cette nouvelle organisation de travail est basée sur le principe du modèle 100:80:100, c’est-à-dire 100% du salaire pour 80% du temps de travail de base, en échange d’un engagement à maintenir au moins 100% de productivité.

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Infographie représentant la semaine de 4 jours. © 4 Day Week Global

D’un « fish and chips » local à de grandes sociétés, les entreprises du projet pilote britannique fournissent des produits et des services très variés, allant de l’éducation au conseil en milieu de travail, le marketing numérique, les studios d’animation, etc.

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Les chercheurs travailleront avec chaque organisation participante pour mesurer l’impact sur la productivité de l’entreprise et le bien-être de ses travailleurs, ainsi que l’impact sur l’environnement et l’égalité des sexes. Juliet Schor, professeur de sociologie au Boston College et chercheuse principale du projet pilote, explique dans un communiqué : « Nous analyserons comment les employés réagissent à un jour de congé supplémentaire, en termes de stress et d’épuisement professionnel, de satisfaction au travail et de vie, de santé, de sommeil, de consommation d’énergie, de voyages et de nombreux autres aspects de la vie ».

Des avantages pour les sociétés et l’environnement

Selon les fondateurs du projet, la semaine de quatre jours sous-tend de nombreux avantages pour l’entreprise dans son ensemble. Dans un premier temps, la productivité est accrue dans un large éventail d’industries, comme mentionné précédemment.

Dans un deuxième temps, le bien-être des employés est amélioré. Il a été démontré, dans les essais historiques, que la nouvelle organisation de travail se traduit par des employés plus heureux, avec des niveaux plus élevés de satisfaction au travail. Les employés s’investissent beaucoup plus dans l’entreprise, l’absentéisme diminue, et l’autonomisation ainsi que l’initiative augmentent. Ce sont des atouts cruciaux dans cette période de changements provoqués par la pandémie de COVID-19 et la quatrième révolution industrielle (avènement de l’IA), de l’automatisation et des technologies numériques.

De plus, si le but premier est de donner une réponse claire quant au fait de travailler moins longtemps, mais de manière plus productive, le projet pilote britannique vise également à inciter les entreprises britanniques à allonger les week-ends à trois jours afin d’augmenter l’attractivité de certains emplois, comme la restauration ou l’assistance sociale. En effet, depuis 50 ans, le Royaume-Uni connait un taux de chômage au plus bas, mais aussi un nombre record de 1,3 million d’emplois non pourvus.

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Enfin, Andrew Barnes, fondateur de « 4 Day Week Global », affirme que la crise climatique ne peut être résolue sans un changement révolutionnaire et mondial dans la façon dont les gens travaillent. Il déclare dans un communiqué : « Nous avons reconnu bien avant la pandémie que la semaine de cinq jours n’était plus adaptée à notre objectif, et au fur et à mesure que nous testions et étudiions la semaine de quatre jours, il est devenu clair qu’il s’agit d’un élément nécessaire de la solution pour rétablir l’équilibre climatique. Nous ne pouvons tout simplement pas continuer comme nous l’avons fait ».

Effectivement, le principe d’accorder à tout le personnel un jour de congé hebdomadaire supplémentaire — qu’il s’agisse du même jour pour tout le monde ou de façon échelonnée dans l’ensemble de l’effectif — est qu’il réduit, selon les chercheurs, de 20% les déplacements domicile-travail. En conséquence, les dépenses énergétiques sur le lieu de travail sont réduites, entraînant une réduction de l’empreinte carbone pour toute entreprise opérant sur une semaine de quatre jours.

Des essais d’une semaine de quatre jours soutenus par le gouvernement devraient également commencer plus tard cette année en Écosse. Un autre projet a été lancé plus tôt cette année en Nouvelle-Zélande et en Australie. En France, seulement 5% des entreprises ont adopté la semaine de quatre jours de travail, alors que 64% des salariés y sont favorables, selon une étude du magazine Forbes.

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