Des textes religieux chrétiens anciens évoquent des batailles de sorciers et démons

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Il existe plus de 300 textes apocryphes chrétiens. Ces textes, qui par définition sont considérés comme « non authentiques » par les autorités religieuses, ont fait l’objet de nombreux débats parmi les anciens chrétiens. C’est à la fin du quatrième siècle que l’Église a canonisé les écrits jugés « exacts », relatant la vie de Jésus de Nazareth, pour les inclure dans la Bible. Certains des textes évincés viennent d’être traduits pour la première fois, et révèlent des récits qui semblent sortir tout droit d’un scénario science-fantasy…

Une bataille de sorciers lors de la construction d’une église, un garde-frontière qui aurait défié les ordres du roi Hérode et ainsi épargné la vie de Jésus, voilà le genre d’histoires relatées dans ces textes. Tony Burke, professeur de christianisme primitif à l’Université York de Toronto, évoque dans son ouvrage New Testament Apocrypha – More Noncanonical Scriptures (Vol. 2), le contenu de ces écrits dénigrés par l’Église.

De la magie pour promouvoir le christianisme

Ces écrits ont été écartés, mais n’ont pas disparu pour autant. « Les textes apocryphes faisaient partie intégrante de la vie spirituelle des chrétiens, longtemps après la clôture apparente du canon biblique. Les appels à éviter et même à détruire une telle littérature n’étaient pas toujours efficaces », explique Tony Burke. Pourtant, certains textes relatent des faits qui semblent sortir tout droit d’un scénario science-fantasy.

Par exemple, l’un des textes récemment traduits raconte une bataille contre des sorciers « diaboliques », qui s’opposaient à la construction d’une église en l’honneur de la Vierge Marie, dans la ville antique de Philippes, en Grèce. Selon cette histoire, la vierge serait apparue à Basile le Grand (329-379) — l’un des principaux Pères de l’Église — pour lui ordonner de récupérer les colonnes d’un temple pour les placer dans son église ; ces colonnes étaient recouvertes d’images démoniaques. S’ensuivit une bataille entre un groupe de sorciers s’opposant au déplacement des colonnes et Basile et ses compagnons. Après moult événements magiques, les sorciers ont fini par être « avalés par la Terre ».

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Selon le traducteur, Paul Dilley, professeur d’études religieuses à l’Université de l’Iowa, le texte est écrit en copte (une langue égyptienne) et pourrait avoir été écrit il y a environ 1500 ans. L’histoire est racontée dans deux textes distincts, provenant tous deux du monastère de Saint-Macaire le Grand, en Égypte.

Pourquoi des sorciers ? À cette époque, une grande partie de la population autour de la Méditerranée s’était convertie au christianisme, même si certains suivaient encore des religions polythéistes. Dilley explique que les « mages » ou les « sorciers » incarnaient alors les vestiges de ce polythéisme, potentiellement dangereux pour la communauté chrétienne. Aujourd’hui, les deux exemplaires du texte se trouvent à la Bibliothèque apostolique du Vatican et à la bibliothèque de l’Université de Leipzig.

Un autre des textes traduits parle d’un bandit nommé Dimas, qui aurait été crucifié aux côtés de Jésus. D’après ce récit, Jésus était un bébé à l’époque et sa famille fuyait le roi Hérode qui voulait sa mort. Dimas, qui gardait la frontière avec son père, leur aurait finalement permis de passer en Égypte. Renié et chassé par son père pour cet acte de trahison, il aurait commencé à se livrer au banditisme. Ce n’est que trente ans plus tard, qu’il aurait été capturé, puis crucifié aux côtés de Jésus devenu adulte — non sans s’être au préalable confessé auprès de lui pour se faire pardonner ses péchés. L’unique exemplaire de cette histoire se trouve à la bibliothèque du Grand Séminaire à Namur, en Belgique.

Ce texte apocryphe a été écrit en latin, probablement au sein d’un monastère français, et remonte au 12e ou 13e siècle, selon le traducteur, Mark Bilby, maître de conférences en études religieuses à la California State University, Fullerton. Bilby souligne qu’au Moyen Âge, un certain nombre d’histoires prétendent raconter l’histoire de criminels crucifiés à côté de Jésus. Le spécialiste doute de la véracité des faits relatés. Selon lui, cette histoire et d’autres très similaires pourraient avoir été destinées « à porter un appel implicite pour que les jeunes quittent leur famille, rejoignent les croisades et deviennent un ami de Jésus dans et autour de la Terre Sainte ».

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Des récits non moins importants que les textes canoniques

Un autre récit, celui-ci en grec, raconte comment l’apôtre Pierre aurait piégé sept démons se faisant passer pour des anges dans la ville d’Azotus (aujourd’hui Ashdod, en Israël). Bien qu’elle remonte au 11e ou 12e siècle, Cambry Pardee, professeur de religion à l’Université Pepperdine de Londres, estime que cette histoire a probablement été écrite il y a environ 1600 ans.

Il s’agit d’une œuvre de fiction, valorisant les aventures du grand héros chrétien qu’est l’apôtre Pierre. Celui-ci serait parvenu à piéger sept démons dans un cercle. Six d’entre eux finirent par avouer qu’ils étaient bel et bien démon de la tromperie, de l’immoralité sexuelle, du mensonge, de l’adultère, de l’avarice et de la calomnie. Le septième décida de défier Pierre en lui demandant pourquoi les démons étaient traités plus durement que les humains. Pourquoi les péchés humains étaient-ils pardonnés par Dieu, mais pas les péchés des démons ? Finalement, Pierre laissa partir les démons.

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Bien que les événements soient fictifs, Pardee pense qu’« il est très probable que de nombreux chrétiens ordinaires ayant eu connaissance de cette légende, que ce soit sous forme écrite ou orale, l’aient interprétée comme un récit véritable, une histoire perdue de la vie de Pierre ». Le seul exemplaire qui subsiste de ce texte se trouve à la bibliothèque Biblioteca Angelica à Rome.

Dans la Bible canonique, officiellement reconnue par l’Église catholique, la vie de Jésus est relatée à travers les récits de quatre apôtres (Matthieu, Marc, Luc et Jean). Interdits ou oubliés pendant des siècles, les textes apocryphes peuvent donc apporter un nouveau regard sur la vie de Jésus, ses enseignements et les fondements du christianisme. Ces textes sont également de précieux supports d’étude des formes littéraires et des mouvements religieux de l’époque.

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